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RÉPARER LES VIVANTS

7
Sensible

Tout commence au petit jour dans une mer déchaînée avec trois jeunes surfeurs. Quelques heures plus tard, sur le chemin du retour, c’est l’accident. Désormais suspendue aux machines dans un hôpital du Havre, la vie de Simon n’est plus qu’un leurre. Au même moment, à Paris, une femme attend la greffe providentielle qui pourra prolonger sa vie…

La mécanique du cœur.

Inépuisable source d’inspiration, la littérature française – aussi bien classique que contemporaine – est régulièrement mise à l’honneur à l’écran, modelée par des cinéastes désireux d’apposer leur empreinte sur une œuvre fétiche. Toutefois, tandis que les transpositions fleurissent chaque jour un peu plus, malmenant, pour le meilleur et pour le pire, des dizaines d’ouvrages, l’exercice de l’adaptation demeure fastidieux et délicat, guetté par le moindre faux-pas d’un réalisateur trop infidèle ou exagérément sage.

Très attachée au roman de Maylis de Kerangal, Katell Quillévéré réussit, avec Réparer les vivants, le beau pari de rassembler l’application et l’appropriation, de lui offrir une mise en images suffisamment soignée pour s’inscrire dans sa continuité tout en imposant sa propre sensibilité. Porté par un matériau original à l’écriture fiévreuse, son long-métrage conserve l’âme du livre en lui adjoignant une sobriété et une pudeur infiniment touchantes. Loin de briser l’atmosphère de cette course contre la montre créée par l’auteure, le film retient l’émotion jusqu’au bout et implose au lieu de céder à un tourbillon de larmes faciles.

Toutes les ficelles étaient pourtant réunies pour surcharger et rendre le film follement lyrique ou, a contrario, définitivement cadenassé. Fuyant le pathos, Katell Quillévéré préfère le laisser respirer et vibrer au rythme de ses protagonistes en confiant les commandes à un casting qui ne pousse jamais de manière démesurée les curseurs du chantage sentimental. Alors que Tahar Rahim et Monia Chokri tirent leur épingle du jeu, Anne Dorval, impériale, fait régner un vent de subtilité et de vérité dans toutes ses séquences. Plus étoffé que dans le roman, son personnage, Claire, quinquagénaire en attente d’une greffe de cœur, devient bouleversant de justesse sans effets, ni excès.

Restant en retrait derrière l’important sujet du don d’organes, Katell Quillévéré privilégie un mélange de fragilité, de fluidité et de frontalité pour suivre le périple de ce cœur emmené par une kyrielle d’êtres humains. Perpétuellement perché entre la vie et la mort sur un fil prêt à se rompre, Réparer les vivants déroule ainsi un dispositif technique où des hommes et des femmes sont le lien connectant les destinées de deux anonymes. De son admirable introduction (où le rêve vient détruire la réalité) à son émouvant final, le film de Katell Quillévéré s’échappe, dès lors, des sentiers battus du mélodrame en décidant de faire entrer la lumière dans une situation où beaucoup auraient choisi l’obscurité.

La fiche

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RÉPARER LES VIVANTS
Réalisé par Katell Quillévéré
Avec Tahar Rahim, Emmanuelle Seigner, Anne Dorval… 
France – Drame

Sortie en salle : 2 Novembre 2016
Durée : 103 min




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