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Laia Costa & Frederick Lau | Entretien

Pour la sortie du phénoménal VICTORIA, nous avons rencontré les deux acteurs principaux, Laia Costa et Frederick Lau, fraîchement auréolés d’un Lola (l’équivalent allemand des César) de meilleure actrice et meilleur acteur. Visiblement de très bonne humeur et particulièrement complices, tous deux reviennent sur l’expérience de ce tournage intense et mémorable, des répétitions aux trois prises effectuées pour ce long-métrage réalisé en un plan séquence unique

Comment êtes-vous arrivés sur ce projet ?

Frederick Lau : J’ai simplement rencontré Sebastian (Schipper, le réalisateur – ndlr) dans un pub. Il m’a raconté qu’il ne voulait faire qu’une prise. Moi je me disais : « Ok, il ne veut faire qu’une prise, ça va être compliqué… » Mais j’avais confiance en lui. Et il avait confiance en nous. Je pense que pour beaucoup d’acteurs c’est impossible de faire ça. Bien sûr, ce genre de rôle est un honneur, mais c’est quelque chose de complètement différent. Et puis nous sommes allés à Barcelone…

Laia Costa : Ils sont venus à Barcelone, où j’ai passé le casting. J’ai vu Sebastian et Frederick, qui avait déjà eu le rôle. C’était cool de les rencontrer, on s’est très bien entendus, et un mois plus tard, on commençait les répétitions à Berlin.

F. L. : Je peux vous confier qu’après le casting, Laia venait à peine de partir qu’on s’est dit : « Oh mon Dieu, elle est fantastique ! Je suis amoureux ! Moi aussi, je suis amoureux. Non, elle est à moi, c’est ma copine ! » (Laia éclate de rire) Elle était excellente. Au bout de deux secondes, tu ne pensais plus à jouer, mais simplement à la regarder jouer. (Il prend un air conquis et rêveur). « Oh, pardon… je… j’étais en train de penser… » (il rit)

Comment avez-vous préparé ce tournage si spécifique ?

Laia Costa : On a répété pendant deux mois… 

Frederick Lau : (Il la coupe) Vraiment ? Si longtemps ? Dans les interviews, je dis toujours qu’on a répété trois semaines. (Il éclate de rire)

L. C. : Trois semaines ? Non : mars, avril…

F. L. : Vraiment ? Je n’ai pas eu l’impression qu’on a répété autant.

L. C. : Moi non plus. On ne répétait pas tous les jours. Pas les week-end, ni certains jours de la semaine. Seulement certaines nuits. Ça a été un processus assez facile. Ce n’était pas ce genre de tournage où on tourne pendant douze heures. C’était plus créatif, plus artistique. C’était du style : « On ne va répéter que quatre heures aujourd’hui, mais essayons de trouver quelque chose d’inventif, qui fonctionne ».

F. L. : Jusqu’à la première prise, quand il y avait quelque chose qu’on aimait pas, on pouvait en parler pour améliorer les choses.

Au final, combien de prises différentes avez-vous faites ?

F. L. : On a fait trois prises et la dernière est celle qui a été conservée pour le film.

Cela fait trois films différents…

F. L. : Quatre, même, si l’on compte ce que l’on a tourné lors des répétitions.

Parmi ces prises, laquelle était la plus fun à faire ?

L. C. : Pour moi ? La deuxième.

F.  L. : (Tout sourire) Moi aussi !

L. C. : Et pour Burak (l’un des autres acteurs du film – ndlr) aussi.

F. L. : Mais le truc, c’est que le réalisateur nous a dit : « La deuxième prise est atroce » alors que nous, on était hystérique. On buvait un verre juste après et on se disait…

L. C. : (Elle s’anime et crie) C’est la bonne ! 

F. L. : C’est la meilleure ! (Il rit) Et puis, à 10h du matin, alors qu’on avait fini le tournage à 6h et qu’on avait arrosé ça, je reçois un coup de fil de Sebastian Schipper (le réalisateur) qui me dit : « C’est de la merde ». J’avais décroché (il prend un ton hyper-enthousiaste) : « Heeeeey ! Comment ça va ? C’était génial ! ». Et lui me répond (il prend un ton sérieux) : « Non, c’est de la grosse merde ». (Il éclate de rire, ainsi que Laia). J’aimerais voir cette deuxième prise.

