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YOUTH

Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble. Mais contrairement à eux, personne ne semble se soucier du temps qui passe… 

Pot pourri.

L’imposture Sorrentino continue. Six fois sélectionné en compétition officielle (pour une seule récompense, le prix du jury décerné à Il Divo en 2008), le réalisateur italien a, cette année encore, remis le couvert avec Youth, fausse comédie philosophique sur le temps qui passe se muant en vrai film testamentaire avant l’heure.

Il ne s’agit plus, à présent, de s’interroger sur le talent de ce cinéaste ô combien clivant – il possède de toute évidence un véritable sens de l’image – mais bel et bien de se demander au profit de quels nauséabonds desseins il s’attelle désormais à cette tâche. Nouvel appel du pied à destination des festivals et autres Académies de récompenses, Youth porte en lui les stigmates d’un metteur en scène ayant fait de la vulgarité son principal cheval de bataille.

Après l’abjection (This Must Be The Place) et la grandiloquence (La Grande Bellezza), Paolo Sorrentino confirme sa tendance à la surenchère mélodramatique dans une suffisance permanente venant gâcher ses plus belles idées. Renouant avec une écriture grippée par un indigeste et dégoulinant vernis, le film se permet d’enchaîner running-gags effroyables (tout, nous saurons tout sur la prostate des héros), insupportables aphorismes sur la vie et risibles incursions poétiques (l’affolant concerto de cloches).

Point de finesse ou de délicatesse dans ce marasme. Devenu roi parmi les princes du mauvais goût, Paolo Sorrentino prend un malin plaisir à crayonner d’imperfections le dessin exemplaire qu’il lui serait possible de livrer. D’une irritante condescendance, il surligne dix fois de suite au Stabilo fluo les moindres séquences-clés de son long-métrage en assénant ses directives à un spectateur pris au piège (la dernière scène ressemble d’ailleurs à une torture psychologique dictant à grands coups d’alarmes l’émotion qu’il convient de ressentir).

Avec un premier degré qui laisse pantois, le réalisateur italien crie son désir de Palme d’or, son envie de réussir le melting-pot ultime où se confondent dérision, réflexion existentielle et tragédie. Le résultat final, un objet creux et toc, n’est pourtant qu’un énième faux-pas l’enfonçant un peu plus dans les catacombes d’un long spot pour les assurances-retraites au lieu de le rapprocher de son illustre modèle, Federico Fellini.

Publié initialement le 21 mai 2015




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Thomas
Thomas
5 années il y a

Hahaha, merci pour ce grand moment de rire. Changez de métier.

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