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Hannah Fidell | Entretien

À l’occasion du Champs Elysées Film Festival, qui se déroule du 10 au 16 Juin, nous avons rencontré la réalisatrice Hannah Fidell, en marge de la présentation de son 2e film, 6 years – en sélection au CEFF. Pour Le Bleu du Miroir, la cinéaste revient sur la préparation de son 2e film, sur l’écriture des personnages et l’improvisation lors du tournage, sur la thématique de la violence domestique ainsi que sur ses prochains projets.  

LBDM.fr : 6 Years frappe par son réalisme et sa véracité, particulièrement lorsque l’on entre dans l’intimité du couple. Sachant que la majorité des scènes a été improvisée, quels éléments avez-vous donné à vos acteurs pour les préparer ? 

Hannah Fidell : Nous avons très peu préparé le film, le script faisait à peine 40 pages. Mais nous avons façonné ensemble l’histoire des personnages, nous leur avons créé un passé à chacun, individuellement, ainsi qu’un background amoureux pour leur couple : leur premier baiser, la première fois qu’ils ont fait l’amour… Ainsi, même si cela finissait par ne pas apparaître dans le film, cela nous aidait à savoir où on allait et sur quoi s’appuyer. 

On imagine que vous avez passé un certain temps ensemble, en amont, pour créer une certaine exaltation créative et une complicité qui conduirait à l’alchimie qui transparait à l’écran ?   

H. F. : Je me suis rendue à New-York pour les rencontrer, puis nous avons effectué un petit road-trip ensemble jusqu’à la maison secondaire de mes parents où nous avons passé un week-end. Nous avons pu passer du temps pour se connaître, nous sommes aller faire du bowling, nous avons regardé quelques films dont Qui a peur de Virginia Woolf. C’est aussi durant ce week-end que nous avons commencé à évoquer l’histoire de leurs personnages. 

Un film représente plus d’un an de ta vie. Quitte à s’y consacrer pleinement, autant choisir des personnes avec qui l’on appréciera de passer du temps…

Les deux jeunes acteurs ont donc été très impliqués dans votre projet et le résultat à l’écran est très convainquant. Comment en êtes-vous venue à travailler avec eux et avez-vous utilisé quelques bribes de leurs histoires personnelles sentimentales lors du tournage ? 

H. F. : Taissa (Farmiga) et moi avons la même agence. On commençait juste à chercher une actrice pour le rôle de Mel et elle est ressortie presque immédiatement. C’est la première actrice que l’on a sollicitée et nous avons eu beaucoup de chance car elle était disponible sur New-York et nous avons pu échanger par Skype. En lui parlant, j’ai eu la conviction qu’elle serait parfaite.

Nous avons accroché rapidement et c’est important selon moi, car un film représente plus d’un an de ta vie et quitte à s’y consacrer pleinement, autant choisir des personnes avec qui l’on appréciera de passer du temps, surtout qu’on les verra tous les jours. Et même après le tournage, j’étais encore avec eux par le biais des images pendant le très long montage (Il a duré près d’un an – ndlr). Du coup, j’ai besoin d’avoir face à moi des personnes sincères et gentilles. Bien sûr, il faut aussi qu’elles aient du talent. (Elle rit).

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Pour Ben (Rosenfield), je l’avais vu dans Boardwalk Empire. Ma colocataire avait un petit crush pour lui… Ainsi, quand on a commencé à chercher l’acteur pour jouer Dan, elle m’a suggéré de lui proposer. Mes producteurs ont tout de suite été emballés par l’idée et nous ont mis en contact. Quand il est apparu sur mon écran (par Skype – ndlr), il portait un sweat à capuches, avec un air plutôt déprimé… Il m’a parlé de son goût pour la musique mais aussi du fait qu’il sortait d’une rupture amoureuse. Je lui ai dit « C’est bon, tu es engagé ! » (Elle éclate de rire).

Ben avait vécu une histoire d’amour de quatre ans avec sa petite amie du lycée. Du coup, il était complètement dans l’humeur du film et le tourner a sûrement été assez cathartique pour lui. D’une certaine façon, cela l’a peut-être aidé à tourner la page. 

Vous disiez que ce fut aussi très cathartique pour vous… Inévitablement, il doit y avoir des éléments autobiographiques dans ce film.

