featured_nikolaj-lie-kaas-fares-fares

NIKOLAJ LIE KAAS & FARES FARES | Entretien

Alors que le dernier volet de la saga Les enquêtes du Département V – Dossier 64 arrive en e-cinema ce 7 mars 2019, nous avons rencontré les comédiens Nikolaj Lie Kaas et Fares Fares, accompagnés de la productrice Louise Vesth. L’occasion de faire le bilan de cette aventure de six ans, au moment de se séparer et de quitter leurs personnages Carl et Assad…  

Ce quatrième film met en scène une histoire très sombre, quelle était l’ambiance sur le tournage ?

Fares : C’était bien, c’était une bonne ambiance car nous travaillons bien tous ensemble et nous avions de bonnes relations avec le réalisateur aussi. C’était super. Nous savions que cela allait être notre dernier film donc…

Dans le film, Assad est sur le point de quitter le département V pour trouver un autre travail… Comment s’est faite votre séparation en tant qu’acteurs ? Etait-ce la même que celle des personnages ?

Fares : Non, en fait pas du tout. Nous étions heureux de signer un contrat pour quatre films, mais nous savions que le projet était d’en faire quatre et nous savions aussi que nous devions nous amuser pour les faire. D’un autre côté, que nous étions aussi capables de les faire.

Mais nous savions dès le départ du dernier film, que c’était la fin, nous avions déjà dit au revoir, il fallait juste donner le meilleur. Travailler avec Nicolaj et Louise va me manquer et on commence à chercher des projets…. Je pense que nous avons bien terminé l’histoire entre Carl et Assad, tous les deux, sur une belle note, et j’ai le sentiment que c’était la plus belle façon de la finir.

Je me rappellerai de ces films, de ces six ans avec une joie immense. Mais en même temps, je crois que si nous avions su que ça allait continuer, nous aurions peut-être perdu la passion pour les personnages, pour le travail. Donc je pense que c’est bien comme ça.

L’alchimie entre vous était déjà présente ou est-ce que ça s’est construit avec le temps ?

Fares : Je pense que c’était instantané, enfin, pour moi en tout cas. Evidemment, nous avons appris à nous connaître un peu plus durant chaque film et peut-être que je ne pensais pas que ce serait aussi bien jusqu’au second film. Mais je crois que l’alchimie entre nous était présente depuis le début… C’est quelque chose qui est là ou pas. Rien ne peut la forcer.

Nicolaj : Bien sûr, et la confiance l’un en l’autre.

Fares : Oui, La confiance est quelque chose qui grandit avec le temps.

Qu’est-ce que cela fait de porter des personnages aussi longtemps ? Est-ce que vous vous sentez proches d’eux ou pas du tout ? Est-ce que vous les emportez à la maison, par exemple ?

Fares : Pas moi, je ne suis pas nostalgique dans ce sens-là, c’est un travail, tu le fais avec une réelle passion quand tu le fais. Mais ce que je ramène à la maison ce n’est pas Assad, c’est plutôt les relations que tu acquiers avec les gens que tu rencontres, avec qui tu travailles pendant des années. Le noyau dur, c’est nous trois, mais il y a aussi le scénariste, Nikolaj Arcel. Il a toujours été là, comme le réalisateur original, et on se texte, on lui parle tout le temps. Vous savez, rencontrer des nouveaux réalisateurs c’est aussi ramener des gens dans la famille… Mais je ne dirai pas que les personnages restent avec moi quand je rentre à la maison ou entre les projets.

En général ?

Fares : En général, pour moi… Non, certains personnages restent un peu plus longtemps, mais pas Assad…

Nikolaj : Parce que tu ne te sens pas lié à Assad ? Non, je me pose la question !

Fares : Oui, Assad est moins moi-même, je pense que c’est pour ça.

Nikolaj : Je crois que j’accepte le fait d’avoir une part de Carl en moi […] Quand les gens me demandent si je peux m’identifier à Carl, je réponds évidemment que je peux m’identifier à lui, même si c’est un énorme connard. Il est quand même loin de qui je suis mais je pense que je peux quand même m’identifier, et je crois que c’est pour cette raison que nous allons au cinéma. Pour voir des gens auxquels on peut s’identifier.

