ocean’s 8 critique

OCEAN’S 8, enfin dans vos salles

L’attente a été longue, mais la suite de la célèbre série autour des jeux et des casinos de Las Vegas est enfin sortie. On s’éloigne du strip cependant avec Ocean’s 8 et son groupe de femmes qui s’attaque à une toute autre proie.

La sortie en France d’Ocean’s 8, le 14 juin 2018, était très attendue par les spectateurs, espérant voir un sequel version féminine de la bande à George Clooney, star de la trilogie Ocean’s 11-12-13. L’oeuvre réalisée par Gary Ross, reconnu notamment pour l’adaptation au cinéma des livres Hunger Games, n’a pas su convaincre le public et la presse. La seule curiosité est de proposer un casting 100% féminin, avec en tête de gondole Sandra Bullock. Mais c’est presque dans l’indifférence que sort ce spin-off, et l’on comprend mieux pourquoi après avoir visionné les 1h50 d’un scénario bâclé et rempli d’aberrations.

Résumé du film Ocean’s 8

Sandra Bullock incarne ici la soeur de Danny Ocean sous le rôle de Debbie. Après un séjour de plus de cinq années en prison pour une arnaque – on ne se refait pas dans la famille -, Debbie souhaite tenter un nouveau gros coup : voler un collier de diamants d’une valeur de 150 millions de dollars. Seul hic, celui-ci est sous couvert dans une forteresse impénétrable, et il n’en sortira qu’à une seule occasion : lors du gala Met à New York. Sandra Bullock est ainsi assistée de sa meilleure amie, et partenaire de toujours, Cate Blanchett (Lou Miller), pour constituer une équipe aux multiples compétences, et capable de suivre à la lettre le plan imaginé par l’aînée des Ocean.

Un casting 100% féminin

Alors que la bande à George Clooney finissait par faire les 100 pas jusque dans Ocean’s 13, la relève assurée par Sandra Bullock semblait prometteuse lors des premiers teasers dévoilés. À ses côtés, une panoplie de stars d’Hollywood, avec Cate Blanchett, Rihanna, Anne Hattaway, Helena Bonham Carter, Sarah Paulson, Mindy Kaling et Awkwafina. Hormis la nouveauté que ce spin-off ne s’oriente pas autour des jeux des casinos de Las Vegas, c’est surtout la spécificité de ce casting 100% féminin qui est au centre de ce projet légitimé par le contexte actuel.

Le lancement de ce film survient justement à une époque où la place de la femme à Hollywood tend davantage à être revalorisée, les actrices tenant à se montrer fermes et à plaider leur cause, comme lors du dernier Festival de Cannes présidé très justement par Cate Blanchett.

C’est alors toute une symbolique suite à l’affaire Weinstein, le hashtag #MeToo et l’inégalité des salaires entre hommes et femmes qui tend aussi à être stoppé net en bannissant purement et simplement le mâle de cette oeuvre cinématographique. Ou du moins presque, car à la réalisation, nous retrouvons Gary Ross. Notamment connu pour avoir adapté le premier tome de Hunger Games au cinéma en 2012, il a là aussi su mettre en avant une jeune actrice, Jennifer Lawrence, au premier plan et dans les meilleures conditions pour tenir le rôle-titre d’une trilogie haletante et reprise clés en main par Francis Lawrence. Ainsi, sur le papier, l’affiche d’Ocean’s 8 est des plus prometteuses, répondant très nettement à une cause d’actualité, tout en offrant un show, mais non à la hauteur du premier volet de Steven Soderbergh.

Ocean's 8

De nombreux symboles à Interpréter …

Au cours de ce film 100% féministe, naturellement, le scénario, la mise en scène, la réalisation et la photo sont des points déterminants pour que le show soit à son comble. Mais c’est ce que nous détaillerons en dernier point, car le plus important au détour de cette oeuvre, c’est la symbolique projetée par une création hollywoodienne au monde du cinéma, et à la société actuelle. Certes, la place des femmes y est revue et remise au goût du jour, pour démontrer toute leur importance et leur capacité comme les hommes à incarner les premiers rôles.

