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PENTAGON PAPERS | Rencontre avec Meryl Streep, Tom Hanks et Steven Spielberg

Ce trio avait l’allure d’une dream team. Trois légendes du cinéma réunies pour un même film. Meryl Streep, Tom Hanks et Steven Spielberg sont venus sur Paris pour évoquer Pentagon papers (The Post), attendu en salle le 24 janvier 2018. Le film raconte l’histoire de la première femme directrice de la publication d’un grand journal américain, le Washington Post, Katharine Graham et de son rédacteur en chef, Ben Bradlee, qui ont réussi à dévoiler un scandale d’État monumental. Rencontre avec ce trio monumental. 

Le propos de Pentagon Papers reste très actuel, notamment à propos de la liberté de la presse. Pensez-vous que la presse doit encore se battre aujourd’hui, comme elle a dû le faire à l’époque ?

Steven Spielberg : Je pense même que la presse doit se battre encore plus fort aujourd’hui. Elle doit lutter encore plus fort pour sa dignité et pour la vérité qu’elle doit livrer. Mais ce qui m’a attiré en premier lieu dans ce scénario, bien avant de penser à toutes les connexions pertinentes qu’il pouvait y avoir entre les années 70 et aujourd’hui, c’était le personnage de Katharine Graham et la relation qu’elle a tissé avec Ben Bradlee. C’est l’histoire d’une femme qui est dans une position de grande autorité mais qui ne savait pas comment soutenir cette position parce qu’elle n’avait pas encore trouvé sa propre voie.

Qu’est-ce que vous avez appris de cette histoire et de votre personnage en faisant ce film ?

Meryl Streep : Plus j’apprenais à connaître Katherine Graham et plus j’étais en admiration devant elle. J’ai aimé son énergie, sa curiosité, sa capacité à diriger de la manière la plus gracieuse qui soit. Et c’était une remarquable écrivain au passage. Elle a écrit une autobiographie de 700 pages qui a été primée et ce fut encore une autre révélation. Mais la chose que j’ai le plus apprise en lisant et en parlant avec ses enfants ou ses anciens collaborateurs, c’est à quel point elle manquait de confiance en elle. Elle doutait tout le temps d’elle-même. C’est quelque chose qui renforce encore plus l’aspect poignant de cette histoire, parce que c’est l’histoire de beaucoup de femmes, de sa génération comme d’aujourd’hui, qui ont le leadership mais qui doutent de leurs capacités à diriger.

Tom Hanks : En fait, ce que j’ai appris sur Ben Bradlee, que je connaissais très bien car nous avions passé du temps ensemble auparavant, c’est que son enthousiasme pour son métier allait de pair avec son sens des responsabilités en tant que journaliste. Dans le cas de cette semaine précise racontée dans Pentagon Papers, il avait ce crédo : la vérité c’est la vérité, et il faut en parler. Sinon, pourquoi faire ce métier et pourquoi avoir un journal ? Je partage ça dans mon métier.

C’est la cinquième fois que je travaille avec Steven Spielberg et il me donne tellement de force à chaque fois. Il me dit toujours d’aller faire autant de recherches que je veux sur mon personnage et de revenir lui montrer de quoi je suis capable sur le plateau. C’est le luxe que j’ai pu avoir avec lui à chaque fois. L’autre luxe a été de pouvoir travailler avec Meryl Streep. Comme je connaissais bien Steven, je savais qu’il ne faisait jamais de répétitions et qu’il fallait arriver sur le plateau en sachant tout et en ayant des idées. Les deux premiers jours, elle n’en pouvait plus et j’ai adoré la voir galérer ! Elle était perdue et je lui disais de tenir le coup ! C’était drôle.

Meryl Streep : Tu as pris plaisir à ça ? (en riant)

Steven Spielberg à Paris pour présenter Pentagon Papers

© Le Bleu du Miroir

Vous étiez en train de faire Ready Player One quand vous avez décidé de réaliser Pentagon Papers. Vous avez ressenti une urgence à faire ce film ?
Steven Spielberg : Quand je fais un film de SF, il n’y a pas de règles. L’imagination est sans limites. Quand j’ai lu cette histoire, avec Nixon qui poursuivait en justice le Times et le Washington Post, avec cette femme qui a réussi à trouver sa place dans cet univers d’hommes, j’ai trouvé qu’il y avait de la pertinence dans ce sujet. Pour moi, c’est une manière de célébrer l’histoire encore une fois. C’est génial de laisser libre court à son imagination mais que se passe t-il quand on est « limité » par les faits d’un lieu et d’un temps ? Je me sens plus à l’aise quand l’histoire est co-auteure de mes films. Lire ce scénario a été un soulagement pour moi après Ready Player One. Ce qui est fascinant aussi, si l’on compare 1971 et aujourd’hui, c’est que l’on a deux Présidents qui ont déclaré la Guerre aux journaux. Nixon a échoué dans les années 70 et ça sera intéressant de voir l’évolution actuelle après les seize derniers mois que l’on a vécu…

Steven, vous avez deux films qui vont sortir l’un dans la foulée de l’autre. Qu’est-ce qui vous donne encore cette envie de réaliser des films ?