L. C. : Moi aussi. Et est-ce que la voir nous la fera aimer encore plus ? Est-ce qu’on se dira : « C’est quoi ce bordel ? Si cette prise avait été choisie, on aurait pu avoir huit Lola (Victoria en a reçu six cette année – ndlr). (Eclat de rire général)

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Comment l’équipe technique s’est-elle adaptée pour vous suivre sur les 22 lieux de tournages ?

L. C. : Pour le cameraman, c’était un gros effort. Mais il était si talentueux. Il improvisait lui aussi, il ne savait pas ce qui allait arriver ensuite. Il devait donc se diriger vers ce qu’il voulait filmer, choisir ce qu’il allait filmer ou non parce qu’il y avait beaucoup de choses qui se passaient simultanément, qui pouvaient arriver. Je me rappelle qu’un jour, j’ai demandé à Sebastian « Et si je poussais Frederick ? ». « Oh, vas-y ! » (Elle rit). On était les boss et il devait nous suivre.

F. L. : On ne connaissait pas l’ensemble du process. On ne savait pas ce qui allait se passer, on ne se concertait pas avant de faire les choses… Nous savions juste que plusieurs personnes faisaient en sorte que les choses tournent mal.

L. C. : Il y avait une grosse équipe, sur chacun des lieux de tournage, qui préparaient tout avant que l’on arrive. Mais nous, on n’en avait rien à foutre. « Ce n’est pas mon boulot, merde ! » (Frederick éclate de rire et Laia prend une voix robotique) : « Effacez ça, effacez ça ! » (elle rit).

Les personnages sont censés avoir fait la fête toute la nuit avant que l’action du film commence. Restiez-vous vous aussi éveillés toute la nuit avant le tournage pour vous mettre en condition ?

L. C. : On devait être sur le tournage deux heures avant le début.

F. L. : On allait au lit à 23h, mais on ne pouvait pas dormir. On se repassait mentalement les choses à faire. « Il faudrait faire comme ci, ou plutôt comme ça… » Il y a tellement de choses qui vous passent dans la tête, vous voulez donnez le meilleur. Vous ne pouvez pas vous reposer.

L. C. : Oui, tu te dis, aujourd’hui, on fait la première prise, tu peux peut-être essayer de faire une petite sieste, mais pas plonger dans un sommeil profond. Tu peux te reposer un peu après le dîner, mais c’est comme une nuit où tu sors, sauf qu’on n’allait pas faire la fête.

Je suis allée à l’université et j’ai beaucoup d’amis qui y sont allés, qui ont passé des masters, des doctorats, qui sont trilingues… et qui n’ont aucun de putain de boulot ! Alors, où est mon boulot ? Je suis les règles, mais je suis baisée.

F. L. : Mais 2h, c’était une bonne heure pour se réveiller. C’est normal : allons faire la fête. À Berlin, beaucoup de jeunes font ça, ils se lèvent à 2h du mat, ils sont sortis la veille, et ils ressortent. Mais on faisait pas ça pendant le tournage (rire). Mon chauffeur venait me chercher et j’appelais les autres gars en leur disant de prendre une bière. On arrivait tous sur le tournage avec notre bière. On voulait être relax, mais on avait beaucoup de respect pour ce qu’on faisait. Pour la dernière prise, si ça ne se passait pas bien, on était baisés. C’est pour ça que c’était flippant quand Sebastian nous a dit que la deuxième prise était mauvaise parce qu’on se demandait : « Quoi ? Comment peut-on faire mieux ? »

L. C. : On a fait une petite réunion avec Sebastian qui nous disait (elle chuchote) « C’était vraiment mauvais ». On était là, « Ok, c’est super cool pour la dernière prise, merci beaucoup ! »

F. L. : Burak, qui est l’un de mes meilleurs amis, pleurait. Il voulait vraiment faire un bon film. Il voulait se donner à fond pour le film.

L. C. : On avait beaucoup de pression sur les épaules.

Comment avez-vous construit vos personnages ? Vous avez imaginé leur background ?

L. C. : Oui, pour Victoria et les garçons, on se demande pourquoi ils veulent braquer une banque. C’est tellement stupide ! Personne ne braque de banque s’il a besoin d’un peu d’argent. Tu braques une petite bijouterie ou que sais-je…

F. L. : Une nuit j’ai appelé Sebastian : « Je ne comprends pas pourquoi mon personnage fait ça. Je ne comprends pas… » Il y a tellement de questions qui surgissent. Après les premières répétitions, vous avez tellement de choses en tête, vous vous demandez comment va votre personnage…

L. C. : Alors on parlait beaucoup du background des personnages pour rendre compréhensible pourquoi ils sont ce qu’ils sont. Cela n’a pas de sens de braquer une banque pour l’argent. L’argent n’est pas leur motivation.

