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VERS LA LUMIÈRE

Émouvant

Misako passe son temps à décrire les objets, les sentiments et le monde qui l’entoure. Son métier d’audiodescripteur de films, c’est toute sa vie. Lors d’une projection, elle rencontre Masaya, un photographe au caractère affirmé dont la vue se détériore irrémédiablement. Naissent alors des sentiments forts entre un homme qui perd la lumière et une femme qui la poursuit.

« Je suis aveugle ! Je ne peux pas savoir qui m’appelle »

(Kwaidan, Lafcadio Hearn)

Partout, sur les panneaux d’affichage du métro parisien s’étalent les affiches du nouveau film de Naomi Kawase, Vers la lumière, dans une imagerie trompeuse, dont les codes peu subtils semblent vanter à l’envi une histoire d’amour, avec ses visages cachés par un soleil diurne. Dans cette fiction, traitant à la fois de l’ego, du choix de vivre, et du handicap, l’amour tient finalement une place mince, sur une heure quarante de long-métrage.

Misako Ozaki, audiodescriptrice, travaille main dans la main avec des handicapés malvoyants et aveugles, afin de permettre l’accessibilité d’un film à des individus qui, en temps normal, n’auraient pu que s’en passer. Dans ce groupe, où l’empathie et l’écoute sont bienveillantes, un photographe, Masaya Nakamori, émerge de l’ensemble, par le truchement de sa souffrance. Visible, sur son visage crispé, elle jaillit, telles des flèches décochées à l’adresse de la seule personne qui voit parfaitement parmi eux, comme un défi à la marche inéluctable de sa maladie. Comment, malgré toute sa sympathie, Misako peut-elle comprendre ce que signifie le noir, le flou ? Bien évidemment, c’est impossible. Mais ce hiatus ne rend pas caduque toute relation intime entre deux êtres.

Vers la lumière est intéressant dans son étude du vide humain, en renvoyant dos à dos des attachements matérialistes différents. Misako, solitaire, débordant d’imagination, passe son temps à décrire les objets qui l’entourent. Ce lien intime au détail, prolifique, dans le remplissage de son quotidien, se transforme en encombrement dans son métier. Pour apprendre à respirer, et laisser l’autre façonner son propre monde, elle devra progressivement assainir le flot de ses mots. Face à elle, Masaya est confronté à l’une des épreuves les plus douloureuses que puisse affronter un homme, l’incapacité physique d’exercer son art. Photographe, son regard ne saisit plus rien. Seuls les rayons lumineux atteignent sa rétine, avant que le néant ne survienne, irrémédiablement. Dans sa nostalgie d’un passé définitivement révolu, Masaya refuse de se séparer de son « coeur », de son appareil photo. Ce repli psychologique le mènera à une épreuve ardue : l’acceptation de sa condition, et dans son prolongement naturel, à pouvoir compter sur autrui.

Ce qu’il y a de fascinant, chez Naomi Kawase, c’est cette attache minutieuse et probe à décrire des personnages authentiques, bien plus que chez d’autres cinéastes. On peut ne pas être embarqué par ses scénarios, ou ses acteurs, mais ses contes possèdent cette caractéristique, de plus en plus rare dans le cinéma, de donner l’illusion du réel. À chacun de ses films se profilent des destins assez modestes, que l’on retrouve chez un ami, ou un voisin. La principale force de Vers la lumière est de trouver une certaine mesure, en parlant du handicap, dans l’évitement de tout propos apitoyant ou fuyant la gravité. Par extension, c’est cette parole libre donnée aux malvoyants, qui au passage supplante tout propos glissant dans la mièvrerie romantique, qui doit être soulignée, dans son développement autour des émotions, notamment au cinéma. Là se trouve cependant l’unique bémol de Vers la lumière, où la caméra se concentre parfois trop sur les visages contrits, en forçant le trait sans que cela ne soit nécessaire.

Plus qu’un énième film sentimental, Naomi Kawase propose une réflexion sur les accidents de la vie qui s’imposent implacablement, jusqu’à mener au bord de la rupture, et nous indique en guise de clôture un message fabuleux : tenter de vivre autrement, ce n’est pas renoncer.

La fiche

VERS LA LUMIÈRE
Réalisé par Naomi Kawase
Avec Masatoshi Nagase, Ayame Misaki, Tatsuya Fuji
Japon – Drame, romance
Sortie : 10 janvier 2018
Durée : 
101 min




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