Dans ce film, une plus grosse partie a été accordée à Rose, est-ce que vous vouliez plutôt former un trio ?

Fares : C’est un duo, les quatre films sont comme ça. Nous n’avons pas imaginé un trio. Elle apporte une dynamique. Vous savez, au début quand j’ai lu le script du second film et qu’il y avait Rose, j’avais quelques objections : « ok, vous avez amené un nouvel Assad, mais c’est une femme ». Elle a quelque chose à voir avec Assad, mais elle apporte autre chose. La relation avec Carl est devenue autre chose que ce à quoi je m’attendais, et c’est devenu drôle pour Assad de voir les deux autres évoluer… C’est une belle dynamique, je pense. Ça se voit dans le département, quand Rose est la seule…

Louise : Je pense qu’elle a joué aussi dans le développement de la relation entre Carl et Assad, cela crée une dynamique entre les deux personnages, ça a aussi permis d’être un personnage de soutien pour le développement de la relation entre Carl et Assad. Et c’est aussi pour ça qu’elle est très importante pour le dernier film, elle est celle qui intervient à un moment de break entre Assad et Carl et va soutenir Assad dans son besoin de prendre du recul car Carl est allé très loin, et tout seul dans son monde sombre et cynique. Elle est en quelque sorte le point d’équilibre entre les deux.

Nikolaj : C’est aussi important de dire qu’il est très difficile de jouer face à un personnage comme Carl, il n’obtient rien de moi. C’est comme travailler avec une porte ou parler à un mur, je ne fais rien pour l’arranger et le faire sentir bien, c’est aussi pour cela que Rose est importante pour Fares.

Fares : C’est marrant que tu dises ça parce que je ne l’ai vraiment expérimenté qu’à la première scène dans le premier film. C’était difficile, mais c’était Carl et je ne l’ai pas vraiment ressenti…

Louise : Mais c’est aussi parce que tu es un très bon acteur et que tu restes dans ton personnage. Parce qu’on a vu, plusieurs fois dans les quatre films, des personnages sur de très courtes périodes qui devaient jouer avec Carl et ils avaient des difficultés à rester dans le personnage, à jouer contre quelqu’un qui ne donne juste rien, uniquement des mauvaises énergies et de la froideur. Même pour le meilleur acteur possible, c’est vraiment difficile.

Fares : J’ai vraiment ressenti cela durant la toute première scène mais après je le savais, d’autant que tu es très généreux avant de tourner les scènes, pour en discuter. Donc je savais à quoi m’en tenir, et puis tu sépares l’acteur du personnage et tu sais que ce n’est pas Nikolaj qui est un connard et qui me donne de la merde. Ça semble facile à dire, mais c’est vrai que c’est une expérience.

Louise : Mais c’est facile à dire.

Fares : Oui, c’est facile à dire mais il faut l’expérimenter parce que si j’étais quelqu’un de nouveau qui arrivait sur le projet, j’aurais probablement eu du mal à jouer avec une personne qui ne donne rien. Nous n’aurions probablement pas pu avoir autant de temps pour parler autant que nous parlons entre les scènes.

Nikolaj : C’est pour cette raison que je m’attachais à prévenir les gens : “à partir de maintenant, je vais devenir un véritable connard”.

Est-ce difficile pour vous de rentrer dans les personnages et celui-ci en particulier ? Est-ce que vous avez des choses qui vous inspirent ?

Fares : Dans un sens tu es un peu limité parce que c’est tiré d’un livre. Donc tu ne peux pas aller au bout de tes idées. Tu dois respecter les idées des autres. Au début j’ai essayé avec Assad, de le faire beaucoup plus humain que dans les livres… Le reste des films c’est plutôt à propos de la relation entre Carl et Assad et c’était comme une coopération entre moi et Nikolaj. J’avais aussi une barrière car je suis suédois et c’est en danois. C’est plus difficile que vous ne le pensez, croyez-moi. C’est beaucoup de travail.  

