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UNE VIE CACHÉE

La fiche

Réalisé par Terrence Malick Avec August Diehl, Valérie Pachner…
Etats-Unis Drame, romance – Sortie : 11 décembre 2019 – Durée : 173mn

Synopsis : Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre.

La critique du film

Si Terrence Malick fut une étoile filante dans les années 1970 avec ses deux premiers films, Badlands et Les moissons du ciel, il est devenu un stakhanoviste des plateaux depuis sa palme d’or remportée en 2011 pour The tree of life. Le réalisateur américain a réalisé pas moins de six long-métrages dans cet espace de huit années. Autant dire que parler de retour de Terrence Malick est une formule pour le moins absurde. Néanmoins, son Une vie cachée, présenté en compétition officielle à Cannes, est son premier film véritablement narratif depuis Le nouveau monde en 2005. Il faut cependant là aussi nuancer ce propos : si ce nouveau film présente une linéarité plus affirmée, ainsi que des scènes de dialogues classiques, le style du « nouveau » Malick post-Tree of life, est toujours très présent. L’omniprésence de la voix-off, les ellipses poétiques, ainsi que d’autres éléments philosophiques rattachent clairement le film aux précédentes sorties de l’auteur américain.

Grandeur et héroïsme

Ce nouveau projet avait pour ambition de raconter l’histoire d’un refus de prêter serment à Adolf Hitler par un fermier autrichien. Franz Jägerstatter, personnage ayant réellement existé, a en effet été condamné à la peine capitale pour trahison envers le troisième Reich, dont il refusait d’incorporer l’armée de quelque façon que ce soit. Cet acte d’insoumission, discret, presque oublié, est de ceux qui, s’ils passent inaperçus, font la grandeur et l’héroïsme des belles histoires. Hannah Arendt a théorisé la banalité du mal dans Totalitarisme, dans Une vie cachée, Terrence Malick raconte l’oubli de ces combattants du bien, incarcérés, jugés et sacrifiés pour leurs convictions.

Autant dire que le sujet était magnifique, rare sur grand écran, et qu’il méritait un aussi beau regard que celui de Terrence Malick. Visuellement, il rend en effet grâce à cette histoire, dans son style inimitable, multipliant les angles de caméra audacieux, les mouvements et l’accélération sur la nature qui sont sa marque de fabrique.

Ceci étant dit, malheureusement, l’émotion est rarement au rendez-vous, et ce pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la distance qui s’opère entre les protagonistes et le spectateur. Là où une Céline Sciamma filme ses actrices au plus près, dans leur chair, dans ce qu’elles ont de plus intime, ici on semble toujours à grande distance, comme si Malick n’osait pas se rapprocher. Il nous prive de ce lien avec le magnifique personnage joué par August Diehl, acteur généreux et doué qui, d’une certaine façon, ne nous est jamais véritablement présenté. À force de le regarder d’en haut, à cause de choix de mise en scène, on finit par ne plus rien ressentir, trop détaché de ce qui lui arrive. Tous les éléments pour assister à un spectacle bouleversant sont réunis, et pourtant on reste comme à la porte du drame, interdits d’entrer, condamnés au beau plutôt qu’au sensible.

Regarder les acteurs

On pouvait reprocher à Malick de ne plus s’intéresser à ses acteurs, que d’une certaine façon il n’y avait plus personne devant sa caméra, reproche qui s’était en partie estompé avec Knight of cups, splendeur noire sur la dépression. On retrouve quelque peu ce problème, comme s’il ne savait plus vraiment regarder ses acteurs, lui qui avait pourtant magnifier le visage balafré et juvénile de Linda Manz dans Les moissons du ciel. Autre point dérangeant, ce choix de faire parler ses acteurs en anglais dans l’intimité des scènes de dialogues, et en allemand dès que la caméra s’éloigne un peu. Le sens de cette démarche semble s’être perdu entre une plongée et un plan aérien.

Ni raté ni réussi, Une vie cachée est un film qui provoquera des réactions radicalement opposées, ce qui d’une certaine façon prouve que la vitalité du cinéma « malickien » demeure malgré tous les désaccords.



En compétition au festival de Cannes 2019