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LES MERVEILLES

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Une merveille

Gelsomina vit avec ses parents et ses trois jeunes soeurs dans une ferme délabrée en Ombrie, au coeur de l’Italie. Ces apiculteurs vivent en marge de la société, tenus à l’écart du monde par le père, qui prône un rapport privilégié à la nature. L’arrivée peu discrète, dans le coin, de l’équipe de l’émission « Village des merveilles » donne envie à Gelsomina d’y inscrire sa famille.

Problème de ruches.

Dans le brouhaha cannois, le bourdonnement des ruches des Merveilles, a été accueilli par des sifflets. À la surprise générale, quelques jours plus tard, le film d’Alice Rohrwacher quittait la croisette avec le Grand Prix (une sorte de médaille d’argent dans le palmarès cannois). Lors de la conférence de presse qui a suivi la cérémonie, Nicolas Winding Refn, membre du jury conquis, a glissé : « C’est un film spirituel, à la fin, j’ai pleuré. » Son homologue Sofia Coppola a, elle, estimé qu’il s’agissait d’un long métrage « incroyablement touchant ». Des confessions étonnantes car Les Merveilles est aux antipodes des oeuvres esthétisantes de ces deux réalisateurs, même si Sofia Coppola a sans doute été sensible au thème de l’ennui adolescent.

La fin d’un monde

Le deuxième film d’Alice Rohrwacher est une oeuvre fragile, qui furète entre le naturalisme, le documentaire, l’autobiographie (le père de la cinéaste est allemand et apiculteur, comme dans le film) et l’onirisme. Le père de Gelsomina prédit « la fin du monde », or, c’est la fin d’un monde qui est ici mise en scène. L’action, qui n’est jamais clairement datée, se déroule à la fin des années 1980 ou au début des années 1990. Soit l’époque où les idéaux des communautés babas vivent leurs derniers soubresauts, où les agriculteurs doivent s’adapter à des normes européennes drastiques et coûteuses sous peine de disparaître… Dans le même temps, Gelsomina, adolescente qui n’a pas l’heur de profiter des joies de son âge (elle travaille comme une adulte dans l’exploitation agricole) et est présentée, à peine exagérément, par ses proches comme la « chef de famille », aspire à d’autres horizons. Cet ailleurs possible se manifeste symboliquement par l’irruption d’une équipe de télévision dans cette campagne triste et anachronique.

Kitsch magique

La présentatrice du « Village des merveilles » (Monica Belluci, parfaite) est déguisée en fée. Elle effectue ses lancements au milieu de figurants vêtus de toges et ne cesse de se pâmer devant le génie des étrusques. Le kitsch est total, mais, à travers les yeux de Gelsomina, ce décorum toc, confine à la magie. Quelle belle idée que d’aborder ce monde de carton-pâte au premier degré !

Le merveilleux, ici, est artisanal. Cette approche résume à elle-seule tout le propos du film : nul besoin de beaucoup de moyens, la beauté peut surgir de partout, y compris de là où on ne l’attend pas. C’est ainsi que se déroule le récit d’émancipation de Gelsomina : le besoin de voir autre chose, de prendre ses distances avec ce père exigeant, et mal aimant car trop aimant ou ne sachant comment aimer, et puis, la prise de conscience que les trésors ne se trouvent que là où on les a cachés. Et c’est bouleversant.

La fiche

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LES MERVEILLES
Réalisé par Alice Rohrwacher
Avec Maria Alexandra Lungu, Sam Louwyck, Alba Rohrwacher…
Italie – Drame
Sortie en salle : 11 Février 2015
Durée : 111  min




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dasola
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Bonjour, c’est rare de lire la note 9/10 sur un film. J’ai hésité à le voir. Pourquoi pas? Cela me changerait des films un peu « plan plan » que j’ai vu récemment. Bonne après-midi.