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GARANCE MARILLIER | Entretien

Après quelques cours-métrages, dont un début, déjà, avec Julia Ducournau sur Junior, Garance Marillier se révèle pour de bon au public français et international avec le rôle de Justine de Grave. Entretien passionné et curieux avec une toute récente bachelière – mention « bien », tout de même, ce qui n’est pas donné à tout le monde. 

Grave a été adoubé lors de la Semaine de la critique de Cannes. T’attendais-tu à un tel succès critique et commercial ? Wild Bunch semble avoir beaucoup misé sur ce film qui diffère du paysage cinématographique français actuel. Un pari risqué lorsque l’on sait que récemment, le genre n’a jamais vraiment décollé malgré plusieurs tentatives (A l’Intérieur, La Horde, Frontière, La Meute…).

Le résultat était à la hauteur de nos espérances. On avait vraiment l’envie et l’ambition de faire un bon film, mais la surprise était bien là. Les spectateurs semblent sensibles à ce genre de film et il faut reconnaître que ça fait plaisir. C’est une demi-surprise quoi ! Je m’attendais beaucoup moins au succès international. Mais c’est super, j’ai eu l’occasion de voyager. Au delà de ça, le message de Grave semble universel, transcende les gens, qu’importe le pays. C’est aussi une opportunité d’être vue autre part qu’en France, je pense que ça jouera sur le long terme.

Ce succès t’a-t-il permis d’obtenir des propositions à l’étranger comme aux Etats-Unis où le genre horrifique est plutôt bien implanté ? Des mails, des appels ?

Oui, mais pour le moment, je ne peux vraiment rien en dire de plus. Je suis désolée, mais je ne peux pas en parler.

Grave t’a donné l’opportunité d’expérimenter un jeu aussi physique que psychologique. Cette expérience t’oriente-t-elle déjà vers certains choix de rôles ?

Avoir incarné Justine m’a poussé à regarder du côté de rôles plus pointus et des réalisateurs/réalisatrices aussi exigeants que Julia a pu l’être. On ne me verra pas dans les comédies de Dany Boon, ça c’est sûr !

Lorsque tu as eu le scénario de Grave entre les mains, quelle a été ta première réaction ?

Je me suis dit « C’est Julia qui le fait. Ça ne pourra pas être raté ». Je la connais, je lui fais confiance, je sais qu’elle ne me proposerait pas un projet non abouti. Quand je l’ai eu entre les mains, je savais que ça allait être un bon scénario.

Un acteur, c’est aussi un musicien.

A propos de ta relation avec Julia. Cette dernière est plutôt particulière, très proche, peut-être vous a-t-elle aidées à développer le caractère de Justine ?

Oui, bien sûr. On a une confiance aveugle l’une envers l’autre et un profond respect qui permet d’aller toujours plus loin, tester un tas de choses à l’écran. C’est une relation particulière, très forte mais surtout très rare. Je sais qu’avoir une telle alchimie ne sera pas aussi simple avec d’autres cinéastes… mais ce n’est pas grave !

Y a-t-il eu des scènes que tu as appréhendé tourner avec Julia ?

Oui, certaines scènes rajoutées un peu avant le tournage. La scène du drap, par exemple, ou celle du miroir. C’est vrai que ces deux scènes étaient compliquées car elles n’avaient été répétées qu’une fois et c’était assez dur, ce sont des scènes plutôt intimes que te poussent dans tes derniers retranchements. Mais au final, je me suis beaucoup concentré sur le travail corporel. Les scènes les plus dures à tourner n’étaient pas celles que j’ai appréhendées. La scène du toit avec les effets spéciaux, la neige, la nuit… ça c’était vraiment compliqué.

Comment rentre-t-on dans un personnage comme Justine et surtout comment s’en détache-t-on après le tournage ? Quels ont été les modèles d’inspiration pour ton acting ?

