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ZERO IMPUNITY

La fiche

Réalisé par Nicolas Blies, Stéphane Hueber-Blies – Animation, Documentaire – France, Luxembourg – 2019 – 1h35

Le film fait partie d’un projet transmédia global combinant journalisme d’investigation et activisme, visant à mettre fin à l’impunité apparemment totale des violences sexuelles dans les conflits armés actuels en présentant, comme source d’inspiration, des victimes du monde entier qui ont le courage de rompre le silence. Rejoignez le mouvement !

La critique du film

Qu’est-ce qui relie l’Ukraine, la Syrie, la République du Congo, ainsi que Guantanamo ? Dans ces quatre lieux ont été commis des violences atroces, parmi lesquelles des sévices sexuels, allant du viol à la prostitution, en passant par les sévices les plus humiliants, commis par les autorités du pays, violences qui sont demeurées jusqu’à présents impunies.

Zero Impunity est une organisation qui a travaillé avec déjà plusieurs médias (français notamment) afin de porter à la connaissance du public les exactions commises ici et là, sans que la justice, pour l’instant n’ait effectué son travail. Car si les crimes contre l’humanité trouvent un certain écho dans les cours de justice nationales et internationales, il en va autrement des viols perpétrés en masse, encore trop souvent passés sous silence. Zero Impunity, le film, constitue en quelque sorte une étape supplémentaire dans l’interpellation des pouvoirs publics et des citoyens concernant ce que tout le monde semble ne point vouloir observer. Pour qui lit régulièrement la presse, aucune révélation ne sera dévoilée durant ce documentaire d’un genre un peu particulier, qui mêle animation pédagogique, dans une pudeur délicate mais équilibrée quant à son sujet difficile, et monologues de journalistes d’investigation projetés sur des murs, qui apportent des renseignements supplémentaires aux histoires narrées par des protagonistes que la vie a malmené.

Par le choix des cas traités, on peut affirmer que Zero Impunity n’épargne personne. Que le pouvoir en place soit jugé de l’extérieur démocratique ou non, la démarche est étrangement similaire dans tous les cas : un mélange de cécité volontaire et de poussière cachée sous le tapis font que ces crimes passent trop souvent inaperçus, alors même que la presse ou les chaînes de télévision s’en font l’écho. Pourquoi un tel déni ? Outre les tentatives de protection envers ceux qui sont censés représenter l’ordre en question, quelques journalistes esquissent des réponses structurelles : la misogynie, la femme frappée du sceau de l’infamie, l’humiliation de l’homme par l’homme sont autant d’explications plausibles à cette arme de guerre qu’est le viol. Une arme que certains ne semblent pas prêts à ne plus employer, tant elle est jugée par les plus efficaces, pour le grand malheur des populations qui en sont les premières victimes.

C’est cette impuissance qui se dégage dans l’ensemble de Zero Impunity. Sidéré, le spectateur ne peut que constater son incapacité à agir face à des enjeux qui le dépassent, des enjeux dont il peut cependant saisir l’ignominie. Les deux heures se déroulent dans un long chemin de croix où les séquences s’enchaînent jusqu’à un final où l’acmé des sévices vécus par les victimes jaillit du fond de la gorge, dans un moment à la fois court et intense, dont la puissance a vocation à rendre ce documentaire inoubliable. Et c’est réussi.



La bande-annonce

Festival d’Annecy 2019