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PORTRAIT | Kristen Stewart, l’insaisissable

Qui aurait pu croire que la carrière de Kristen Stewart allait connaître un virage aussi inattendue et que cette dernière tournerait chez de talentueux auteurs, qu’ils soient américains (Woody Allen, Ang Lee, David Fincher…) ou français (Olivier Assayas) ? Celle que Catherine Deneuve a décrit comme l’une des actrices les plus intéressantes de la génération actuelle lors de son passage dans Quotidien n’a cessé de surprendre en imposant son jeu mélangeant naturel et présence certaine à l’écran. Alors que beaucoup l’enferment – à tort – dans la case Twilight, l’actrice a avoué ne pas regretter cette période car, sans cette dernière, la brillante comédienne que nous connaissons aujourd’hui n’aurait sans doute pas émergé. Si la saga vampirique ne sera pas forcément sa réussite artistique la plus probante, elle a forcément contribué à propulser celle-ci sur le devant de la scène. Retour sur la carrière de Kristen Stewart, ses rôles clés de Panic Room à Cafe Society en passant par Personal Shopper et sa vertigineuse ascension.

Panic Room : révélée par David Fincher

Alors encore adolescente, Kristen Stewart a eu la chance de côtoyer Jodie Foster et de tourner sous la direction de David Fincher. Bien que beaucoup moins apprécié que d’autres films du cinéaste, Panic Room demeure un très bon huis-clos et la présence de la toute jeune actrice n’y est pas pour rien. Alors que les deux femmes doivent faire face à un trio inquiétant à l’écran (Jared Leto/Dwight Yoakam/Forest Whitaker), David Fincher s’amuse, expérimente différents effets avec sa caméra jusqu’à un final plutôt réjouissant rendant ce home invasion plus qu’agréable au visionnage. Si Panic Room ne marque sans doute pas la meilleure interprétation de Kristen Stewart, ce divertissement efficace permet de découvrir une actrice qui ne fera que s’affirmer avec le temps, au fil des rôles. Les cinéphiles de l’époque étaient sans doute loin de se douter que la gamine aux côtés de Jodie Foster allait devenir l’une des comédiennes les plus talentueuses de sa génération une décénnie plus tard.

Twilight : Kristen, l’idole des jeunes

Après avoir attiré l’attention dans Into the wild de Sean Penn, elle est castée pour l’adaptation de la saga de Stephenie Meyer au cinéma qui lui confère soudainement le statut d’énorme star. Sa relation avec Robert Pattinson les expose davantage – ce qui ne sera pas forcément du goût de l’un comme de l’autre – et créé une véritable bulle d’excitation autour des deux jeunes comédiens. Artistiquement, la franchise s’avère plutôt embarassante. Mais elle a le mérite d’être une remarquable rampe de lancement pour Robert et Kristen qui, après avoir dit adieu à Twilight et s’être séparés, vont chacun très habilement gérer la transition et se faire remarquer par de choix intelligents.

L’après Twilight

Robert Pattinson enchaîne remarquablement et tisse une relation particulière avec David Cronenberg, avec qui il tournera deux films (Cosmopolis et Maps to the stars). Kristen Stewart devient l’icône Joan Jett dans The Runaways de Floria Sigismondi, aux côtés de Dakota Fanning, avant de tenir le premier rôle féminin dans le film à petit budget, Welcome to the Rileys, où elle joue une jeune fille prostituée stripteaseuse recueillie par James Gandolfini, puis d’enchaîner avec l’adaptation du roman de Jack Kerouac, Sur la route de Walter Salles.

Kristen Stewart, rock star dans The Runaways

Si ces films récoltent un accueil mitigé, l’actrice démontre qu’elle est capable de jouer bien plus que la demoiselle en détresse. Alors qu’elle fait un mauvais choix en rejoignant Blanche-Neige et le chasseur, dans lequel elle peine à convaincre – la faute à un metteur en scène bien incapable de diriger décemment ses comédiens -, Kristen corrige le tir et rebondit avec Camp X-Ray (direct-to-video chez nous) puis deux films qui la feront collaborer avec deux des plus grands comédiennes du monde : Still Alice, avec Julianne Moore, et Sils Maria, avec Juliette Binoche.

La nouvelle muse d’Olivier Assayas

La plus belle collaboration entre Kristen Stewart et un réalisateur reste indéniablement celle qui le lie au français Olivier Assayas. Lors de la sortie de Sils Maria en 2014, les spectateurs ont ainsi pu découvrir une actrice dont le jeu naturel répondait parfaitement à celui tout en sensibilité de Juliette Binoche. Cette complicité de tous les instants à l’écran participa au succès du film comme les nombreuses couvertures sur lesquelles les deux actrices posaient telles des sœurs de cœur. Dans Sils Maria, Kristen Stewart incarnait l’assistante personnelle d’une grande actrice interprétée par Juliette Binoche. De cette relation naissait une ambiguïté fascinante et un questionnement sur le temps qui passe, le cheminement d’une carrière. Le rôle de Chloé Moretz, qui y jouait une actrice à l’affiche d’une superproduction obscurcissant son talent indéniable, n’était d’ailleurs pas sans rappeler le parcours de Kristen Stewart : une actrice ayant été révélée dans le blockbuster pour midinettes Twilight et qui gagna ses lettres de noblesse au fil du temps et des nombreux projets exigeants.