Steven Spielberg : Ce qui me pousse à travailler avec toujours le même enthousiasme, c’est la même chose qui poussait Ben Bradlee à se lever tous les matins. Tout ce qui l’intéressait, c’était d’avoir une bonne histoire. Il se donnait de la peine pour la trouver et pour qu’on lui permette de la publier. Moi, tout ce qu’il me faut, c’est une bonne histoire. Je peux y passer vingt ans s’il le faut.

Quand la première version du script est arrivée sur le bureau de la productrice, elle l’a acheté tout de suite. C’était six jours avant les élections américaines. Elle pensait anticiper qu’Hillary Clinton serait élue et que ce serait une façon nostalgique de regarder en arrière. Et il s’est passé ce qu’il s’est passé. Ce fut soudainement un tout autre film !

On vit une nouvelle époque de grands changements pour les femmes et Pentagon Papers est aussi un film très féministe. Est-ce d’ailleurs votre premier film vraiment féministe à vos yeux ?

Steven Spielberg : Non, mon premier film féministe, c’était La couleur pourpre. Je pense que cela me vient du fait que j’avais une mère avec un caractère très fort, et que j’ai grandi entouré de femmes car je n’avais pas de frère. Ma société de production a toujours été dirigée par des femmes, chaque département avait une femme à sa tête. C’est dans un monde entouré de femmes que je me sens plus à l’aise ! J’étais d’autant plus qualifié pour réaliser ce film ! (Il sourit malicieusement)

Meryl Streep et Steven Spielberg à Paris

© Le Bleu du Miroir

Meryl, comment avez-vous travaillé ce personnage de femme qui devait diriger des hommes qui essayaient de la diriger elle ?

Meryl Streep : J’ai assisté à des réunions où l’on n’était que deux femmes au milieu d’une nuée d’hommes. Je me souviens d’avoir vu une scène où une femme faisait une suggestion et les hommes y prêtaient à peine attention en disant vaguement « Oui, oui, oui… » . Et puis un homme prenait la parole et faisait la même suggestion. Et là, on entendait : « Voilà, c’est exactement ça qu’il faut faire ! ». Je ne connais pas une seule femme qui n’ait pas été dans ce genre de situation. Nous sommes dans une époque d’évolution et ce film tombe à un moment très intéressant. Quand la première version du script est arrivée sur le bureau de la productrice, elle l’a acheté tout de suite, c’était six jours avant les élections américaines. Elle pensait anticiper qu’Hillary Clinton serait élue et que ce serait une façon nostalgique de regarder en arrière. Et il s’est passé ce qu’il s’est passé.Ce fut soudainement un tout autre film ! C’est une chance d’avoir pu le faire. C’est comme une histoire d’Apartheid, avec le monde des femmes et la rédaction du journal où il n’y a que des hommes. Le monde était comme ça en 1971, je m’en souviens très bien. Mais Pentagon Papers est une description précise encore du monde d’aujourd’hui.

Pentagon Papers n’est-il pas aussi un hommage à toutes les femmes en général justement ?

Tom Hanks : Il y a un élément dans ce film qui n’était pas écrit dans le scénario mais que l’on comprend. Ben Bradlee savait le coût que c’était d’être Katharine Graham à ce moment-là. Il connaissait le passé, le fait que son père avait confié le direction à son mari, que ce dernier était mort dans des circonstances particulières, qu’elle se retrouvait à la direction de manière inattendue. Et surtout, Bradlee admirait le fait qu’elle ait pris cette responsabilité. Quand j’ai lu le scénario, j’y ai surtout vu un film sur comment cette femme est devenue ce qu’elle est devenue. Ce moment où elle doit décider si l’on publie tout cela ou pas est digne d’un film comme Le Parrain ! Mon personnage avait un petit quelque-chose d’égoïste en fait. Il est là à dire « On doit publier cette histoire ! » mais il n’a rien à perdre lui. D’ailleurs, ce moment a été l’un des plus excitants de toute ma carrière. J’étais dans une tente, au téléphone, j’avais juste à crier « On doit le faire ! » et écouter Meryl Streep prendre la décision… Mémorable.

Steven Spielberg : Je ne te l’ai pas dit Meryl mais, en fait, j’ai toujours trouvé que, dans les films, les passages où l’on se parle au téléphone sont terriblement ennuyeux. Il y a un seul et unique film où un coup de fil est fabuleux, c’est dans Le crime était presque parfait d’Alfred Hitchcock. Je pensais à ce film en faisant cette scène.

Meryl Streep, Steven Spielberg et Tom Hanks à Paris

© Le Bleu du Miroir

Pentagon Papers se termine précisément là où Les Hommes du Président commence. Quelle a été l’influence du film d’Alan Pakula sur le vôtre ?

Steven Spielberg : Les Hommes du Président est le plus grand thriller journalistique de tous les temps. Je suis heureux d’être associé à ce registre, et que mon film soit un peu le « cousin » de ce chef-d’œuvre. J’aimerais rendre d’ailleurs hommage à Pakula, que je n’ai jamais rencontré. Mon film se termine en effet, là où le sien démarre, avec le début du scandale du Watergate. Mais Pentagon Papers est très différent des Hommes du Président. On peut dire que c’est comme un prequel en effet. Le scandale du Watergate a un peu trouvé ses racines dans le courage de Ben Bradlee et Katharine Graham. Ils se sont battus contre la décision d’une cour de justice. Avec cette action, le Washington Post est devenu le journal numéro un dans la ville alors qu’il n’était que le deuxième, il est devenu un journal national alors qu’il n’était que local.

 




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