ELECTRIC DREAMS | Dans les rêves de Philip K. Dick

Qui ?

Sans doute l’un des plus grands écrivains du XXe siècle, l’américain Philip K. Dick a inspiré tout un pan du cinéma de science-fiction contemporain, du Blade Runner de Ridley Scott au Minority Report de Steven Spielberg. Son oeuvre, riche et tourmentée, fait aujourd’hui l’objet d’une nouvelle adaptation, Electric Dreams, série anthologique ambitieuse, produite par l’acteur Bryan Cranston.

Composée de 10 épisodes, la série affiche un casting plus qu’alléchant : l’acteur shakespearien Timothy Spall (prix d’interprétation masculine à Cannes en 2014 pour Mr. Turner de Mike Leigh), Steve Buscemi (The Sopranos, Boardwalk Empire), Terrence Middleton (Sense8), Hayley Squires (touchante dans I, Daniel Blake), Géraldine Chaplin (fille de Charlie Chaplin, apparue chez Almodovar et Juan Antonio Bayona), Greg Kinnear (le papa de Little Miss Sunshine), Mireille Enos (The Killing, The Catch), Anna Paquin (True Blood), Terrence Howard (Empire), Richard Madden (Rob Stark dans Game of Thrones), Juno Temple (Killer Joe, Magic Mike, Vinyl) ou bien encore Bryan Cranston (Malcolm, Breaking Bad, Drive, ou prochainement dans Last Flag Flying de Richard Linklater), qui semble donc très investi dans le projet.

Reste qu’au-delà de ces noms solides, celui de Philip K. Dick rayonne de tout l’imaginaire qu’il véhicule, pouvant tantôt nous plonger dans une rêverie hallucinatoire et métaphysique, ou tantôt dans une paranoïa quasi schizophrénique, à l’image des personnages de A Scanner Darkly de Linklater, inspiré d’une nouvelle de l’écrivain.

Relativement pauvre jusqu’à la fin de sa vie, drogué aux amphétamines et en proie à une paranoïa hallucinatoire de plus en plus angoissante, Philip K. Dick a néanmoins su s’imposer comme l’un des grands penseurs post-modernes, à la fois icône pop incontournable des amateurs de science-fiction, et philosophe tourmenté tout juste considéré comme tel en France, notamment après la traduction et la publication de son incroyable Exégèse.

Philip K. Dick proposait lui-même de résumer sa pensée autour de deux questions fondamentales : Qu’est-ce que le réel et qu’est ce qu’un être humain ? 

L’écrivain français Emmanuel Carrère, dans sa biographie romancée de Philip K. Dick intitulée Je suis vivant et vous êtes mort (1993, Seuil), résume ces deux obsessions à une anecdote : « Tout commence avec le souvenir d’un cordon de lampe qui n’existe pas. La plupart des gens se disent « c’est bizarre » et passent outre. Pas Philip K. Dick. Pour lui, c’est le début d’un doute incessant : sommes-nous vraiment réels ? Vivants ou bien morts ? »

Ces questions hantent nombre de chefs d’oeuvres de l’écrivain, tel que Le Maître du Haut Château, angoissante uchronie où l’Allemagne nazie et le Japon auraient gagné la guerre, et se partageraient le territoire américain. La résistance est ainsi menée par le fameux « maître du haut château », auteur du roman de la sauterelle, fiction de propagande qui postule au contraire que ce serait le bloc allié qui aurait gagné la guerre… L’oeuvre a été brillamment adaptée en série par Amazon, et récemment renouvelée pour une troisième saison.

Pour ceux qui seraient encore étrangers à l’oeuvre de l’écrivain, on ne peut que conseiller la lecture  du passionnant Ubik, véritable Chat de Schrödinger littéraire, ou bien encore L’oeil dans le Ciel, qui nous plonge, entre autre, dans la subjectivité d’un retraité intégriste et conservateur, où la foi remplace la technologie et le progrès. Un thème plus qu’actuel…

Quoi ?

La série semble s’inspirer ouvertement du modèle qu’incarne Black Mirror, passionnante série britannique aujourd’hui produite par Netflix, qui n’est d’ailleurs pas si éloignée que cela à l’univers sombre de Philip K. Dick.

La série sera ainsi constituée de 10 épisodes indépendants, qui n’ont en commun que l’univers riche de l’écrivain. Aussi sont-elles chacune plus ou moins inspirées d’une nouvelle de l’auteur, à l’image de Minority Report de Steven Spielberg, ou bien de Total Recall de Paul Verhoeven. La richesse imaginative de l’écrivain n’a pas échappé à Bryan Cranston, qui s’est rapidement positionné comme le moteur du projet.

Quand ?

La série sera diffusée sur Channel 4 aux Etats-Unis et sur la plateforme Amazon dans le reste du monde d’ici la fin de l’année.

Pourquoi ?

Une série anthologique basée sur l’oeuvre de Philip K. Dick est un projet risqué, du fait tout d’abord de la comparaison quasi immédiate avec le succès critique et public de Black Mirror. Néanmoins, la seule ambition d’adapter l’oeuvre de l’auteur de Blade Runner élève le projet au rang de curiosité en proie à d’obscures et passionnante réflexions sur l’être et le paraître, élevant la simple critique politique au rang de réflexion métaphysique et philosophique sur la réalité. Passionnant.




Il y a 2 commentaires

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  1. Hélène Collon
    Bonjour, je suis la traductrice dont il est question dans cet article. Les deux thèmes fondamentaux de l’œuvre de PKD, ce n’est bien sûr pas moi qui les ai définis : c’est lui-même; et de très nombreux commentateurs se sont penchés avant moi sur cette double thématique. Serait-il possible de rectifier / préciser dans votre texte ? Merci. d’avance. Hélène Collon.

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