Dans Sils Maria, entre deux cigarettes allumées nonchalamment, l’actrice fait preuve d’une justesse déconcertante dans son jeu, sans trop en faire, comme si tout était improvisé. Une directive qui semble chère à Olivier Assayas comme l’expliquait Kristen Stewart au Point lors du dernier festival Cannes :

Olivier, quand il travaille, est un homme de peu de mots. Je suis habituée à ce que les réalisateurs soient très directifs.

Dès lors, impossible de ne pas voir dans cette collaboration la naissance d’une véritable alchimie entre un artiste et une actrice qui semble comprendre les désirs de ce dernier. Lunettes vissées sur le nez et tatouages minimalistes, Kristen Stewart capte immédiatement l’attention dans Sils Maria sans jamais éclipser Juliette Binoche. L’actrice devient un personnage au charisme certain, tire le film vers le haut et en fait l’un des meilleurs de sa carrière. Une première collaboration avec Olivier Assayas, couronnée d’un César, que Kristen Stewart confirmera par la suite avec Personal Shopper, devenant une nouvelle muse pour le réalisateur (à qui nous consacrions l’an passé une intense rétrospective).

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Kristen Stewart et Olivier Assayas sur le tournage de Personal Shopper

Personal Shopper fut l’un des films injustement mal-aimés du dernier festival de Cannes tandis qu’une autre production fantastique, The Neon Demon, était pour une mystérieuse raison auréolée d’un succès critique. Si Personal Shopper n’est pas une oeuvre parfaite, impossible de ne pas être étrangement fasciné par ce film porté avec grâce par son insaisissable interprète principale. Arpentant les rues de la capitale au volant de son scooter pour habiller une femme fortunée et célèbre, le personnage incarné par Stewart doit en même temps faire face à des présences fantomatiques et un mystérieux corbeau connaissant les moindres aspects de sa vie. De cet harcèlement ambigu, dont notre héroïne semble tirer par moment un certain plaisir, naît une scène intense entièrement basée la messagerie d’Apple iMessage qui inscrit immédiatement Personal Shopper dans l’air du temps.

Jonglant entre thriller et film fantastique, cette seconde collaboration entre Olivier Assayas et Kristen Stewart ne fait que confirmer la force créative de ce duo et l’incroyable capacité de ce dernier à nous captiver. Dès lors, impossible de ne pas guetter une troisième collaboration – qu’Assayas lui-même n’excluait pas dans notre entretien de décembre dernier. À nouveau, ce sont les tenues et les tatouages de Kristen Stewart qui donnent à son personnage un caractère unique à l’écran, son look androgyne en faisant une figure féminine immédiatement identifiable, unique. Nul doute qu’il faudra de nombreuses années avant que Personal Shopper soit enfin réhabilité auprès des cinéphiles étant passé à côté de l’aura étrange de ce film qui hante les esprits dès le générique de fin.

2016, année de la confirmation

Après Adventureland, l’actrice a retrouvé à deux reprises l’un de ses compagnons de route, Jesse Eisenberg. Pour le bancal et un peu perché American Ultra, puis chez Woody Allen avec Café Society. Ce dernier, présenté en même temps que Personal Shopper, fera de Kristen Stewart l’attraction principale du festival de Cannes 2016, magnétisant les regards et les esprits tout en robe blanche et chevelure blonde peroxydée.

Kristen Stewart, Reine de Cannes 2016

En 2016, l’actrice sera partout et enchaînera les petits productions comme les plus conséquentes. Outre le Woody Allen, elle campera la soeur de Billy Lynn puis la partenaire de Nicholas Hoult dans Equals avant d’être l’une des « femmes » de Certain Women de Kelly Reichardt, sorti en février chez nous après nous avoir séduit au festival de Deauville.

Devenue plus sûre d’elle, tant artistiquement que personnellement, la comédienne avance tel un bulldozer, capable de se raser le crâne pour son prochain rôle comme de railler le président Donald Trump dans Saturday Night Live – assumant au passage publiquement sa sexualité sans détour. Cette tirade, pleine d’humour et à l’image du tempérament indomptable de l’actrice, s’avère bien moins anodine qu’il n’y paraît quand on connaît la passion qu’elle suscite chez les 15-25. Si K-Stew n’en finissait plus de nous conquérir à l’écran, elle l’a fait également en gérant librement et intelligemment sa vie médiatique, n’ayant plus peur de s’affirmer telle qu’elle est et d’assumer son statut de « role model » pour la jeunesse occidentale. N’en déplaise aux conservateurs. Rock star, grande comédienne, muse et bientôt cinéaste, Kristen Stewart est devenue tout cela et bien plus encore.

 Nassim C. / Thomas P.

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Kristen Stewart sera de retour au festival de Cannes pour présenter Come Swin, son 1er court-métrage.



Il est 1 commentaire

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  1. Fabien
    Une grande actrice encore trop raillée pour son rôle de Bella Swan. J’espère même que Sofia Coppola s’interessera à elle : elle mérite de travailler avec les plus grands !

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