F. L. : Les choses doivent être claires pour toi, sinon, tu ne peux pas le jouer. Parce que sinon, tu te demandes sans cesse « Pourquoi il dit ceci ? Pourquoi il dit cela ? »…

Et quel background avez-vous imaginé pour vos personnages ?

L. C. : Victoria est une fille qui a toujours suivi les règles de la société. Je pense que c’est la chose dont on a tous fait l’expérience. Par exemple, mon père m’a toujours dit : « Tu dois étudier, tu dois aller à l’université, parce que ça te permettra d’avoir un boulot à vie et tu n’auras aucun problème. » Je suis allée à l’université et j’ai beaucoup d’amis qui y sont allés, qui ont passé des masters, des doctorats, qui sont trilingues… et qui n’ont aucun de putain de boulot ! Alors, où est mon boulot ? Je suis les règles, mais je suis baisée.

C’est ce qui arrive à Victoria. Elle a suivi les règles, mais elle n’est pas heureuse et elle n’est pas libre. On a beaucoup travaillé à partir de ces musiciens – Victoria joue du piano – qui font de la musique depuis des années, qui ont commencé à l’âge de 3 ans, et sont jugés en permanence : ils sont complètement cramés. Ils savent qu’ils ne peuvent jouer que sept heures par jour car, s’ils jouent plus, ils peuvent avoir des problèmes aux mains. C’est dingue pour un gamin de 6 ans ! Donc, à un moment, Victoria est (elle joue la fille prise à la gorge)… « Je ne peux plus respirer ! »… Alors, elle part à Berlin et quand elle rencontre ces gars, quand elle les regarde, c’est comme si elle faisait face à un miroir… Parce que ces mecs sont tellement libres. D’accord, ils sont timbrés, mais ils disent et font ce qu’ils veulent. Et, elle, c’est ce qu’elle recherche.

F. L. : Les personnages des gars sont une sorte d’hommage à ces types qui traînent et n’ont pas forcément l’opportunité de faire quelque chose. Peut-être par leur faute, mais peu importe. Pour moi, le film est aussi un film sur la loyauté, la solidarité. L’un des gars a un problème et les autres viennent l’aider. C’est une histoire de famille, ça parle d’amour aussi. Parfois il est important de simplement écouter ces gars, même s’ils semblent un peu étranges. car ils ne sont jamais vraiment écoutés, parce qu’on ne les autorise pas à s’exprimer. Ce sont des garçons perdus, en un sens, et tout ce qu’ils ont c’est cette « famille ». C’est une forme de liberté : ils n’ont pas besoin de beaucoup pour être heureux.

Je suis tombé amoureux (de Laia), comme mon personnage.

L. C. : Et ils sont ensemble. Quand elle rencontre ces mecs, elle pense « Oh mon Dieu, ils sont unis, ils forment une famille. » Pas de simples amis. J’ai des amis, si je leur dis « Je suis dans la merde, est-ce que tu vas m’aider? » Ils ne m’aideront pas, je le sais. Victoria trouve une famille : l’un d’eux a des ennuis et les autres sont là pour lui. Elle n’a jamais vu ça, c’est pourquoi elle est si surprise : « Waow, putain, que c’est cool ! C’est réel. C’est ça des vrais amis. »

C’était cool de ne pas pouvoir se comprendre les uns les autres, parce que eux, ils parlaient en allemand et je ne savais pas ce qu’ils disaient. Parfois, Sebastian donnait des consignes à Frederick, alors, après, j’allais le voir et je lui demandais : « Est-ce que je devrais être au courant de ce que tu lui as dit ? ». Et il me répondait (elle répond en trainant) : « Non! » (Rire). C’était très bien, parce que, comme moi, Victoria ne parle pas allemand. C’était rafraîchissant.

Vous ne parliez pas allemand ?