Énormément de préparation. On travaille beaucoup sur le corps, comment se mouvoir, se tenir, tout ça pour faire exister ce personnage entièrement. Comment s’en détacher ? Je ne sais pas trop. Je me suis justement concentré sur le corporel pour ne pas me confondre dans Justine et à la fin du tournage, ma seule préoccupation était de dormir. Dès que Julia disait « Coupez ! », je ne restais pas dans Justine. Julia n’a pas écrit le personnage en pensant à moi, elle a essayé de l’écrire pour moi. J’avoue aussi me reconnaître dans ce « truc » de lutter contre son côté sombre, je pense que c’est ce qui m’a le plus touché chez Justine. Pour les modèles, et surtout le regard, je me suis inspiré de Wagner Moura qui joue Pablo Escobar dans la série Netflix Narcos. C’est ma seule référence. Il est excellent, il a une puissance incroyable dans le regard. Même seul dans le cadre, Wagner Moura prend toute la place. J’ai essayé de retrouver cette intensité du regard. Julia m’a aussi montré plusieurs scènes de films : The Ring, Possession, La Mouche et Trainspotting

Quelle était la place de l’improvisation dans Grave ?

Justement : il n’y a pas d’improvisation dans Grave. Julia savait ce qu’elle voulait, tout était bien écrit, l’improvisation était inutile. Bien sûr, de beaux accidents arrivent et sont gardés au montage. Mais pas d’improvisation.

Comment s’est passée la rencontre avec Rabah Nait Oufella ? J’ai cru comprendre que vous habitiez dans la même rue et que vous vous êtes croisés plusieurs fois avant même de tourner ensemble.

On se croisait très souvent, oui. Rabah a pratiquement tous ses potes qui traînent dans la même rue que moi, souvent en bande. Et à chaque fois que je les voyais, j’avais super peur ! Quand Julia m’a dit que Rabah passait le casting je me suis dit « c’est une catastrophe… ». Et en fait, dès le jour où je l’ai rencontré, on s’est parlé et j’ai vu que c’était un crème. Voilà !

Et avec quels réalisateurs/réalisatrices aimerais-tu tourner ? Français, étrangers… Des envies, des rêves ?

David Lynch. Ça c’est un rêve absolu ! Si on parle de rêve, ce serait Lynch et Wong Kar-Wai. Mais pour Lynch, c’est mal parti je pense.

On trouve sur ton Twitter un top 4 de tes réalisateurs/réalisatrices préféré(e)s. Lynch et Wong Kar-wai sont complétés par Julia Ducournau et Alfred Hitchcock. Quel est ton film favori pour chacun d’entre eux ?

Pour Lynch c’est très dur…

La question piège !

Je vais opter pour Twin Peaks Fire Walk With Me. Pour Alfred Hitchock, Vertigo. Je l’ai vu à 12 ans et j’ai vraiment été bouleversée. Je l’ai regardé 20 fois en un mois. Je m’en remettais vraiment pas ! Ça m’a vraiment rendue dingue ce film. Sinon pour Wong Kar-Wai, Chungking Express. Et Julia… J’utilise un joker !

Tu as également reçu une formation musicale. T’a-t-elle aidée à préparer ton rôle de Justine ?

On n’abandonne jamais la musique. C’est dans mon héritage familial. J’essaie de concilier ça avec le jeu, la musicalité pour entrer dans mon personnage. Les paroles, c’est de la musique. Il y a un sens du rythme pendant un échange verbal auquel je suis sensible puisque j’ai fait de la percussion. Ca m’a beaucoup aidé pour certaines scènes dialoguées. J’ai tendance à avoir un débit plutôt faible et je remarquais tout de suite lorsque je n’étais pas dans le bon rythme avec les autres acteurs, avec la bonne énergie. Avec Julia on pense qu’un acteur est également musicien. Les mouvements face à la caméra, c’est aussi une chorégraphie. C’est fusionner plusieurs arts en un seul.

Une dernière question à l’occasion de la sortie de Grave en DVD et en Blu-Ray : que peut-on y trouver ?

Sur le DVD, il y a deux scènes coupées et une entrevue vidéo avec Julia. Sur le Blu-Ray, on y retrouve l’une de mes entrevues en plus.

Propos recueillis par Nassim Chentouf et Paul Hébert, édités par Robin Souriau.
Un grand merci à Benjamin de Wild Bunch pour cet entretien.
Crédit photos : Wild Bunch / Pieter De Ridder



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