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NEW YORK-MIAMI

Ellie Andrews, jeune fille gâtée, échappe à l’emprise de son père millionnaire qui veut l’empêcher d’épouser un play-boy sans avenir. En route pour New York, elle rencontre Peter Warne, journaliste au chômage. En chemin, le bus tombe en panne et le duo se lance dans une folle randonnée improvisée.

La Nuit Américaine.

Cette nuit les plus grandes stars du 7e art seront réunis au Dolby Theater de Los Angeles pour assister au passage obligé de l’industrie cinématographique américaine : la cérémonie des Oscars. Après plusieurs éditions très indécises (12 Years a Slave vs Gravity, Boyhood vs Birdman, Spotlight vs The Revenant), cette année, un grand favori se détache de ses concurrents : La La Land. La comédie musicale de Damien Chazelle représente l’archétype du vainqueur, Hollywood adorant les films sur… Hollywood. Avec ses 14 nominations cette nuit, il sera l’unique long-métrage à pouvoir prétendre aux cinq prix majeurs (meilleur film, réalisateur, acteur et actrice, scénario). Seulement trois films ont réalisé cet exploit : Le Silence des Agneaux (1992), Vol au-dessus d’un nid de coucou (1976) et New York-Miami (1935). Ce dernier est justement celui qui nous intéresse aujourd’hui.

Droit dans le mur

Le parcours de New York-Miami, réalisé par Frank Capra, a été semé d’embûches. Personne ne pouvait présager du succès du long-métrage lors de la prestigieuse cérémonie. Tout d’abord, pas la Columbia. La société de production mit tout en oeuvre pour décourager le financement, l’écriture et l’achèvement du film. Lors de la recherche du casting, les acteurs souhaitant participer se font très rares. Finalement, deux grandes célébrités acceptent les rôles principaux, Claudette Colbert et Clark Gable, mais sous conditions et sans grande conviction. Pendant le tournage, les choses se compliquent entre eux. Alors qu’ils doivent être très complices, dans cette histoire d’amour naissante, les deux comédiens ne se supportent pas. Agacé, le réalisateur expédie donc son film le plus rapidement possible. Le résultat final lui convient mais il décide de vite sortir et s’envoler vers son nouveau projet : L’Extravagant Mr. Deeds.

Pour ne rien arranger, lors de sa première mondiale, New York-Miami reçoit des critiques très froides de la profession et de la part des journalistes. À l’époque, It Happened One Night (dans sa version originale) se saisit de sujets tabous : divorce, sexe hors-mariage… Il s’agit de la première « screwball comedy » de l’histoire du cinéma. Un genre mêlant le burlesque, la comédie romantique et les mœurs. Voir la jeune fille d’un milliardaire coucher dans la même chambre qu’un inconnu torse nu en étant séparé par une simple couverture surnommée « Mur de Jericho » fait jaser dans les chaumières les plus conservatrices.

Un bus nommé désir

Pourtant, contre toute attente, le public est au rendez-vous. De manière assez inattendu, les Américains adorent cette comédie romantique. Le bouche à oreille positif des spectateurs profite au film qui s’impose dans les salles. Son petit budget (325 000 dollars) est largement rentabilisé puisqu’il rapporte plus de deux millions de dollars aux studios de Columbia. Quelques semaines plus tard, à la surprise générale, le film reçoit les cinq récompenses majeures aux Oscars en lieu et place du très formaté musical (pourtant favori) Une nuit d’amour.

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Soixante-dix ans après son sacre, on comprend immédiatement les raisons du succès inattendu de New York-Miami. Le point fort, évidemment, est son scénario, très innovant pour l’époque, mêlant romance et comédie. Au-delà de ces deux points plutôt conventionnels, Frank Capra intensifie le long-métrage en s’inspirant des autres genres. Il transforme l’ensemble en un magnifique road-movie en bus puis improvisé empruntant ici ou là aux films d’aventures voire de suspense avec les multiples rebondissements que vivent les deux personnages.

Enfin New York – Miami est aussi, et surtout, un petit bijou de mise en scène. Frank Capra nous offre quelques séquences mémorables à l’image de cette séquence d’auto-stop avec les techniques opposées de Clark Gable et Claudette Colbert. La photographie, en jouant avec les ombres et les lumières, offre des scènes nocturnes d’une beauté formelle hallucinante – la sublime nuit dans la paille ou la traversée d’une rivière étincelante grâce au ciel étoilé.

Diamant noir

Malgré son amour pour le classicisme, l’académie des Oscars a donc su faire preuve d’audace dans des moments importants de l’Histoire de son pays. Avec cette période particulièrement trouble dans laquelle s’est plongée l’Amérique depuis quelques semaines avec l’arrivée de Donald Trump au pouvoir, il ne serait pas surprenant de voir un film engagé remporter l’Oscar du meilleur film.

L’industrie du cinéma américain, fervent soutien démocrate, pourrait passer un message politique fort en récompensant Moonlight. Un long-métrage composé de minorités et racontant la vie d’un jeune noir, gay, issu d’un quartier ravagé par la drogue. Ne reste plus qu’à savoir si l’Académie, trop souvent formatée, osera abattre son « Mur de Jericho » une nouvelle fois ? L’auteur de ses lignes est prêt à le parier : It will happen tonight !

La fiche
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NEW YORK-MIAMI
Réalisé par Frank Capra
Avec Claudette Colbert, Clark Gable…
Etats-Unis – Romance, comédie

Sortie en salle : 12 septembre 1934
Durée : 105 min 

 




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