L. C. : Pas vraiment. Mais ça allait parce que j’ai découvert que, quand vous ne parlez pas une langue que tous les autres parlent autour de vous, vous pouvez parfaitement comprendre le contexte d’une discussion, de quoi il retourne. Vous pouvez ressentir les émotions. Même quand quelqu’un essaie de vous mentir, je pense que vous vous en rendez-compte plus facilement lorsque vous ne comprenez pas les mots. Donc je pouvais comprendre ce qu’il faisait quand ils étaient tous ensemble, je pouvais ressentir la nature, l’essence, de son personnage. Pas avec les mots, mais au feeling et c’était très bien pour moi, en tant que Victoria. Je pouvais me dire : « Ok, lui, c’est le bad-guy ; lui, le rigolo… »

F. L. : Je n’avais jamais pensé à ça…

L. C. : Ouaaaaais ! Je pouvais tout ressentir. Tout. (Elle rit)

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Sentiez-vous quelque chose se construire, un lien spécial, entre vous pendant le tournage ?

F. L. : Je suis aussi tombé amoureux, comme mon personnage (il rit).

L. C. : Dès l’étape du casting, une alchimie s’est construite entre nous tous. Quand vous faites un casting avec un acteur ou une actrice, s’il y a une alchimie, vous le savez dès la putain de première seconde. Quand ce n’est pas le cas, vous pouvez laisser la complicité se bâtir avec le temps. Mais quand elle est là dès le début, vous savez que ça va bien se passer. J’ai fait un casting avec lui et Sebastian, et je savais, en partant, que si je décrochais le rôle, on serait super potes. Burak est un très bon ami de Frederick et ça se ressent à l’écran, c’est une bonne chose pour le film, les autres gars sont dans le même état d’esprit et j’ai pu me nourrir de l’énergie qu’il y a entre eux.

F. L. : Je crois que pour jouer cela, il faut qu’il y ait cette alchimie, parce qu’il y a des choses qu’on ne peut pas feindre sinon ça donnerait une impression de malaise.

L. C. : Concernant nos rôles, tout est construit. Entre les acteurs, l’alchimie est quelque chose que vous avez ou non. Si elle n’est pas là, il faut bosser dessus pour la créer. Je ne suis pas Victoria et il n’est pas Sonne, donc, on doit travailler dessus et sur leurs relations, parce que sinon, on devrait tomber amoureux comme eux dans le film. C’est joué, on fait semblant…

F. L. : (il la coupe) Pas pour moi ! (il rit)

L. C. : Il est tellement talentueux. Quand je jouais avec lui, j’étais à fond parce qu’il était tellement facile de tomber amoureuse de son personnage. Mais c’est vraiment quelque chose qu’il faut travailler. Pareil pour les autres garçons qui sont bien différents de leurs rôles. Je dois dire que je me suis sentie comme chez moi avec eux. C’est quelque chose que l’on ne trouve pas toujours sur un tournage et quand c’est le cas, c’est magique. Je rentrais chez moi en Espagne, je parlais avec mon mari et je lui disais (sur un ton plaintif et pleurnichard) : « Ils me manquent tellement ! ». Et lui me répondait (elle prend un ton énervé) : « What the fuck !?’ (Elle rit). C’est quelque chose qui, quand ça arrive, ça arrive. Et nous, acteurs, on travaille pour trouver ça. Dans tous nos projets.

Après la Berlinale, c’était très dur… Nous étions submergés par l’émotion.

Laia, lors d’une de vos dernières scènes, vous vous effondrez en larmes, alors que jusqu’ici, vous étiez lancée dans l’action. Ce n’était pas exténuant ? 

L. C. : Non. Beaucoup m’ont dit que tourner ce film avait dû être fatigant, mais ce n’était pas le cas. Parce que, quand vous êtes au coeur de l’histoire, il se passe un grand nombre de choses, vous n’avez pas le temps de penser que vous êtes fatigué. Vous êtes là, et puis quelque chose arrive là, et vous allez là-bas… C’est un film d’action, on va dans 22 lieux différents et il se passe toujours quelque chose, donc je n’avais pas le temps d’être fatiguée, parce que je vivais l’action. D’ailleurs, quand on terminait la prise, on n’était pas fatigué, on ne pouvait pas aller se coucher. On avait besoin d’aller boire une bière…

F. L. : Après la première, à la Berlinale, c’était très dur. Je ne pouvais pas faire la fête. On était juste assis là, en se disant qu’il s’est passé tellement de choses ! Vous ne pouvez même pas être heureux de ça…

L. C. : Oui, vous êtes submergés par l’émotion…

F. L. : Même quand je revois le film. J’ai du mal à le regarder parce que cela représente une partie de ma vie. Parce que c’est juste une prise et que tu donnes tout ce que tu as.

