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PASSENGERS

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Croûte intersidérale

Alors que 5000 passagers endormis pour longtemps voyagent dans l’espace vers une nouvelle planète, deux d’entre eux sont accidentellement tirés de leur sommeil artificiel 90 ans trop tôt. Jim et Aurora doivent désormais accepter l’idée de passer le reste de leur existence à bord du vaisseau spatial. Alors qu’ils éprouvent peu à peu une indéniable attirance, ils découvrent que le vaisseau court un grave danger. La vie des milliers de passagers endormis est entre leurs mains…

Perdus dans l’espace.

Projeté en toute fin d’année, dans ce vaste repaire de longs-métrages abandonnés du calendrier ou soumis aux lois des contre-programmations, Passengers a la lourde tâche de clôturer un cru de blockbusters médiocres, désertés par le panache et l’ambition. Alors que ses premières bandes-annonces suscitaient une curiosité polie doublée d’une réelle méfiance, son contenu final vient confirmer nos pires craintes et parachever une succession d’ignominies démontrant les nouvelles limites d’une industrie à bout de souffle. 

Entre le foie gras et la bûche, Passengers aurait pourtant pu s’imposer comme un honnête divertissement jouant sans brio mais avec modestie son rôle d’outsider, de produit prêt à consommer et rapidement digéré. Mais, comme souvent lorsque la grenouille veut se faire aussi grosse que le bœuf, le film s’est décidé à piocher dans d’inévitables références incapables de s’accorder avec un script inabouti. Dès lors, Passengers y ramasse les moindres miettes d’un space opera cabossé et écrase le genre sous une overdose d’insultes à l’intelligence d’un spectateur au bord de l’indigestion.

Agissant tel un bon élève rassemblant les ingrédients nécessaires à la réalisation de sa recette, Morten Tyldum (à qui l’on doit l’honorable Imitation Game) ne parvient qu’à transformer son long-métrage en imposteur de première classe. Aux prises avec un format fast-food (malgré une fastidieuse heure d’exposition), le cinéaste n’a pas les épaules suffisamment solides pour résister et nous donner à ressentir le vertige, l’immensité de cet accablant terrain de jeu. Supposément intrigante, la découverte du vaisseau par Chris Pratt tourne à la visite chez Ikea tandis que son improbable romance avec Jennifer Lawrence se révèle absolument effarante de vacuité.

Esquissés à gros traits, les deux protagonistes sont ainsi réduits à d’irritants clichés (le héros mécanicien, l’écrivaine au trauma bâclé …), prisonniers d’un scénario archétypal qui piétine les thématiques passionnantes de la solitude et du libre-arbitre. À mi-chemin, déjà entamé d’une balle dans le pied, le film se saborde complètement en faisant intervenir un nouveau personnage interprété par un Laurence Fishburne désespérant et désespéré. En une poignée de scènes risibles, il entraîne Passengers avec lui dans les tréfonds de l’hilarité et de l’embarras.

Les deux acteurs finissent alors par s’associer à ce festival et cèdent à la surenchère : Chris Pratt devient l’homme de la situation avec un sérieux déconcertant pendant que Jennifer Lawrence surjoue la colère en version « audition pour la prochaine saison d’Amour, Gloire et Beauté ». Au summum de la crétinerie, les ultimes rebondissements propulsent le film dans la gamme des vulgaires nanars enterrant la vraisemblance sous un affolant vernis de mauvais goût et de superficialité. La preuve qu’à trop vouloir surfer sur la vague, on coule plus que jamais à pic.

La fiche

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PASSENGERS
Réalisé par Morten Tyldum
Avec Jennifer Lawrence, Chris Pratt, Michael Sheen… 
Etats-Unis – Science-fiction, Romance

Sortie en salle : 28 décembre 2016
Durée : 117 min




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Marla Singer
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Ça tombe bien je ne voulais pas le voir ! Les critiques outre-Atlantique étaient déjà mauvaises… Bonnes fêtes à toute la rédaction du Bleu du Miroir !