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JODOROWSKY’S DUNE

8
Étourdissant

En 1975, le producteur français Michel Seydoux propose à Alejandro Jodorowsky une adaptation très ambitieuse de « Dune » au cinéma. Ce dernier, déjà réalisateur des films cultes « El Topo » et « La Montagne sacrée », accepte. Il rassemble alors ses « guerriers » artistiques, dont Jean Giraud (Moebius), Dan O’Bannon, Hans-Ruedi Giger et Chris Foss qui vont être de toutes les aventures cinématographiques de science-fiction de la fin du siècle (« Star Wars », « Alien », « Blade Runner », « Total Recall » etc.).Le casting réunit Mick Jagger, Orson Welles, Salvador Dali, David Carradine ou Amanda Lear, mais également son jeune fils Brontis Jodorowsky, Pink Floyd et Magma acceptent de signer la musique du film… L’équipe de production recherche 5 millions de dollars pour finaliser le budget et se heurte à la peur des studios hollywoodiens qui craignent le tempérament de Jodorowsky… 

Ce grand film jamais tourné.

Tous les fans du roman de Frank Herbert connaissent la légende autour du projet tenu par Jodorowsky au début des années 70. Il était jusqu’à aujourd’hui possible de trouver quelques documents qui l’évoquait mais ils se faisaient rares. Franck Pavich concentre dans son documentaire d’une richesse inouïe ce qu’il faut d’ingrédients pour transformer la légende en mythe.

Il convient à quiconque aimant le cinéma de découvrir Jodorowsky’s dune. Des connaisseurs aux plus néophytes, le réalisateur s’arrange pour que son film soit compris de tous. Il présente l’artiste, sa vision de l’Art comme espace de liberté, et le rapport entre le cinéma et la science-fiction à l’époque du projet. On retrouve Jodorowsky au milieu de sa grande bibliothèque, un grain de folie dans le regard et le mystère dans sa voix, excité comme un enfant à l’idée de rejouer et raconter à nouveau ce qui est probablement une des histoires les plus folles de son existence. Sa voix et son phrasé unique en font le narrateur de son propre conte. Les synthétiseurs vibrent, la caméra panote vers le ciel qui devient étoiles. Étoiles que nous ne quitterons pas avant la fin du voyage.

Le film revient chronologiquement sur cette incroyable aventure artistique et humaine : le développement d’un film adapté d’un roman réputé inadaptable – l’ambition démesurée de son réalisateur rendant la tâche moins aisée encore. Il voulait créer un objet filmique qui donnerait aux spectateurs l’effet d’une drogue. Ouvrir les esprits et changer l’Homme, telle une sorte de Dieu en face duquel le monde s’agenouillerait, porté par le bien. Son créateur, Jodorowsky, en serait le prophète. Il nous raconte avec malice le déroulement de cette quête, à la recherche de ses « guerriers » artistiques qui venaient grossir les rangs de son armée. Le fleuron des futurs collaborateurs des grands noms du cinéma de science-fiction (Star Wars, Alien, Blade Runner) le rejoignaient sans parfois avoir lu le roman d’Herbert. Soutenu par son audacieux producteur Michel Seydoux, 26 ans alors, il entra en contact avec les plus grandes stars de l’époque : Mick Jager, Orson Welles, Dali, qui acceptèrent tous de le rejoindre sur son film. Magma et Pink Floyd donnèrent leur accord pour composer la musique du film. Jodorowsky revient en détails sur chacune de ces rencontres, et comment il a réussi à les convaincre – ce qui donne lieu à des anecdotes truculentes.

Frank Pavich dynamise ses interviews en les entrecoupant avec des concept-art et autres planches de design des personnages, mais surtout en animant des séquences complètes du story-board de Moebius pour nous plonger au mieux dans l’intrigue. Tous ces éléments étaient réunis dans une bible créée dans le but de donner confiance aux producteurs hollywoodiens. Prenant le soin de nous préciser qu’il n’en existe que deux exemplaires, on se rend compte de la chance que l’on a de pouvoir en apercevoir ne serait-ce que quelques bribes. Sans amertume et avec un sourire en coin, Jodorowsky finit par évoquer pourquoi le projet ne vit pas le jour, mais également l’échec cuisant de la version de Lynch, jeune réalisateur plein de promesses lui aussi.

Mais Jodorowsky’s Dune n’est pas l’histoire d’un échec, bien au contraire. Sa beauté réside dans la limpidité et l’idéologie de son propos universel et résolument optimiste. Ne jamais abandonner, quel que soit l’échelle de notre ambition. Plus encore que le récit d’un projet grandiose avorté, c’est surtout le portrait d’un homme qui est tissé, libre et fascinant. Son combat, Jodorowsky l’a mené jusqu’au bout. Visionnaire et probablement un peu trop en avance sur son temps, il s’est vu stoppé en plein vol, mais s’est vite relevé pour continuer son combat. Un combat qu’il gagnera puisque l’on retrouve artistiquement son Dune dans une grande partie des œuvres de science-fiction qui suivirent, mais également dans son propre travail. Comme il est dit dans le documentaire, son film astéroïde n’a pas percuté la terre, mais a tout de même réussi à l’altérer avec ses spores. Vous cherchez le plus grand film de tous les temps ? Il existe, mais n’a simplement jamais été tourné. C’est probablement là sa réussite : avoir su créer cette exaltation sans en connaitre l’inévitable potentielle déconvenue.

La caméra se recule et la bible se referme page après page. Et comme après tout bon conte, on revient peu à peu sur Terre. On ressort de ce voyage un peu étourdi et mélancolique, mais surtout émerveillé et grandi.

La fiche

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JODOROWSKY’S DUNE
Réalisé par Frank Pavich
Avec Alejandro Jodorowsky, Michel Seydoux, H.R. Giger…
Etats-Unis – Documentaire, Science fiction
Sortie : 16 Mars 2016
Durée : 85 min




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