L. C. : Tous les acteurs ont découvert le film à la Berlinale…

F. L. : Et on était tellement mal à la fête de la première (il éclate de rire)

L. C. : Personne ne s’amusait. Je peux vous dire que ces mecs sont de gros fêtards, mais là, ils étaient (elle les imite et prend un air mi-timide, mi-éteint). Il y avait autour des gens super contents, beaucoup de monde. Et vous vous étiez (elle refait sa petite moue).

F. L. : Ouais (il rit) ! Tout le monde chantait et nous on restait assis. C’était très étrange.

Je n’avais aucun doute sur le fait que Laia aurait le prix !

Diriez-vous que vous jouiez de la même manière que celle dont vous jouez au théâtre ?

F. L. : Je pense, et ce n’est que mon opinion, qu’au théâtre, c’est complètement différent. Au théâtre, vous jouez en projetant la voix jusqu’au dernier rang…

L. C. : On reste très proches (sur le film – ndlr). Je pouvais être là à parler avec lui et Burak pouvait être là-bas avec Max… Tout en même temps. C’était comme dans la vraie vie…

F. L. : Tout était capté par la caméra.

L. C. : Oui, tout est différent. Le format est différent.

Mais la durée est la même…

L. C. : Oui, mais même au théâtre, vous n’improvisez pas. Vous n’avez pas le pouvoir. Là, si quelqu’un voulait se mettre à courir et partir, même au milieu de l’action, il pouvait ! (elle rit)

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Vous avez chacun gagné un Lola, le film en a remporté six en tout. Qu’est-ce que cela vous fait ? Et notamment pour vous, Laia, qui êtes une Espagnole récompensée en Allemagne…

L. C. : (Elle se raidit et surjoue l’air blasé) Ça ne me fait pas très plaisir. Je n’en veux pas. Je ne veux pas vivre comme cela maintenant. (elle sourit, puis reprend sérieusement) C’est tellement bon ! Et, vous parliez du fait que je suis Espagnole… J’ai été surprise, je ne m’attendais pas à gagner. Je me disais, « Tu n’es pas allemande, donc tu ne vas pas gagner. »

F. L. : Moi, je n’avais aucun doute qu’elle aurait le prix.

L. C. : Oui, tu me le dis depuis le premier jour du tournage. Pendant la cérémonie, lorsqu’ils allaient annoncer le Lola de la meilleure actrice, ce fils de p*** était assis à côté de moi et il était comme ça (elle lui tapote la cuisse et lui secoue le bras), en me disant  : « C’est ton tour, tu y vas ! » Et moi, j’étais là, « arrête, arrête maintenant ! Je ne vais pas gagner et vous, les gars, vous réagirez en disant « Quoi ? ». (elle prend un air incrédule et énervé)

F. L. : La bonne nouvelle, avec ces prix, c’est que les votants – c’est une Académie – ont compris ce qu’on avait voulu faire avec ce film.

L. C. : On était tellement heureux. Et les six prix : meilleur acteur, meilleur actrice, meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur musique, meilleur caméraman (plus précisément meilleure photo – ndlr)…

F. L : D’habitude, aux Lola, vous restez assis et regardez les autres gagner les prix, en vous disant (il prend un air blasé et sévère) « OK, les gars ! Vous avez gagné, c’est bien ! » Et là, c’était nous qui exultions. C’est une émotion positive.

L. C. : C’était une super soirée !

> > > Lire aussi : notre critique du film.

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Propos recueillis, traduits et édités par Fabien Randanne pour Le Bleu du Miroir
Entretien réalisé avec Vodkaster, Nivrae et CineClubMoviesle 30 Juin 2015 à Paris.

La fiche

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VICTORIA
Réalisé par Sebastian Schipper
Avec Laia Costa, Frederick Lau, Franz Rogowski
Allemagne – Thriller, Drame
Sortie : 1er Juillet 2015
Durée : 134 min

Remerciements : Laia Costa & Frederick Lau, Céline Petit et Le Public System Cinéma, Jour 2 Fête



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MERCI !
ce film est tellement beau, tellement bien réalisé, le casting est parfait.
merci pour cette interview, ça m’a éclairé 😉