Nikolaj : Je crois que pour être Carl il y avait quelque chose de difficile au début parce qu’avec Mikkel, on discutait tout le temps, parce que le personnage ne montre rien. C’était un problème au début parce qu’on avait besoin d’être capable de montrer quelque chose, ce qui se passait à l’intérieur, à l’intérieur de lui. On n’a pas arrêté de parler à ce sujet. Est-ce qu’il est trop idiot ? Est-ce qu’on déteste ce type ? Cette relation, bien sûr, ne fonctionne que par le fait que nous sommes deux. Je ne peux pas vraiment être un idiot parce qu’il est là. Si j’avais été tout seul dans le département V, je vous promets que ça n’aurait pas fonctionné. Ça aurait été horrible à regarder […] jouer quelqu’un d’extrêmement cynique est assez simple pour moi, car il m’est facile d’en sortir. Je peux faire l’imbécile entre les scènes, ce qui t’énervait d’ailleurs au début (en s’adressant à Fares). C’est la façon dont je travaille, surtout quand je joue quelque chose de très sombre.

Qu’est-ce que vous avez lu en premier ? Le scénario ? Ou les livres ?

Fares : Le scénario. Je ne suis pas un grand fan des livres. Je n’aime pas tant Assad. Je trouve que les livres sont corrects mais… J’ai lu le premier livre après. On a travaillé les personnages à partir du scénario et dit oui au projet, à partir du scénario. Et le premier livre, je l’ai lu pour la préparation, pour voir si je pouvais y trouver quelque chose mais… ça m’a ennuyé (rires…)

Comment Christoffer (le réalisateur de Dossier 64) a rejoint le projet ?

Louise : Alors, je le connais très bien car j’étais en cours avec lui à l’école de cinéma, également Mikkel (Nørgaard – ndlr),  le premier réalisateur, et aussi Nikolaj (Arcel – ndlr) le scénariste des quatre films… Je reste dans les mêmes cercles… désolée ! (rires)

Fares : On reste en famille ! (rires)

Louise : J’ai pensé à lui, parce que le plan était d’avoir quatre réalisateurs différents mais Mikkel devait faire les deux premiers car j’avais peur que le premier n’ait pas de succès au cinéma. Je savais que je devais financer le second avant que le premier soit sorti, parce que je savais que le second avait un côté « mainstream » et avait certains éléments commerciaux, que je pensais intéressants pour le futur. Donc je voulais simplement le financer avant même la sortie du premier, ce qui s’est avéré être une véritable mauvaise idée, car on était en tournage pendant que le premier est sorti, donc on a du faire une coupure dans le tournage pour assurer la promotion du premier.

Ça a été un désastre, et on s’est retrouvé le lundi « Bon, on a commis un désastre, on doit en faire un de plus ! » (rires…) mais je savais que Mikkel était capable de le faire. Je savais qu’il était capable de créer les personnages, c’est un talentueux réalisateur. J’étais totalement certaine qu’il allait être capable de faire un film de très haute qualité. Et après les deux premiers films, il était temps de changer … Nous avions besoin de challenge […]

Christoffer Boe a une forte signature dans sa façon de voir les scènes, et si vous êtes amenés à voir le film à nouveau, vous verrez que tous les angles de caméra sont différents, c’est toujours un peu en contreplongée ou l’inverse, et si c’est un plan fixe, il y a toujours quelque chose entre la caméra et la scène. Ce n’est jamais qu’un plan fixe, il crée toujours d’autres histoires, d’autres secrets. Je l’aime beaucoup, c’est un réalisateur très intelligent. J’étais tellement contente qu’il accepte et il était également prêt. Il était la meilleure personne pour le quatrième film, j’étais vraiment contente qu’il réponde présent et qu’il soit prêt à assumer ce projet.

Le film est inspiré de faits réels, est-ce une histoire connue au Danemark ?

Louise : Pour ma génération, oui. Mais pour la jeune génération, non […] Les jeunes acteurs dans le film n’avaient jamais entendu cette histoire

Nikolaj : Je n’avais jamais entendu cette histoire.

Est-ce qu’il y avait une nécessité à en parler ?

Louise : Oui, je pense que c’est plus actuel que jamais […].



Lire aussi : notre critique du film Dossier 64



Propos recueillis, traduis et édités par Anne Laroze pour Le Bleu du Miroir. Entretien réalisé à Paris, dans le cadre d’une table ronde réunissant plusieurs journalistes. Remerciements : Zvi David Fajol (Mensch Agency), Benjamin Gaessler (Wild Side).