H. F. : Oui, clairement. Heureusement, je n’ai pas subi cette part de violence… Mais j’ai eu un petit ami que j’aimais profondément et cela s’est mal terminé. C’est la vie, nous avons tous notre passé amoureux et nos douleurs je suppose. J’imagine que j’ai pu grandir suite à cette période de vulnérabilité. 

Avec Mark (Duplass, le producteur du film – ndlr), nous souhaitions faire un film traitant de la violence domestique. J’ai eu carte blanche pour l’histoire et j’ai voulu inverser la situation en explorant ce thème sous un angle moins attendu. Mais j’ai remarqué quelque chose d’assez intéressant : du fait que c’est le personnage de Taissa (Mel) qui commet ces violences, on ne me parle pas du tout de ce sujet-là. Comme si c’était finalement moins important pour les gens. Si cela avait était Ben (le jeune homme), cela aurait changer l’histoire bien sûr, mais le regard aurait été bien différent sur mon film. Je suis persuadée que cela aurait été évoqué dans chaque interview. 

En dépit de leurs disputes et de ce problème de violence physique, le couple reste plutôt attachant. Il est également intéressant de les voir se débattre avec leurs questionnements post-adolescents.

H. F. : Bien entendu, je vous rejoins. Mais c’est un point de questionnement pour moi. 

Le titre de votre film, 6 years, a une connotation plutôt pesante, renvoyant aux remarques incessantes des amis de Dan et Mel quant à la durée de leur relation, mais aussi à la pression indirecte qu’instaure la mère de Dan, le poussant à plus d’égoïsme pour réussir sa carrière…  

H. F. : Sincèrement, je suis très contente de ce titre. Je suis d’accord, il y a quelque chose de pesant. Le poids des années. Leur situation, le fait que six ans représente énormément de temps lorsqu’on a 21 ans.

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Votre film précédent s’intitulait A teacher. Dans 6 Years, Mel ambitionne de devenir enseignante et on la voit même effectué un stage dans une école primaire… Ressentez-vous un attachement particulier pour cette vocation ?

H. F. : (Elle sourit). Chez nous, c’est un métier assez courant dans la middle-class. C’est un métier que l’on exerce pour aider, se consacrer aux autres. Je trouve cette profession très noble. Mes parents sont désormais professeurs, une de mes amies est enseignante. C’est admirable de se consacrer à une vocation qui influence les gens… De mon côté, je ne suis pas sûr d’aider les gens avec mes films. Au mieux, je les divertis. Encore que cela reste à prouver, avec ce film… (Elle rit)

Mon prochain film sera un feel-good movie.

Votre premier film va d’ailleurs être adapté pour une série TV sur HBO. Pouvez-vous nous parler de ce projet et de votre implication dans celui-ci ?

H. F. : HBO s’est manifesté dès les premières projections du film… Le projet prend forme. Je ne serai pas le showrunner de la série mais je réaliserais le pilote de la série et en écrirait le scénario. Je resterai ensuite productrice exécutive. Les dirigeants de la chaîne m’ont assuré que ma vision serait respectée. Nous allons commencer à chercher les acteurs… 

J’aimerais finir cet entretien par une petite remarque : vous vous décrivez comme une réalisatrice de « feel-good movies » dans votre bio Twitter… 

H. F. : (Elle éclate de rire). Oui… 

Vos films sont troublants, parfois inconfortables ou attachants… Mais l’on n’en ressort jamais de très bonne humeur. (rires)

H. F. : Oui, n’est-ce pas ? 

Plus sérieusement, au delà du trait d’esprit, pensez-vous réaliser un feel-good movie ?

H. F. : Et bien oui ! Ce sera le cas de mon troisième film. Ce devrait être beaucoup plus drôle pour moi… et pour vous j’espère ! Cela parlera d’un étudiant qui se rend en Californie pour rentrer dans une école d’art et qui va prendre en stop un baroudeur assez délirant qui va l’accompagner pour un road-trip dans le désert… Ils vont boire un peu, fumer de l’herbe… Ce sera beaucoup plus léger et cela devrait être très sympa à tourner. 

© Le Bleu du Miroir

© Le Bleu du Miroir

Propos recueillis et édités par Thomas Périllon pour Le Bleu du Miroir, le 14 Juin à Paris.

Remerciements : Hannah Fidell, Vanessa Jerom et Claire Vorger




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