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LA PROCHAINE FOIS JE VISERAI LE COEUR

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Scolaire

Pendant plusieurs mois, entre 1978 et 1979, les habitants de l’Oise se retrouvent plongés dans l’angoisse et la terreur : un maniaque sévit prenant pour cibles des jeunes femmes. Après avoir tenté d’en renverser plusieurs au volant de sa voiture, il finit par blesser et tuer des auto-stoppeuses choisies au hasard. L’homme est partout et nulle part, échappant aux pièges des enquêteurs et aux barrages. Il en réchappe d’autant plus facilement qu’il est en réalité un jeune et timide gendarme qui mène une vie banale et sans histoires au sein de sa brigade. Gendarme modèle, il est chargé d’enquêter sur ses propres crimes jusqu’à ce que les cartes de son périple meurtrier lui échappent.

Tir à blanc.

Rageant ! C’est le qualificatif qui vient spontanément à l’esprit en sortant de La Prochaine fois je viserai le cœur. Rageant car, avec cette histoire vraie d’un gendarme qui se transforme en meurtrier et enquête sur ses propres homicides, Cédric Anger tenait un sujet en or. D’autant qu’il fait le choix de l’aborder non pas comme un polar classique, mais en adoptant le point de vue du tueur lui-même. La promesse d’un thriller schizo glaçant ou même d’un passionnant et déroutant portrait psychologique. Mais on se rend malheureusement rapidement compte que la promesse ne sera pas tenue.

Ce qu’il manque le plus au film de Cédric Anger, c’est un peu d’ambition. Que ce soit dans l’écriture ou dans la mise en scène, l’ensemble reste souvent trop convenu. L’auteur-réalisateur s’est énormément documenté pour écrire son film, et cela se ressent. La reconstitution est effectivement assez minutieuse, y compris dans les décors et la photographie qui rendent parfaitement hommage aux 70’s. Mais ce parti-pris finit par donner par moments au film des allures de reconstitution journalistique plus que cinématographique. Hormis la séquence particulièrement réussie du premier meurtre d’une auto-stoppeuse et une énigmatique et flippante scène dans l’appartement d’un étrange petit vieux (séquence par ailleurs totalement déconnectée du reste du film), Cédric Anger livre dans l’ensemble un film policier assez scolaire, se réfugiant dans des effets faciles tels une musique tellement omniprésente qu’elle finit par agacer ou des plans sur des vers de terre comme métaphores des hallucinations du personnage principal.

Mais, après tout, le thriller n’est pas la seule manière d’aborder un tel sujet et Cédric Anger explique lui-même avoir avant tout voulu dresser le portrait de ce gendarme meurtrier « Mais pas psychologique. Juste “behavioriste”. (…) Faire le portrait d’un type qu’on ne peut pas comprendre, qu’il soit une énigme encore plus grande à la fin du film. » Un parti-pris qui peut se justifier mais que le réalisateur ne suit justement pas. Son scénario s’aventure en effet à de nombreuses reprises en dehors des faits avérés pour esquisser des tentatives d’explications (pression parentale, rapports difficiles avec les femmes, homosexualité refoulée…), alors même que la justice l’a reconnu schizophrène et irresponsable de ses actes. Et sa peinture reste par ailleurs toujours très en surface et sans progression dramatique. Tout le long du film, Cédric Anger répète les mêmes ébauches de bipolarités de son personnage principal sans réussi à approfondir son sujet. Fort heureusement, il est épaulé par un très grand Guillaume Canet. L’acteur livre une excellente prestation, pleine de justesse, de finesse et de maîtrise. Tout est notamment résumé en un magnifique plan, celui où il apparaît totalement désemparé et effrayé au moment de tuer une jeune fille. Il y a dans son interprétation toute la dualité de ce personnage, conscient de l’horreur de l’acte qu’il réalise mais incapable de lutter contre lui-même. Elle est là toute la complexité de ce personnage, que Guillaume Canet arrive à parfaitement retranscrire, même si son réalisateur peine à l’aider dans cette tâche.

Malgré une prestation étonnante de son acteur principal et un sujet original, Cédric Anger n’arrive donc pas à transformer l’essai avec ce polar, qui aurait pu largement se démarquer de la moyenne de la production française avec un peu plus d’ambition. Ce sera pour la prochaine fois…

La fiche

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LA PROCHAINE FOIS JE VISERAI LE COEUR
Réalisé par Cédric Anger
Avec Guillaume Canet, Ana Girardot
France – Policier, Drame
Sortie en salles : 12 Novembre 2014
Durée : 111 min




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Je ne trouve pas rien d’impressionant dans ce film et dans la performance de Canet. Tout le monde a besoin de lui donner um autre César à cause de son échec avec Blood Ties et c’est ridicule. Sa performance est bonne, oui, mais elle est très fatigante et sèche, aussi comme le scénario ennuyant, qui donne une atténtion exageré à Franck.