Mais il n’aura pas manqué aux yeux des spectateurs l’apparition de Rihanna avec des dreadlocks, non seulement pour coller au plus près de son personnage dans Ocean’s 8, une ressortissante des Caraïbes venue faire sa vie aux États-Unis et dotée de compétences essentielles pour l’intrigue en matière d’informatique, et dont la fierté de ses origines passe par ses cheveux. Cela colle idéalement à l’actualité une nouvelle fois, que ce soit avec la sortie du film « Une Bande De Filles », mettant alors en scène quatre jeunes filles noires de la banlieue parisienne, un casting plutôt unique pour un film français, ou encore le défilé de 16 actrices noires sur le tapis rouge de Cannes en 2018 dans l’optique de représenter la sous-représentation des personnes de couleur au cinéma français.

Cette manifestation lors de la grande fête du cinéma a ainsi fait suite à la montée des marches de 82 femmes, mettant ainsi à l’écart tous les hommes pouvant être nominés. Et si le harcèlement dans le monde du cinéma est pointé du doigt, tout comme les sous-entendus racistes par les casteurs, il n’en est pas moins que la femme est valorisée en bonne et due forme dans Ocean’s 8, les critiques n’ayant pas manqué de faire remarquer que ce film ne manque pas de séduction.

… Et des caméos coupés

Tout au long de ce spin-off, Ocean’s 8 n’est pas uniquement un film dédié à mettre en avant un casting de femmes, mais aussi de rendre hommage à Ocean’s 11, sorti en 2001, et qui est resté pour de nombreux cinéphiles comme un classique du cinéma d’Hollywood. C’est pourquoi vous verrez quelques apparitions masculines de la première bande au cours du long métrage, et sans vouloir vous dévoiler totalement qui ou comme sera présent parmi Matt Damon, Brad Pitt, Elliott Gould, Andy Garcia et George Clooney, il a été malgré tout révélé par le réalisateur lui-même que certaines scènes jouaient par ces anciennes gloires de la trilogie d’Ocean’s ont été coupées à des fins scénaristiques.

Pour beaucoup, la présence de ses acteurs de la première génération tant à dénaturer la volonté de ce film, visant justement à s’affranchir du mâle pour commettre malgré tout un acte vil. On est parfaitement en droit de se poser la question, car il est vrai que tout l’enjeu d’Ocean’s 8, dès la sortie des premières bandes-annonces, n’a été porté que sur l’exclusivité féminine pendant près de deux heures. Et finalement, le soufflé retombe à plat quand untel ou untel apparaît sur la toile. C’est comme rappelé que la femme succède à un succès inspiré par des hommes, pour des acteurs, et que les actrices surfent simplement sur la vague pour se montrer. Ainsi, pour la presse, et les spectateurs, le message délivré par les actrices au moment du Festival de Cannes et dans les nombreuses manifestations pour la cause féministe dans le cinéma ne semble pas avoir pris la bonne tournure, à savoir donner des rôles adaptés aux femmes, et non des rôles adaptés aux hommes attribués simplement aux actrices.

Pas à la hauteur d’Ocean’s 11

Si la volonté de réaliser un film uniquement ou presque avec des femmes est une intention des plus honorables, il est malgré tout à souligner que cela ne fait pas tout. Et si cela a produit son effet lors de la projection de Mad Max : Fury Road en 2015, cette fois, la recette n’est assurément pas gagnante. Si les femmes sont bien présentes, il manque tout le reste. Un scénario qui tient debout tout d’abord, une bande sonore du niveau d’Ocean’s 11 et quelques répliques bien senties, non, vous ne les aurez pas dans Ocean’s 8. C’est un film certes rythmé de 1h50, mais le show n’est pas aussi haletant et enthousiaste que pour Ocean’s 11. Sans doute la faute à une Sandra Bullock pas aussi charismatique qu’un George Clooney, Rihanna qui manque encore un peu d’expérience au cinéma, et surtout, rappelons-le, la volonté d’attribuer des rôles d’hommes, qui ne collent finalement pas à la physionomie des actrices proposées. Ocean’s 8 est alors destiné à suivre la polémique, mais aussi à la créer, en offrant ce spectacle finalement navrant pendant 1h50. Dans le fond, cette oeuvre a toute son importance, mais dans la forme, elle sera très vite à mettre aux oubliettes.




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