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VAURIEN

Djé débarque à Paris sans un sou, avec pour seule arme son charme. Il saisit chaque opportunité pour travailler, aimer, dormir. Et tuer.

Critique du film

Son premier film, Peter Dourountzis l’a en tête depuis de très nombreuses années. Son personnage principal était déjà celui d’un de ses courts-métrages, Errance, sorti en 2014. Inspiré par le tueur Guy Georges, Djé est un homme ambivalent, au premier abord charmant mais qui cache en fait un monstre. Il déambule dans les rues, y dort parfois, ou passe la nuit chez un ami, élit domicile dans un squat, trompe son ennui avec des petits boulots, use de ses charmes, et cède régulièrement à ses démons en traquant une femme pour la violer et la tuer.

Il y a plus de 15 ans, ayant déjà son film en tête, Peter Dourountzis part enquêter au Samu social de Paris et finit par rester y travailler et puiser de quoi faire de Vaurien un film parfaitement imprégné de l’univers de la rue et des squats. Le réalisateur se tourne vers une mise en scène assez réaliste, où la photographie est dominée par les lumières froides des jours gris ou par le jaune des éclairages de rue. Il laisse une belle part d’improvisation à ses acteurs, et ne choisit pas de tourner à Limoges par hasard, trouvant dans ses rues piétonnes désertées la nuit le cadre parfait pour son film. Il pose aussi sa caméra dans un véritable squat d’artistes, le Cercle de l’Union et Turgot, immeuble du XVIIIe classé aux monuments historiques, dont la beauté tombe petit à petit en ruine. Ce lieu à la fois magnifique, éclectique et troublant apparaît comme un écho au personnage de Djé.

Peur de l’inconnu

Pas seulement prétexte à livrer un film quasi documentaire sur le milieu de la rue, le personnage de Djé et sa dualité difficile à appréhender imposent à Vaurien son climat anxiogène. Dès la première scène, le malaise est palpable. Pourtant, au départ, difficile d’expliquer cette angoisse. Ne serait-ce finalement pas la même peur que celle de tous les personnages qui croise la route de Djé, la peur de l’inconnu, d’un monde auquel on se sent étranger ? Pierre Deladonchamps, toujours aussi brillant, joue admirablement de cette ambiguïté, avec son regard aussi beau qu’inquiétant. Petit à petit le scénario dénoue le mystère, multipliant les scènes dérangeantes et révélant une vérité glaçante. Et c’est là qu’apparaît Maya (Ophélie Bau, qui prend ici son envol après sa révélation chez Kechiche), lumineuse mais parfaitement réfléchie. Elle est le contrepoids à la monstruosité de Djé, et pourrait bien être celle qui pourrait le sauver. Mais veut-il vraiment être sauvé ?

Avec Vaurien, Peter Dourountzis livre un film qui ne laisse pas indifférent et dont on sent qu’il maîtrise parfaitement le sujet. Un premier geste cinématographique suffisamment prometteur pour qu’on soit au rendez-vous de son prochain long-métrage.


13 janvier 2021 – De Peter Dourountzis, avec Ophélie Bau, Pierre Deladonchamps, Sébastien Houbani.