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QUAND ON A 17 ANS

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POUR / CONTRE

Damien, 17 ans, fils de militaire, vit avec sa mère médecin, pendant que son père est en mission. Au lycée, il est malmené par un garçon, Tom. La violence dont Damien et Tom font preuve l’un envers l’autre va évoluer quand la mère de Damien décide de recueillir Tom sous leur toit. 

Je t’aime, moi non plus.

POUR – Qu’elle est heureuse la rencontre entre André Téchiné et Céline Sciamma ! Et quelque part peu étonnante, tant leurs sensibilités sont finalement assez proches. On retrouve en effet dans leurs cinémas cette même place prédominante accordée aux personnages, qu’ils peignent toujours avec une étonnante subtilité. Et c’est de l’exploration de l’adolescence, thème cher aux deux auteurs, qu’il va s’agir ici. Quand on a 17 ans semble répondre aux Roseaux sauvages, réalisé il y a plus de vingt ans, dans lequel Téchiné racontait sa jeunesse dans les années 60. Rien n’a donc vraiment changé dans cette période charnière qu’est l’adolescence. Mais rien n’est non plus pareil, car l’époque n’est plus la même. Notre époque, Téchiné et Sciamma vont la raconter à travers l’histoire de deux lycéens solitaires, vivant chacun dans leur bulle, comme si le monde qui les entoure les paralysait. C’est ensemble qu’ils vont s’ouvrir à ce monde, même si au départ tout semble les opposer. Damien vit avec sa mère, médecin, dans une petite ville des Pyrénées ; son père, militaire, est souvent absent. Tom est, lui, un enfant métisse adopté par des agriculteurs vivant dans les hauteurs de la montagne. C’est d’abord par la force de leurs poings que ces deux univers vont se percuter, mais c’est pour mieux fusionner par la suite. Il y a en effet un réel optimisme qui se dégage de la peinture que Quand on a 17 ans fait de notre société actuelle. Presque une utopie, comme le revendique lui-même Téchiné, mais qui fait un bien fou par les temps qui courent.

Croire en l’avenir est le moteur dont ont besoin Damien et Tom pour se découvrir, pour franchir toutes les barrières de la vie et devenir adulte. C’est cette prise de conscience, cette évolution interne de l’adolescence que Quand on a 17 ans sonde avec une admirable justesse, au plus près de ses personnages, faisant corps et âme avec eux. Et c’est bien du corps autant que de l’âme dont il s’agit ici. Tout est lié, que ce soit par des coups ou des caresses, les tourments intérieurs se traduisent sous une forme physique, tout comme le physique est responsable des tourments intérieurs. Ainsi pas étonnant que Téchiné ait choisi pour incarner Tom, garçon énigmatique descendant de sa montagne et venant créer le trouble chez Damien, un acteur à la beauté empreinte de mystère. Corentin Fila, dont c’est ici le premier rôle s’impose comme une révélation, fort de la fragilité qu’il cache derrière sa robustesse. Face à lui Kacey Mottet Klein, qu’on ne va bientôt plus devoir présenter tellement son talent s’affirme de film en film (voir notamment le très bon Keeper), campe un Damien tout en nuance, peu sûr de lui mais capable d’élans audacieux. Et on ne peut bien évidemment pas faire l’impasse sur l’excellente Sandrine Kiberlain qui, dans le rôle de la mère de Damien, s’impose comme une sorte d’ange gardien, qui va permettre à ces deux adolescents de se trouver et de grandir. 8/10

CONTRE – On attendait beaucoup de la réunion de Téchiné et Sciamma. Sans doute un peu trop. La déception s’avère cinglante devant ce Quand on a 17 ans qui hurle sa naïveté et désarçonne par sa peinture caricaturale (avec ses agriculteurs rustres et ignorants, qui se débarrassent aisément de leur mioche adopté pendant que maman couve son premier enfant naturel, et cette mère « femme médecin » qui se la joue Docteur Quinn des Pyrénées… Pour ne pas être exhaustif.). Véritable incarnation de la faible vraisemblance du long-métrage, le personnage de Kiberlain résume toutes les facilités scénaristiques d’une oeuvre bien-pensante qui aimerait croire que le monde est fait de bisounours et de Saint-Bernard. Exemple : Marianne, la mère de Damien, s’entiche en une poignée de secondes d’un jeune métis adopté, valeureux et peu aidé par la vie. Alors que son fils (Damien) annonce à demi-mots à sa mère béate d’admiration (et légèrement sensible au charme du vigoureux Tom) qu’ils ne s’entendent pas et en viennent même aux mains à plusieurs reprises, celle-ci semble complètement ignorer le trouble de son rejeton et convie l’enfant adopté à venir vivre sous leur toit. Dans quel monde une mère accueillerait dans son foyer un garçon (qu’elle connait à peine) qui brutalise régulièrement son fils unique ?  

Sans focaliser sur les ficelles gigantesques d’un scénario cousu de fil blanc et tiré par les cheveux – certains avanceront que le prisme du cinéma permet de s’affranchir de la crédibilité -, on regrettera donc la prégnante paresse des deux plumes qui ont choisi de nous raconter cette histoire d’amour avec une grossièreté indigne de leurs talents conjugués. Dénudés de toute substance, les personnages semblent évoluer dans un monde qui n’existe que dans l’esprit de Téchiné – il y a d’ailleurs fort longtemps que les cours de lycée ne se déroulent plus ainsi. Comment susciter l’émotion ou l’émoi lorsque ce qui est montré paraît si peu réaliste ? Pourquoi s’être empêtré dans une impasse dramatique (aux deux-tiers du film) qui n’apporte strictement rien ? Les beaux enjeux effleurés en début de film se délitent au fur et à mesure que le film avance pour tomber dans quelque chose de maladroit et gênant. Quand on a 17 ans, réalité fantasmée pour fiction bâclée.  4/10

La fiche

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QUAND ON A 17 ANS
Réalisé par André Téchiné
Avec Corentin Fila, Kacey Mottet Klein, Sandrine Kiberlain…
France – Drame
Sortie : 30 Mars 2016
Durée : 114 min

RédactionPOUR : Squizzz ; CONTRE : ТНОМ РЯИ




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