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NASTY BABY

6
Surprenant

Un jeune artiste, Freddy, et son compagnon, Mo, ont un projet de coparentalité avec une amie, Polly. Elle porterait l’enfant et tous trois en seraient les parents. Leur démarche est semée d’embûches et de contretemps. Et dans le quartier de Brooklyn où vivent les garçons, un voisin, surnommé l’Evêque, perturbe leur petit équilibre quotidien et commence à les harceler…

Eh bé(bé) !

Ceux qui ont vu Magic Magic, le précédent film de Sebastián Silva, sorti il y a deux ans, ont eu un aperçu de la patte singulière du réalisateur. L’odyssée paranoïaque d’une jeune Américaine glissant progressivement vers la folie était clairement placée sous l’influence du cinéma de Roman Polanski (Répulsion, Rosemary’s Baby, Le Locataire…) et cultivait les changements de ton et les digressions du récit. Même si l’approche est peut-être moins manifeste ici, Nasty Baby, qui était en compétition à la Berlinale et au Champs Elysées Film Festival, entretient une inquiétante étrangeté – qui créé une sensation diffuse de malaise et d’angoisse – et laisse le scénario emprunter des chemins de traverse contribuant à bouleverser les repères du public.

>> LIRE AUSSI : Notre interview de Sebastiàn Silva à l’occasion du Champs Elysées Festival

Sebastián Silva refuse de classer ses films dans un genre précis : au contraire, il aime les mélanges. On retrouve aussi bien dans Nasty Baby la documentation du quotidien d’un couple de hipsters new-yorkais, qu’une satire de certains aspects de l’univers de l’art contemporain ou des éléments plus propres au thriller, voire, au cinéma horrifique. Le jeune réalisateur, né au Chili mais installé aux Etats-Unis, brouille davantage les attentes du public en faisant apparaître un subliminal « Inspiré d’une histoire vraie » au cours du bref générique stroboscopique. Une formule qui se moque surtout de la tendance qu’ont certains films à mettre en avant cet argument alors que leur rapport à la réalité est tout relatif, mais qui se justifie tout de même par le fait que l’appartement du couple et leur chat facétieux sont ceux de Sebastián Silva, qui endosse ici pour la première fois la casquette d’acteur et a essaimé divers éléments personnels tout au long des plans (l’un de ses ex était menuisier, tout comme Mo ; son frère, Augustìn incarne son frangin de fiction…).

Sebastián Silva n’envisage pas Nasty Baby comme un film politique, qui militerait pour la coparentalité et/ou l’homoparentalité. L’orientation sexuelle des personnages passe d’ailleurs au second plan. Pour lui, la légitimité de ces questions est acquise et n’a plus à être discutée. C’est dans ce sens – dans cette manière de dire « il en est ainsi, si cela vous dérange, il faudra vous y faire », que l’on peut faire une lecture « engagée » du film. Mais l’ambition de Nasty Baby est ailleurs : dans le mélange des genres évoqué plus haut. Alors que le pitch laisse entrevoir un film sur un « sujet de société », cette promesse bifurque progressivement dans une nouvelle direction où Sebastián Silva mène le spectateur (lorsque l’on repense au film, on s’aperçoit que plusieurs plans annonçaient la fin de manière prémonitoire) tout en brouillant les pistes. L’impression dérangeante de menace flottante et d’incertitude n’en sont que renforcées. Nasty Baby est une oeuvre qui place le public dans une position inconfortable et se risque à le frustrer. Tout comme il emploie dans un rôle dramatique une actrice plus connue dans un registre comique (Kristen Wiig, excellente), Sebastián Silva s’amuse des attentes des spectateurs. Il semble leur dire : « Ne vous attendez à rien, attendez vous à tout ».

La fiche

Nasty-Baby-Poster

NASTY BABY
Réalisé par Sebastián Silva
Avec Sebastián Silva, Tunde Adepimbe, Kristen Wiig…
Etats-Unis – Drame
Sortie en salle : N.C. (2015 ?)
Durée : 100 min




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