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LOLA CRÉTON | Entretien

Ses rôles chez Olivier Assayas et Mia Hansen-Love en ont fait l’une des jeunes actrices les plus intéressantes de sa génération. Une muse, presque. Pourtant, Lola Créton se fait rare. Lors d’une petite pause ensoleillée sur les hauteurs des Champs Elysées, nous avons pu échanger avec la douce et pétillante comédienne, pour un entretien tout en humilité et spontanéité où elle évoque notamment la frustration que représente pour elle le cloisonnement des acteurs et la difficulté à monter un film de genre en France. Rencontre.

C’est la troisième fois que vous avez la responsabilité d’être jurée dans un festival de cinéma, cela vous plait ? En quoi ce festival des Champs-Elysées vous a attirée ? 
L. C. : Le festival fait le lien entre la France et l’Amérique, permettant surtout aux films américains qui ne sortiront pas forcément sur les écrans français d’être découverts par le public. C’est important.

C’est cet enjeu qui vous a séduite ? Mettre en avant des films insuffisamment exposés. 
L. C. : Notamment. Cela peut être frustrant de ne pas pouvoir montrer notre travail.
C’est important pour vous qui n’avez pas peur de vous lancer dans des projets risqués, qui ne sont pas du pré-fabriqué que l’on vend avec le cornet de pop-corn ?

L. C. : Au final, on fait surtout les films que l’on peut faire. Ceux que l’on nous propose. En tant qu’acteur, on a envie de tout faire, du film d’auteur comme du film d’action. On a envie de tout jouer : de la comédie, de l’horreur, du film d’action… Je ne connais pas un acteur qui refuserait de toucher à tout. Par contre, cela ne veut pas dire que l’on pense forcément à nous pour des types de rôles différents. On constate que les acteurs plutôt issus de la comédie finissent toujours par faire leur « rôle sérieux »…

… Le fameux « Tchao Pantin ».
L. C. : Oui, exactement… Alors qu’à l’inverse, ceux que l’on catégorise comme « sérieux » ne sont pas invités à faire le chemin inverse.

Vous avez l’impression d’avoir une étiquette ? Y compris de notre part, quand on évoquait implicitement vos « choix de rôles »… 

L. C. : Vous ne m’avez pas mis d’étiquette, mais moi je n’ai pas peur de dire que j’en ai probablement une. Et c’est un peu pénible. Pourquoi, si l’on a plutôt fait des rôles dramatiques, n’aurait-on pas également le droit de jouer dans des comédies ?

Certains réalisateurs vous cantonnent au même type de rôle…

On vous sent frustrée…
L. C. : Oui, il y a de la frustration car on est très catalogués, restreints à certains circuits.

Par les producteurs, les directeurs de casting, le public ? 

L. C. : Et peut-être même les réalisateurs… Sans vouloir faire de généralité, bien qu’ils soient dans le métier, j’ai constaté que certains réalisateurs peuvent vous enfermer dans un certain type de rôles… J’ai eu la chance de travailler avec des cinéastes que j’aime et admire énormément donc je ne voudrais pas cracher dans la soupe.
On a compris que ce n’était pas de l’amertume… 
L. C. : Je fais juste un petit constat. Mais j’en tire aussi ma part de responsabilité car j’ai pu refuser certaines propositions…

Quel a été votre premier contact avec le milieu du cinéma ?
L. C. : Mes parents sont comédiens de théâtre donc j’ai eu un pied assez jeune dans l’art dramatique. Mais j’étais extrêmement timide enfant. Pour me débloquer, on a conseillé à mes parents d’intégrer une troupe de jeunes acteurs. Mais c’était trop intimidant pour moi, tout ce monde. Alors j’ai passé des castings. Beaucoup. Je ne parlais pas. Parfois je n’arrivais même pas à donner mon nom. Un jour, Aline Ahond – une jeune réalisatrice – m’a choisie. « On ne l’entend pas mais allons-y. » Elle m’a fait confiance et l’expérience m’a plu. J’ai alors voulu poursuivre dans cette voie-là.

