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ENCORE HEUREUX

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Désastreux

D’accord, Marie est un peu fatiguée de l’insouciance de son mari Sam, cadre sup au chômage depuis 2 ans. D’accord, elle est très tentée de se laisser séduire par ce bel inconnu qui lui fait la cour. D’accord, il y a aussi le concours de piano de sa fille… Si cet équilibre dingue et léger tient à peu près debout, un événement inattendu jette toute la famille sur un chemin encore plus fou.

Malheureuse comédie.

Encore heureux est la négation même du cinéma, la preuve (s’il en fallait une) que l’on ne s’improvise ni réalisateur ni scénariste. Se voulant drôle et farfelue, cette désastreuse comédie s’avère insupportablement poussive et grossière. Chaque comédien se sent contraint d’en faire des tonnes pour maintenir éveillé un spectateur qui pourrait s’assoupir devant l’insipidité d’un divertissement aux abois. Aux grands maux, les grands moyens, tout le monde se lâche. Au lieu de déclencher les éclats de rire par sa démence et ses sournois stratagèmes de « voleuse », Sandrine Kiberlain exaspère, toujours plusieurs tons au-dessus lorsqu’elle s’emporte dans des crises d’hystérie venues de nulle part. Il faut dire que l’actrice, que l’on avait vu hilarante dans 9 mois ferme, n’est pas aidée par les répliques écrites à la truelle par ses quatre auteurs (dont Nicolas Bedos). Toujours hors tempo, elles tombent (très) majoritairement à plat alors que la rythmique des dialogues pêche continuellement. La mayonnaise ne prend pas et on le constate dès la première séquence.

Avec trois expressions au compteur, l’attachant Edouard Baer est à la peine tandis que le scénario, d’une vacuité sans nom, ne s’embarrasse jamais avec la cohérence, trop préoccupé à juxtaposer les péripéties grotesques (et prévisibles) sans se soucier de leur résolution. La petite famille, qui s’est réfugiée dans le petit studio (du 16e arrondissement) gracieusement prêté par mamie, se retrouve expulsée en plein hiver – pour les besoins du scénario. Vous la voyez la double incohérence ? Mamie est proprio, c’est la trève hivernale… Tout ça. On ne va pas épiloguer car les exemples sont légion. On sent bien que Graffin tuerait père et (grand) mère pour faire rire, le souci étant qu’il n’y parvient pratiquement pas. 

Plus gênant enfin, Encore heureux semble véhiculer un message particulièrement douteux : pour être heureux, il faut être riche. Le dénouement tendra d’ailleurs à le confirmer. La jeune femme campée par Kiberlain, elle, passe pour une épouse vénale, qui se laisse séduire par un homme lui offrant une paire de chaussures hors de prix. En voulant se moquer des riches, Encore heureux se paye surtout la tête des « pauvres ». Se voulant délicieusement amorale, la comédie de Benoit Graffin n’est que foncièrement bête et méchante.

La fiche

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ENCORE HEUREUX
Réalisé par Benoit Graffin
Avec Sandrine Kiberlain, Edouard Baer, Bulle Ogier…
France – Comédie bo-beauf
Sortie en salle : 27 Janvier 2016
Durée : 93 min

 




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