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FEFFS 2018 | Jours 3 et 4 : Loups-garous et sirènes artificielles

 

Jour 4 –  Sirènes artificielles

De retour au Festival Européen du Film Fantastique pour une journée un peu plus calme, malgré la fatigue qui se fait déjà sentir.

More Human Than Human – Tommy Pallota et Femke Wolting (2018)

On commence avec le documentaire More Human Than Human qui questionne le futur de l’intelligence artificielle. Bien que le film survole son sujet, offrant ainsi une réflexion un peu fourre-tout, il n’en demeure pas moins intéressant et explore certaines pistes assez inédites. En questionnant la représentation de l’intelligence artificielle au cinéma, le documentaire cherche à interroger sur leur pertinence, entre robots sympathiques et machines démoniaques. Du déjà-vu.

Carnival Of Souls – Herk Harvey (1962)

Cette année, le FEFFS met en lumière les femmes dans le cinéma de genre, avec notamment une rétrospective qui leur est dédiée. Chromosomes XX revient sur des œuvres cultes du cinéma de genre : l’occasion alors de redécouvrir Carnival Of Souls sur grand écran. Influence majeure pour de nombreux cinéastes, et bien que très peu connu, le film possède une aura étrange et inquiétante. Malgré quelques longueurs, le film offre de vraies scènes macabres, où les morts dansent jusqu’à l’aube. Portée par une musique d’orgue étrange, Carnival Of Souls reste un incontournable du cinéma d’horreur.

The Rusalka – Perry Blackshear (2018)

Sélectionné en compétition, le réalisateur de They Look Like People revient cette année avec The Rusalka. S’inspirant du mythe des sirènes, le film conte la romance interdite entre Tom, amant innocent et muet et une créature aquatique à l’apparence humaine. Pas question de queue de poisson  puisque le film raconte son histoire de manière réaliste. Film à très petit budget et ça se ressent : si la photographie est plutôt jolie, le montage vient détruire toute empathie. On voudrait pouvoir être indulgent mais il faut être honnête : The Rusalka ne parvient pas à rendre crédible son histoire d’amour, tant les personnages ont parfois des réactions invraisemblables, empêchant ainsi toute émotion. Le montage quant à lui est confus, décuplé par des effets sonores assez ridicules. Première grosse déception de ce festival, avec un film plus grotesque que tragique.

Jour 3 – Loups-garous et guerre civile

Malgré une petite déception de ne pas voir Climax (et on s’empressera de le découvrir dès que possible), la journée de dimanche s’annonce intense avec au programme des loups-garous, Another Day of Life et un Nicolas Cage dément.

Le Loup-Garou de Londres – John Landis (1981)

Une journée qui démarre fort avec une passionnante masterclass dirigée par John Landis, invité d’honneur de cette onzième édition. L’occasion alors de revenir sur sa carrière, mais surtout sur des croustillantes anecdotes de tournages, de sa surprenante rencontre avec Salvador Dali ou encore sur ses figurations dans des westerns, le tout avec beaucoup, beaucoup d’humour. Une discussion suivie par la projection du Loup Garou de Londres, œuvre culte du cinéma d’horreur des 80’s et pour cause. Le film parvient à créer un savoureux mélange de comédie et d’effroi, qui marquera au fer rouge le cinéma américain. Une scène en particulier ne dément pas sa réputation : la transformation en loup-garou reste terrifiante, et la qualité des effets-spéciaux reste encore aujourd’hui impressionnante. Sans être extraordinaire, le film n’en demeure pas moins un solide divertissement.

Another Day of Life – Raùl de la Fuente (2018)

Direction ensuite la compétition d’animation, grande nouveauté de cette nouvelle édition du FEFFS, avec Another Day of Life de Raùl de la Fuente, présenté en séance spéciale à Cannes. Mélangeant prise de vue réelle et animation en rotoscopie, le film retrace le parcours de Kapuscinski, journaliste polonais envoyé en Angola, terrassé par une sanglante guerre civile. Visuellement superbe, le film dépeint un pays gangrené par la violence de la guerre, et prend volontairement, malgré son aspect documentaire, des accents de film d’aventure. Mais il en faudra plus pour convaincre : Another Day of Life souffre surtout d’une narration compliquée, qui brouille involontairement l’identité des personnages (un comble pour un film voulant leur rendre hommage). De même, le film exige des prérequis culturels sur le contexte angolais car, malgré sa volonté d’être grand public, il n’explique que très peu une période pas forcément connue de tous. Il s’en dégage néanmoins un propos touchant sur l’importance du journalisme et de l’information dans le monde, ainsi que le traditionnel discours anti-guerre.

