les bonnes manieres critique

LES BONNES MANIERES

Tendre

Clara, infirmière d’un Sao Paulo coupé entre riches et pauvres, s’occupe d’aider Anna, une taciturne jeune femme du centre-ville bourgeois. Enceinte, ses symptômes cachent plus qu’une simple grossesse…

La victime est si belle.

Le crime n’est cette fois, pour le coup, vraiment pas si gai. Alors que le Brésil est secoué par l’assassinat lâche de Marielle Franco, conseillère de Rio de Janeiro et figure montante de la gauche activiste, Les Bonnes Manières sort au cinéma en France. Si la production est en partie française, les petites mains sont brésiliennes. Deux réalisateurs à la barre, Juliana Rojas et Marco Dutra, pour une double identité. Drame social, mais également film fantastique aux allures d’un conte. Ce conte, il n’existe pas que chez Anna, étrange jeune femme s’inscrivant en porte-à-faux du milieu bourgeois dans lequel elle évolue, cachant comme un secret de polichinelle le tragique de l’enfant qu’elle porte. Il est gage d’une exclusion (celle de sa famille) dont le salut viendra de la douce protection par l’anonymat, l’entre-soi et la sécurité des vitres sans tain d’une tour glacée. Elle fait évidemment penser aux tours de princesses, enfermées dans leur petit confort, punies pour avoir oser recherché l’aventure ailleurs. Clara, noire de peau, est loin de ce château qu’elle voit depuis son quartier populaire comme un mirage gigantesque mais quasiment irréel.

Rojas & Dutra travaillent leur conte par la narration, mais aussi par l’image, et plus précisément, par les lieux. Les Bonnes Manières navigue ainsi entre deux mondes, entre pauvreté et richesse. Tous les deux de surface. Dans les contes, il ne faut jamais se fier aux apparences. Elles sont ici aussi trompeuses, mais plutôt que de les réduire à un manichéisme enfantin, les auteurs préfèrent parier sur la bonté inhérente de leurs personnages. Le film est ainsi parcouru de deux grandes valeurs : la tendresse, d’un côté, et la patience, de l’autre. Le duo de réalisateurs louvoie longtemps autour du sujet anticipé, la transformation du conte en fantastique pur et dur, pour mieux exploiter la richesse de ses chemins de traverse. Cette richesse, elle réside dans différentes échelles. L’échelle sociale évidemment, dépeinte à grands coups de frontières physiques et symboliques, mais dont l’existence est rapidement remise en question par l’échelle individuelle.

L’amour brise les frontières. Un tel propos pourrait faire ricaner partout ailleurs, cyniques que nous sommes ; Les Bonnes Manières s’applique pourtant, 2 heures et quelques minutes durant, à nous faire revenir sur notre sarcasme d’auto-défense. Film quasiment plié en deux, le fantastique s’empare de la seconde partie pour ne plus lâcher le spectateur – si par miracle, vous n’en connaissez pas la teneur, on vous laisse la découvrir en salles. Tendre, le film continue à l’être, sans tomber dans le niais pour autant grâce au respect d’une causalité souvent violente mais toujours nécessaire, du jeu juste du jeune et bien-nommé Miguel Lobo, d’une mise en scène faisant de ses économies de moyen de jolies odes au hors-champ et du travail d’orfèvre du studio français Atelier 69 sur les effets numériques, récemment à l’oeuvre sur La Nuit a Dévoré Le MondeLes Bonnes Manières est un film d’un optimisme rare, presque inespéré face aux horreurs du vrai monde. Un conte garni d’une jolie morale : sans l’amour de l’autre, le cordon qui nous nourrit est celui qui nous étouffe.

La fiche
les bonnes manieres affiche

LES BONNES MANIERES
Réalisé par Juliana Rojas, Marco Dutra
Avec Isabél Zuaa, Marjorie Estiano, Miguel Lobo…
Brésil – Fantastique

Sortie : 21 mars 2018
Durée : 135 min




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