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FRANTZ

6
Déséquilibré

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, alors que la France et l’Allemagne sont encore déchirées par les morts et la destruction, un jeune Français se recueille devant la tombe d’un soldat allemand, Frantz, dans le cimetière de sa ville natale. Il attire l’attention d’Anna, la fiancée de ce dernier, et celle de sa famille.  

Au nom d’Anna.

L’aube des tranchées, des obus et des cadavres fumants de la Première Guerre mondiale se lève. Les ténèbres éclairent les parents du sort de leurs enfants, enlevés à leurs bras et à leur destinée. Le silence est assourdissant pour ce petit village d’Allemagne qui, vu d’en haut, semble épargné de toute souffrance. A terre, malgré le vent printanier et les vertes pelouses, les parents de Frantz sont inconsolables. Anna, sa fiancée, tente tant bien que mal de porter le poids d’un foyer dont les structures sont branlantes. Orné d’un noir et blanc de circonstance, légitimé à la fois dans sa temporalité comme dans le rapport des personnages face au monde en ruines qui les entoure, François Ozon conserve son rythme marathonien. Frantz, quatrième film en autant d’années pour le réalisateur de Dans La MaisonJeune et Jolie et Une nouvelle amie se pare d’accablants fardeaux. Le principal est celui de l’ignorance. Pas celle crasse mais néanmoins contextualisable des nationalistes obtus pour qui chaque Français (ou chaque Allemand, dans l’autre camp) est le meurtrier de leurs fils. Cet axe, Ozon le balaie d’un revers de main dans le cabinet du père de Frantz. Il ne veut pas faire de son film un débat identitaire collectif, exercice périlleux et prompt à d’autres angles d’attaque. Il veut Frantz comme un recueil d’individus qui se croisent, se jugent et se jaugent dans l’espoir de trouver une explication à l’innommable.

Du complexe exercice de l’adaptation, il reste des traces. Des fantômes. Frantz est maniéré dans ses dialogues, dramatique autant qu’il se peut dans ses personnages. Ozon dirige la novice Paula Beer d’une main de maître. L’Allemande mêle simplicité, nuances et force dans son rôle de veuve en quête d’une vérité qu’elle n’est pas sûre de pouvoir encaisser. À seulement 21 ans, il y a de quoi rester pantois. De l’autre côté de la frontière, l’interprétation de Pierre Niney est plus délicate. Le Français, longtemps inhibé par un Adrien cadenassant ses sentiments à double-tour, peine à sauter au-dessus de la mare séparant planches et cinéma. Résultat, une interprétation teintée d’une préciosité dispensable, jamais insupportable mais omniprésente, comme un tic un peu en toc. Qu’importe : le défaut tend à s’effacer lorsque les deux jouent de pudeur ou de détermination, seuls à seuls et les yeux dans les yeux. Dommage simplement qu’Ozon ait choisi le passage à la couleur en quelques instants bienheureux, procédé explicite tranchant avec la légèreté des situations et des interprétations. Le propos se suffisait à lui-même. Autour de ce non-couple, quelques arcs intéressants. Les parents de Frantz, en premier lieu, grâce au tandem Hans et Magda (Ernst Stötzner et Marie Gruber) brillant de justesse. Autour d’une inversion, ensuite, avec le voyage d’Anna en France. L’occasion de constater que les mêmes causes entraînent les mêmes effets – plus grossièrement, que l’ennemi, c’est encore et toujours les autres.  

C’est finalement hors du giron de la pièce de Rostand qu’Ozon s’aventure, avec un ciblage sur Adrien et une fuite physique et intellectuelle laborieuse, écrite pour le film. Le dernier tiers de Frantz patine, alourdit le propos d’un pathos foncièrement superflu. Alors que le spectateur flottait au gré des brises du vent d’Anna, le voilà pris au piège d’Adrien et d’une bruine qui veut se faire appeler tempête. Dans cette fin de film, dommage que le meilleur allié du deuil, le temps, ne finisse comme un ennemi grognant sur un spectateur ne pouvant s’empêcher de furtifs coups d’oeil sur sa montre. 

La fiche

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FRANTZ
Réalisé par François Ozon
Avec Pierre Niney, Paula Beer, Ernst Stötzner …
France – Drame
Sortie : 7 Septembre 2016
Durée : 114 min




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