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DUSTIN GUY DEFA | Entretien

Réunissant des noms a priori sans rapport, comme ceux de Michael Cera et Tavi Gevinson, que les passionnés de mode seront ravis de retrouver dans un film, Manhattan Stories propose de raconter, sur une journée, cinq histoires particulières qui se déroulent à New York, sans nécessairement établir de passerelles entre elles. Un pari risqué, pour un résultat agréable, basé sur un mélange réussi entre tragique et comique. Entretien avec son réalisateur, Dustin Guy Defa.

LBDM : Dans Manhattan Stories, plus qu’ailleurs, New York semble un grand village, malgré la densité de sa population. Y a-t-il des réalisateurs qui vous ont particulièrement inspiré, dans votre approche de la ville, comme d’un personnage à part entière ?

Dustin Guy Defa : Je savais que le script que j’avais écrit pour Manhattan Stories ferait de New York un personnage à part entière. Je voulais éviter tout repère notable, comme les monuments, même s’il y a quelques scènes où on reconnaît le pont de Brooklyn, ainsi que Central Park. New York devait constituer un cadre présent, mais en retrait, dans lequel les personnages sentent une atmosphère particulière, sans nécessairement se dire perpétuellement qu’ils se trouvent à New York. Je voulais montrer une communauté, et pas une masse humaine indistincte. Bien sûr, Woody Allen m’a beaucoup influencé, mais j’ai essayé d’éviter toute référence directe, à lui et à d’autres cinéastes, lorsque j’ai réalisé Manhattan Stories.

Manhattan Stories parle de cinq histoires, sur une journée, peuplées de différents personnages. Pourquoi avoir fait le choix de les entrecroiser, sans nécessairement créer de rencontres fortuites entre eux ?

L’idée de construire un récit avec de multiples histoires, sans qu’il y ait forcément des liens entre les différents personnages me plaisait beaucoup. Après tout, je n’ai jamais vu de film avec un tel parti pris ! C’était en quelque sorte mon défi personnel. New York, la musique étaient mes lignes directrices, le liant entre tous les éléments de la fiction. En réalité, il y a une véritable connexion, entre les protagonistes de « Manhattan Stories »: elle réside dans leur faculté à se lier avec d’autres êtres humains, et leur désir ardent de construire de belles amitiés.

L’un des atouts de Manhattan Stories est la crédibilité de l’arc concernant le personnage de Wendy, une adolescente dont la mélancolie rejaillit dans ses dialogues avec les autres. Comment le choix s’est-il porté sur Tavi Gevinson ?

J’ai connu le nom de Tavi Gevinson avec le blog qui l’a rendu célèbre, jeune, lorsqu’elle parlait de la Mode. Suite à ce blog, elle a créé un site fait par et pour des adolescentes, Rookie. Enfin, j’ai trouvé sa vidéo chez TED géniale. Je me suis dit qu’elle serait parfaite pour le rôle, dans la mesure où, en écrivant le personnage de Wendy, je pensais en premier lieu à elle. Je ne savais pas du tout si elle allait accepter de venir jouer dans Manhattan Stories, et, au final, ça s’est fait tout seul, je m’estime assez chanceux !

Un meurtre, une escroquerie, une fuite de photos de nu sur Internet… Les personnages de Manhattan Stories ne vivent pas forcément une journée de tout repos. Qu’est-ce qui leur permet, à chacun d’entre eux, de conserver une certaine force, face à l’adversité ?

Benny est en quelque sorte le personnage le plus déterminé de Manhattan Stories, car il connait les objectifs qu’il veut atteindre, au court de sa journée : passer du temps avec la nouvelle femme de sa vie, s’amuser, avec ses amis, et bien sûr récupérer un vinyle, en tant que collectionneur. Sa détermination, les autres personnages ne la possèdent pas nécessairement. Ray s’est rendu coupable d’une faute grave, qu’il souhaite réparer, mais la culpabilité le ronge et l’affaiblit. D’un certain point de vue, Wendy est un personnage fort, mais elle perd peu à peu ses amis, à cause de ses opinions ; ils grandissent, et prennent des voies différentes. Claire et Phil sont deux personnes seules, qui se rejoignent sur le manque d’enthousiasme à propos de leur travail. Ils veulent se lier avec quelqu’un, mais, entre eux, cela ne peut pas fonctionner. Enfin, Jimmy, l’horloger, est, dans un certain sens, un autre personnage assez fort, dans la mesure où il a en lui assez de volonté pour repousser le drame dans lequel on cherche à l’insérer sans son consentement. Après tout, sa vie est déjà suffisamment mouvementée.

Justin Guy Defa sur le tournage de Manhattan stories

Certaines histoires, comme celle entre de Benny, ou entre Phil et Claire, gardent une certaine tonalité comique. Pourquoi est-ce moins le cas chez d’autres, comme avec Wendy ?

J’ai voulu adopter différents registres, dans le film, comme si je composais une musique, en me focalisant sur son rythme. J’ai souvent pensé que je ferai strictement un mélodrame, ou une comédie, et au final, je me suis retrouvé avec un mélange des deux. Peut-être que c’est juste mon « truc ».

Entre les journalistes un peu ratés, et l’amoureux éconduit, qui publie des photos de nues de sa compagne sur internet, comment avez-vous nourri votre inspiration dans l’écriture de Manhattan Stories ?

Je dirais que la plupart des personnages reflètent des aspects inhérents à ma personnalité. Aucun d’entre eux n’est strictement autobiographique, mais il m’est arrivé de m’éloigner d’un excellent ami à moi, d’avoir un travail dans lequel je ne me reconnaissais pas, et d’avoir un comportement stupide, par jalousie.

La musique est très présente, dans Manhattan Stories. Est-ce une de vos propres passions ? Y compris pour les vinyles ?

J’adore la musique ! Mais la bande-son de Manhattan Stories correspond surtout aux affinités musicales de Bene Coopersmith. Il est un véritable collectionneur de vinyles, dans la vraie vie, et possède même un magasin, à Brooklyn. Mais oui, la musique et son rythme tiennent une grande place dans ma vie.

Quel est, au fond, le personnage de Manhattan Stories auquel vous vous identifieriez le plus ?

Je dirais que je me sens très proche de Benny et Wendy. L’importance de l’amitié pour Benny, c’est quelque chose qui fait écho en moi. Ainsi que le désir de Wendy de faire des expériences, dans sa vie, comme sa confusion, liée à ses émotions en décalage avec la réalité.

Finalement, le poumon de New York, n’est-ce pas ces anonymes armés des meilleures intentions, pour beaucoup d’entre eux, qui se croisent chaque jour sans se reconnaître ?   

Pour moi, oui, l’une des caractéristiques les plus appréciables de la vie à New York, c’est la gentillesse des gens qui y vivent. Les new-yorkais sont des personnes généreuses, qui s’entraident mutuellement, en cas de besoin. C’est un phénomène que l’on peut voir dans les rues, dans les métros. Bien sûr, les gens se blessent aussi, mais je dirais que les new-yorkais sont dans l’ensemble assez soudés, pour le meilleur et pour le pire.




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