featured_neruda

NERUDA

Intriguant

1948, la Guerre Froide s’est propagée jusqu’au Chili. Au Congrès, le sénateur Pablo Neruda critique ouvertement le gouvernement. Le président Videla demande alors sa destitution et confie au redoutable inspecteur Óscar Peluchonneau le soin de procéder à l’arrestation du poète. Neruda et son épouse, la peintre Delia del Carril, échouent à quitter le pays et sont alors dans l’obligation de se cacher. Il joue avec l’inspecteur, laisse volontairement des indices pour rendre cette traque encore plus dangereuse et plus intime. Dans ce jeu du chat et de la souris, Neruda voit l’occasion de se réinventer et de devenir à la fois un symbole pour la liberté et une légende littéraire.

Le vrai et le faux.

C’est le meilleur film que Pedro Almodovar a vu en 2016. Pour certains, c’est un parfait argument publicitaire, pour les autres, déjà familiers du cinéma de Pablo Larrain, ce n’est en rien une surprise car, en une demi-douzaine de longs métrages, le réalisateur chilien a démontré qu’il était l’un des plus excitants à suivre de notre époque. Avec sa trilogie improvisée – elle n’était pas envisagée comme telle – composée de Tony Manero, Santiago 73, post mortem et No, il revisitait l’histoire de son pays, des prémisses au dernier souffle des années Pinochet. A chaque fois, il abordait ces évocations historiques avec un pas de côté. Respectivement via le portrait d’un improbable sosie du héros de La fièvre du samedi soir, les états d’âmes d’un employé de la morgue où arrivera le corps de Salvador Allende et le récit de la chute de la dictature via la campagne en faveur du non au référendum de 1988.

Avec Neruda, l’approche est similaire : il est question d’une figure littéraire et politique majeure du Chili mais le biopic annoncé n’en est pas un. « Nous n’avons jamais songé à prendre au sérieux de brosser le portrait du poète, tout simplement parce que c’était impossible, explique Pablo Larrain dans le dossier de presse. C’est pourquoi nous avons décidé de faire un film fondé sur l’invention et le jeu. Pour que le spectateur puisse planer avec ses poèmes, avec sa mémoire, et même avec son idéologie communiste de la guerre froide. » Le cinéaste malaxe à loisir la grammaire filmique, s’amuse notamment des faux raccords délibérés – un dialogue pouvant se tenir dans des décors changeant d’une réplique à l’autre – et des effets de transparence qui ajoutent une touche faussement artisanale à une œuvre bien plus « réfléchie » qu’elle n’en a l’air. 

Il faut donc que le spectateur accepte de « planer », de se laisser porter par ce flux d’images et ces nappes de voix-off qui cherchent moins à retracer des faits réels qu’à capter l’essence de l’art littéraire de Neruda. Vrai faux biopic, vrai faux polar et vrai faux tout court, finalement, puisque le film se concentre principalement à révéler l’authenticité à travers l’artificialité. Certains resteront assurément hermétiques à cette approche bien moins cérébrale qu’elle ne le laisse penser : Neruda est une œuvre ludique, qu’il est conseillé de ressentir plutôt que d’exiger d’elle de se livrer comme un bloc biographique prêt à digérer et à penser.

La fiche

thb_neruda

NERUDA
Réalisé par Pablo Larraín
Avec Luis Gnecco, Gael García Bernal, Mercedes Morán … 
Chili – Drame, Policier, Biopic

Sortie en salle : 4 janvier 2017
Durée : 108 min




Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de