La journée se termine très tard avec la projection de Mandy en séance de minuit, film dément de Panos Cosmatos, et dont on avait déjà longuement fait les éloges. L’ambiance était évidemment électrique,et a su ravir les fans de Nicolas Cage et de sa démesure qui lui est si propre. Une bien belle façon de clôturer la journée, la nuit va être courte, mais on a déjà hâte d’être au lendemain. 

> > > Lire aussi : notre critique de Mandy de Panos Cosmatos

Jour 2 : Profile Djihadiste

Deuxième jour de compétition. Les zombies ont envahi cette année encore les rues de la capitale strasbourgeoise, le dernier refuge de l’humanité se trouvait quant à lui dans les salles obscures. Un film aura retenu notre attention : Profile de Timur Bekmabentov.

Producteur déjà d’Unfriended sorti en 2014, le réalisateur russe revient cette année avec Profile qui utilise le concept de « screenlife », à savoir un film qui se déroule entièrement sur un écran d’ordinateur. Ainsi, l’image cinématographique est elle-même remise en question puisque la notion de cadre, de champs, ou même d’esthétique disparaît pour laisser place à un bureau de Mac, aussi banal et froid, qui n’est pas sans rappeler le found footage et son système de caméra à l’épaule.

C’est peut-être un des meilleurs exemples à ce jour de films « screenlife ». C’est fluide et surtout son utilisation est pertinente : parler de l’embrigadement djihadiste à travers internet, c’est mettre le doigt sur une réalité terrifiante, et pourtant difficilement montrable dans un cinéma plus classique. Le procédé instaure une paranoïa qui pousse le spectateur à analyser chaque recoin de l’image, d’une information oubliée ou d’un indice. Le film joue de notre connaissance culturelle, et est en cela très réaliste : il joue des nos habitudes et de la banalité d’internet. Ce qu’on voit à l’écran semble quotidien, de l’utilisation du gif en passant par les notifications qui occupent toute notre attention.

C’est toujours passionnant de voir à quel point le cinéma cherche à s’imprégner des nouvelles technologies. On pourrait croire qu’un écran d’ordinateur annihile toute émotion, au contraire. Rien n’est plus intime qu’une conversation Facebook, à travers ses non-dits et ses apparences. Profile est une réussite : sa force tient de sa faculté à retranscrire le réel, et c’est ce qui le rend terrifiant.

Au programme pour ce dimanche : des loups-garous et John Landis, et Nicolas Cage avec une tronçonneuse (Mandy).

JOUR 1 : Nonnes fantomatiques

Le Festival du Film Fantastique de Strasbourg s’est enfin ouvert ce vendredi 14 septembre avec le très attendu La Nonne de Corin Hardy. L’ambiance promet d’être cette année encore chaleureuse et bon enfant, et c’est bien une des forces de ce festival. Deux ans après avoir remporté le Méliès d’argent durant le festival avec The Hallows, Corin Hardy revient cette année avec un blockbuster horrifique. Une ouverture aussi terrifiante que prévue ?

Spin-off de la saga Conjuring, La Nonne s’annonçait comme le grand huit terrifiant du cinéma d’horreur, tant attendu pour cette rentrée. Loin de la terreur promise, le film ressemble davantage à un train fantôme aussi désuet que bordélique, mais pour une raison presque mystique, le charme opère tout de même. La Nonne surprend d’abord par ses visuels follement gothiques, avec cimetières lugubres, pleine lune et château hanté de Roumanie, qui ne sont pas sans rappeler ceux d’un Dracula, fortement influencé par les films de la Hammer. Il s’en dégage une sincérité assez plaisante, dans laquelle on perçoit l’ambition nostalgique de recréer cet univers, et c’est d’autant plus étonnant dans un blockbuster aussi attendu.

Pourtant, la Nonne reste un film bancal, partagé entre une écriture désastreuse qui n’a plus rien à dire au bout de 30 minutes de film, un twist final ridicule et surtout les traditionnels jumpscares qui annihilent ici toute espoir d’effroi. On rit (se moque ?) davantage qu’on ne frissonne tant le film tourne au grotesque, ajoutant ça et là des éléments qui n’apportent rien au scénario, sinon quelques sursauts gratuits. C’est très honnêtement pas très bon, en plus de prendre le spectateur pour un idiot en lui sur-expliquant certains twists à travers des flashbacks sans fin de scènes vues dix minutes auparavant. La Nonne évoque pourtant ces maisons hantées de fête foraine vintage qui respire la poussière mais dans lequel on s’amuse quand même, à défaut de vouloir l’admettre.