Est-ce la rencontre qui a le plus marqué votre début de carrière ? 
L. C. : Oui. Et puis il y a eu Catherine Breillat. C’est elle qui m’a offert mon premier grand rôle au cinéma. Pourtant, cela a bien failli ne jamais se faire. Je l’avais rencontrée pour ce même film quatre ans auparavant mais le film n’avait pas pu se faire car elle a eu un accident juste avant le tournage. Puis le temps est passé et elle a tourné Une vieille maîtresse et j’ai commencé à me dire que c’était un acte manqué. Je commençais à faire mon deuil de Barbe bleue… Et puis quatre ans plus tard elle a relancé le projet et m’a reprise pour le rôle avec Dominique Thomas. C’est grâce à ce rôle que j’ai pu faire Un amour de jeunesse avec Mia Hansen-Love car elle m’a vue dans ce film.

Et ainsi de suite, avec Olivier Assayas dans la foulée…
L. C. : Il a fallu que j’insiste pour tourner avec lui. Au casting, il était dubitatif car je venais de tourner avec Mia (Hansen-Love, sa compagne dans la vie – ndlr).

Il vous a pourtant finalement donné le rôle et c’est très gratifiant, lui qui écrit de si beaux rôles pour les femmes…
L. C. : Je ne sais pas ce qui l’a finalement décidé. C’est vrai qu’il écrit des rôles formidables pour ses actrices, particulièrement ses deux derniers : Sils Maria et Personal Shopper

Et plus généralement, pensez-vous que le cinéma français, a contrario de ce que ne fait pas forcément le cinéma américain selon Jessica Chastain, offre de beaux rôles féminins ?
L. C. : J’ai eu la chance de jouer des rôles formidables. Je suis heureuse de constater qu’il y a de plus en plus de femmes réalisatrices. Nous sommes sur la bonne voie.< On vous sent plus optimiste sur ce sujet que sur la question des étiquettes…
L. C. : Oui, à ce niveau c’est très positif. Ceci dit, en tant que comédiens, on n’est que très rarement à l’initiative de la création d’un film. Je ne me verrai guère écrire un scénario d’ailleurs. Je n’en aurais pas le talent.

Certains peuvent se lancer, justement parce qu’ils ne reçoivent pas le scénario qu’ils attendent… Pensez-vous que l’on n’ose pas assez offrir de vrais « leading-role » aux femmes, notamment dans la comédie ? Cela commence à émerger outre-Atlantique, non sans quelques réactions misogynes… 
L. C. : C’est évident… On a encore un peu de retard à ce niveau. Plus largement, c’est un problème sociétal. Cela reste difficile de faire avancer les mentalités. La comédie populaire étant un genre qui exige en soi de plaire au plus grand nombre, peut-être que cela paraît encore un peu trop risqué de proposer le « lead » à un personnage féminin.

Qu’est-ce qui se prépare de votre côté ? 
L. C. : Il y a un projet que j’aime beaucoup, un film d’horreur, qui ne cesse d’être reporté et c’est un peu déconcertant. Un film de genre et d’auteur, une fois de plus…

Toujours aussi difficilement à financer chez nous donc…
L. C. : Toujours.

L’an passé, Alexandre Aja, qui était président du jury du Champs-Elysées Film Festival, nous parlait justement de son film La 9e vie de Louis Drax et de la dure loi du marché… Résultat, son long-métrage n’est pas sorti en salle et est arrivé en direct-to-video chez nous. Ce n’est pas très rassurant pour le film de genre français…
L. C. : Non, il faut être optimiste et ne pas cesser d’y croire, d’oser.

Même si certains gros exploitants (comme UGC) ne se risquent plus à programmer certains films d’horreur par peur des débordements ?
L. C. : Je n’étais pas au courant… J’ai bien fait de me désabonner alors ! (Elle éclate de dire). Mais on va trouver un moyen de rebondir et ce projet me tient à coeur. Faisons les films et l’essentiel est qu’il se fasse puis arrive au public, d’une façon ou d’une autre. Il ne faut pas baisser les bras.

Justement, concernant ce film dont vous évoquiez les difficultés à obtenir les financements nécessaires à son tournage… Est-ce que cela vous poserait problème si une plateforme comme Amazon ou Netflix arrivaient avec une proposition de financement, une liberté totale accordée à l’auteur mais une exploitation uniquement en SVOD ?
L. C. : Aucun. C’est peut-être égoïste mais si je fais un film c’est pour l’expérience de création. Le reste, ce n’est plus de mon ressort. Je ne suis pas assez aguerrie pour parler de financement, d’exploitation…

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Propos recueillis et édités par Thomas Périllon pour Le Bleu du Miroir. 17 Juin 2017, Paris.

Remerciements : Claire & Vanessa (CEFF), Anne L. (LBDM)



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