featured_white-snake

WHITE SNAKE

La fiche

Réalisé par Amp Wong, Ji Zhao – Avec Zhe Zhang – Animation, Fantastique, Romance – Chine – 2019 – 1h38

Une jeune femme nommée Blanca a été sauvée par un chasseur de serpents, Xuan. Mais elle a perdu la mémoire et elle est loin d’être hors de danger. Ensemble, ils partent à la recherche d’indices sur son identité. Tout au long du chemin, ils font face à de dangereux obstacles et développent progressivement des sentiments l’un pour l’autre. Alors qu’ils sont tout près de découvrir qui elle est vraiment, une catastrophe se profile.


La critique du film

Peu connue de nous autres occidentaux, la légende chinoise du serpent blanc appartient au panthéon du folklore de l’Empire du milieu. Dans cette histoire, souvent racontée dans les livres, à l’opéra et au cinéma, un serpent blanc est sauvée par un homme, et promet de lui rendre la pareille dans une autre vie. Ce serpent blanc rencontre au cours de ses pérégrinations un compagnon, vert, avec lequel ils méditent durant mille ans, pour prendre ensuite la forme de deux femmes et retrouver le bienfaiteur du premier. Les histoires divergent ensuite selon les interprétations, se terminant souvent mal, et parfois bien.

C’est cette dernière orientation que l’on devine dès les premières minutes de White Snake, la dernière version en date de cette légende chinoise. Modernisme oblige, Amp Wong, dont c’est le premier film d’animation en tant que réalisateur, propose une interprétation remplie de scènes d’action, d’émotions, de gentils au grand cœur et de méchants impassibles qui s’affrontent pour faire triompher leurs idéaux. Le tout prend l’allure d’un blockbuster foisonnant de couleurs et de moyens déployés dans une direction artistique à l’esthétique enchanteresse pour l’œil, qui diffère des films du genre américains par plusieurs aspects notables, comme le chara design, étonnamment moins uniformisé, ainsi que la gestion plus souple de la question du sexe ; White Snake n’a aucun mal à suggérer l’arrivée d’un rapport charnel entre ses protagonistes, ce qui pourrait surprendre le spectateur occidental, habitué aux Disney qui traitent la question de manière douceâtre.

Réincarnation(s)

Malgré cette allure de rouleau compresseur de l’animation, qui lui a permis de se situer en haut du top des sorties en salles en Chine au bout de sa quatrième semaine d’exploitation, White Snake ne fait aucune concession pour plaire instantanément à un public occidental. La narration conserve l’idée parfois déroutante pour les situer dans leur contexte des réincarnations dans d’autres vies, tandis que le folklore qui s’y déploie reste profondément ancré dans la tradition culturelle chinoise, avec ses femmes serpent, ses femmes renards, ses sbires aux allures de bouddhas malfaisants, la puissance des pierres précieuses telles la jade.

Une différence notable, mais bienvenue, avec la rhétorique habituelle qui fait de la femme un objet pêcheur ou de tentation en Occident se niche dans le traitement dont bénéficient les personnages principaux féminins. Non seulement ils sont en première ligne des combats, déployant toute leur puissance accumulée, mais ils sont aussi forts, complexes, et finalement loin de ce qu’on pouvait craindre d’une histoire qui parle d’une femme serpent par lequel un jeune homme innocent se serait laissé tenter.

Sorti dans les salles de cinéma en Chine en janvier 2019, White Snake n’a pour l’instant bénéficié d’aucune sortie en France. Espérons que son passage par Annecy, et éventuellement l’obtention d’un prix saluant son propos, lui permettront de débarquer dans l’Hexagone.



Festival d’Annecy 2019