featured_InTheFamily

IN THE FAMILY

8
Beau

A Martin, dans le Tennessee, Chip Hines, un jeune garçon précoce de 6 ans, ne connaît que la vie avec ses deux papas, Cody et Joey. Et c’est une belle vie. Quand Cody meurt brutalement dans un accident, c’est avec force que Chip et son père adoptif réagissent afin de surmonter cette perte et continuer la vie qu’ils avaient commencée à construire à trois. Mais la sœur de Cody révèle à Joey qu’un vieux testament établi à la naissance de Chip, peu avant qu’il ne fasse partie de la famille, la désigne comme tutrice de l’enfant. Les années d’intégration de Joey dans la famille s’effritent peu à peu alors que Chip lui est enlevé. A l’incompréhension succède la colère et l’impossibilité pour Joey de trouver une solution. La loi n’est pas de son côté, mais ses amis si. Fort de leur soutien et des souvenirs avec Cody, il cherchera un chemin vers la paix avec cette famille qu’il considérait comme la sienne avant le drame, et essayera ainsi de se rapprocher de son fils.

Mon fils, ma bataille.

La sortie française d’In the Family pourrait presqu’être qualifiée de confidentielle, le film n’étant programmé que dans une dizaine de salles et encore, près de trois ans après la fin de sa production. Mais nous pouvons nous estimer heureux, le film n’ayant même pas trouvé de distributeur dans son pays d’origine, les USA. Après avoir dû financer seul son projet, Patrick Wang a également été obligé de le distribuer par ses propres moyens. Un combat qui vient en écho de celui que mène son personnage principal dans le film.

In the Family raconte en effet la bataille menée par un homme pour obtenir la garde du jeune fils de son conjoint décédé. Un sujet pour le moins d’actualité, mais que Patrick Wang ne traite justement pas avec un regard politique. Sa grande réussite est d’avoir su éviter le « film thèse », pour aborder le sujet selon l’angle qui lui est le plus probant, celui de l’intime. In the Family soulève énormément de questions sur le regard des autres sur les familles homoparentales, mais Patrick Wang y répond avec une habilité remarquable à travers la sphère privée et avec une vraie force tranquille. À l’image de son personnage principal, qui lutte en silence mais avec persévérance et noblesse, Wang tisse son discours avec pudeur et patience sur près de trois heures. Que l’on ne voit pourtant pas passer. Une durée nécessaire pour se fondre dans cette famille et vivre avec les personnages. Une durée qui permet également au cinéaste de poser sa caméra sereinement pour simplement montrer, sans jamais juger.

L’autoproduction aura finalement eu du bon, en permettant à son auteur d’être totalement maître de son film. Le réalisateur livre ainsi un film dénué d’artifices. Très peu de musique, une photographie réaliste, une économie de plans, très peu d’effets de caméra… Le cinéaste privilégie les plans fixes, aux cadres soigneusement choisis, où il laisse se dérouler la vie. Chaque choix de plan, de montage, a ici sa raison d’être. Aux grands effets, aux émotions faciles et factices, Patrick Wang préfère la simplicité (apparente) et la sincérité. On sent le réalisateur proche de ses protagonistes (il interprète d’ailleurs le rôle principal) et, avec sa caméra, il guide le spectateur vers cette proximité. Son scénario suit la même logique, en évitant le pathos (les séquences les plus tragiques sont laissées hors champ) et le manichéisme, pour laisser place à la vie, en toute pudeur. Et c’est par cette simplicité, cette proximité que ressort toute la force du propos, qui devient alors évident et universel.

In the Family est un vrai beau moment de cinéma. Beau par l’extraordinaire destinée de ce film, beau par son étonnante maîtrise. Un grand réalisateur est né, espérons qu’il sera à l’avenir reconnu à sa juste valeur.

La fiche

thb_InTheFamily

IN THE FAMILY
Réalisé par Patrick Wang
Avec  Sebastian Banes, Patrick Wang, Trevor St. John…
Etats-Unis – Drame
Sortie en salles : 19 Novembre 2014
Durée : 169 min




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre