still_Noomi-Rapace

NOOMI RAPACE | Interview

Depuis qu’elle s’est révélée aux yeux du monde dans le rôle de Lisbeth Salender dans la saga Millenium (2009-2010), Noomi Rapace s’est forgée une solide réputation lui permettant de tenir le premier rôle dans des films de genre ou d’action. Après avoir enchaîné les productions américaines depuis 10 ans, la suédoise revient en cette fin d’année sur ses terres islandaises d’adoption pour un film singulier, Lamb (Valdimar Johannsson, 2021). Elle y campe Maria, une fermière qui élève des moutons dans une ferme islandaise perdue au milieu des montagnes. Avec son mari Ingvar, ils vont assister à la naissance d’un mystérieux nouveau-né. Ce signe de la providence va les aider à soigner les blessures du passé, alors que dehors, une force mystérieuse rôde… Venue à Paris faire la promotion du film, l’actrice nous a accordé un peu de son temps pour une interview express.

Lamb est un film assez singulier, qui offre plusieurs niveaux de lecture, comment le décririez-vous ?

Noomi Rapace : Comme un drame familial. Un film sur la maternité, ce que c’est d’être mère, et sur ce besoin de soigner ce qui a été cassé… Et surtout jusqu’où on peut être prêt à aller pour y arriver.

En tant qu’actrice, qu’est-ce qui vous a particulièrement attirée dans ce film et ce rôle ?

Peut-être la combinaison entre le fait que, d’un côté, tout soit si normal, si terre à terre, naturel et simple… et de l’autre, il y a cet élément qui sort vraiment de l’ordinaire.

Et quel élément !

Oui, la bénédiction ! Le cadeau du ciel ! (rires, ndlr)

Est-ce que vous recherchez particulièrement ce type de projets, avec des histoires non conventionnelles ? Cela rend-il le métier plus excitant ?

Oui, je recherche surtout des choses qui n’ont pas déjà été faites. J’ai horreur de me répéter, je n’ai pas envie de rejouer des personnages que j’ai déjà interprétés. Donc, quand un projet comme Lamb se présente à toi, quelque chose de si original et puissant, quelque chose qui compte, il est impossible de dire non.

Comme comédienne, vous avez tendance à vouloir montrer, communiquer, capter le spectateur, et là non… Vous devez faire confiance à l’histoire, et comprendre que le film est plus important que votre propre performance solitaire.

Comment s’est passé le tournage avec le personnage d’Ada, l’enfant au cœur du film ? Y avait-il beaucoup d’effets spéciaux à prendre en compte ?

Non, on a tourné avec de véritables bébés. En fait, il y avait 9 bébés et 4 agneaux qui tournaient, on passait de l’un à l’autre. Ça a été, au final, assez rare que l’on ait besoin d’utiliser des effets spéciaux comme des incrustations. Les bébés “humains” devaient parfois porter un capuchon vert, mais c’est tout. Ensuite, je n’avais plus qu’à reconstituer “Ada” mentalement, ça faisait partie du processus créatif…

Le fait qu’il y ait ce mystère entourant la nature de l’enfant durant la première partie du film, est-ce que cela a influencé votre travail et la manière dont vous avez abordé votre rôle ?

C’était compliqué, vous savez, car j’avais le sentiment que Maria (son personnage, ndlr) retenait ses émotions, elle ne vous donne rien… En tant que public, vous ne comprenez pas tout de suite ce qui s’est passé, pourquoi elle est comme ça, ça arrive plus tard, donc j’ai dû trouver un équilibre. Comme comédienne, vous avez tendance à vouloir montrer, communiquer, capter le spectateur, et là non… Vous devez faire confiance à l’histoire, et comprendre que le film est plus important que votre propre performance solitaire. Donc j’ai le sentiment que chacun d’entre nous sur ce film faisait partie d’un tout.

Comment avez-vous travaillé avec le réalisateur Valdimar Johannsson, pour préparer ce rôle ?

Nous avons beaucoup échangé. Je suis allée en Islande, on a fait des repérages, dans des fermes… On s’est aussi envoyé de nombreuses images, des dessins, des photos. Ce n’est pas quelqu’un de très loquace, il ne parle pas beaucoup… Mais c’est étrange, j’ai l’impression que Maria est juste sortie de moi, de manière très naturelle, et j’avais l’impression de la connaître. Et elle a commencé à prendre le dessus petit à petit.

Noomi Rapace

Le film a une approche que l’on peut qualifier d’antispéciste, notamment dans sa manière de filmer les animaux, et de les représenter, ce sont des éléments qui ont joué un rôle dans votre volonté de participer à ce projet ?

Oui, j’avais vraiment l’impression de jouer avec eux. On ne les manipulait pas, c’était une relation très respectueuse… et ils prenaient autant de temps que moi ! (rires, ndlr). Donc il a fallu développer beaucoup de patience, mais c’était assez incroyable. Pour vous donner un exemple, un jour, lors de la scène dans les champs où je pose une couronne de fleurs sur la tête d’Ada, alors que nous étions en train de tourner, l’agnelle s’est figée tout à coup, elle respirait lentement, moi aussi, et son visage était très proche du mien, j’avais vraiment le sentiment qu’on était en train de communiquer. Elle ne bougeait pas, elle me regardait et respirait calmement… C’était magique ! Valdimar a laissé la caméra tourner, on n’avait l’impression que le temps s’était arrêté… On n’a pas toujours besoin de mots pour faire passer une émotion…

Le bébé est né, je l’ai sorti du ventre de sa mère, je l’ai nettoyé… Et c’était mon premier jour sur le plateau !

On dit souvent que le plus difficile au cinéma, c’est de travailler avec des enfants ou des animaux…

Et nous, on a fait les deux ! Mais ça faisait partie de l’ADN de ce film, je le savais et je devais l’accepter. Alors bien sûr, certains jours ça peut rendre folle. Mais la plupart du temps, c’était juste notre réalité, et on devait simplement trouver une autre façon de travailler, car tu ne peux pas les contrôler, tu dois les laisser être eux-mêmes… Ça fait partie du film et de sa vérité.

Parlons d’une scène forte du film, lorsque vous aidez la brebis à mettre bas ? Comment cela s’est-il passé ? C’est cent pour cent réel ?

Oui, j’ai fait l’accouchement d’un agneau ! Il n’y a pas d’effets spéciaux dans cette scène, c’était totalement réel. J’ai observé le fermier le faire durant la matinée, et après c’était à moi de jouer ! Je n’ai pas vraiment eu le temps de me préparer davantage… Le bébé est né, je l’ai sorti du ventre de sa mère, je l’ai nettoyé… Et c’était mon premier jour sur le plateau ! Mon coeur battait tellement fort… Il y avait quelque chose de pur dans ce moment, effrayant et beau en même temps… C’est le début d’une vie, et j’ai regardé cette petite créature se lever et faire ses premiers pas… On comprend dans ces instants en quoi la vie peut-être fragile et forte à la fois… C’était mon premier jour sur le plateau, et quelque part c’était l’accouchement du film !


Propos recueillis et traduits par Gregory Perez pour Le Bleu du Miroir


Remerciements // Copyright photo : Lenita Visan