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THE ROVER

8
Très bon

Dix ans après l’effondrement de l’économie occidentale, les mines australiennes sont encore en activité, et cette industrie attire les hommes les plus désespérés et les plus dangereux. Là-bas, dans une société moribonde où survivre est un combat de chaque jour, plus aucune loi n’existe. Eric a tout laissé derrière lui. Ce n’est plus qu’un vagabond, un homme froid rempli de colère. Lorsqu’il se fait voler la seule chose qu’il possédait encore, sa voiture, par un gang, il se lance à leur poursuite. Son unique chance de les retrouver est Rey, un des membres de la bande, abandonné par les siens après avoir été blessé. Contraints et forcés, les deux hommes vont faire équipe pour un périple dont ils n’imaginent pas l’issue…

La route

Après Animal Kingdom, David Michôd enchaîne avec The Rover, son second long-métrage qu’il a présenté récemment à Cannes hors-compétition. Baignant dans un univers sombre et violent, ce western post-apocalyptique transporte le spectateur dans une Australie terrassée par l’effondrement du système occidental. Il découvre immédiatement Eric, homme mutique et solitaire qui va bientôt se faire voler son véhicule par une bande de voyous – ce qu’il n’acceptera définitivement pas, sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi.  

Dissipant ses infimes indices sur l’histoire de son personnage, The Rover nous permet de reconstruire progressivement quelques contours du destin de celui-ci et de ce qui a causé « la Chute », sans que le besoin d’en savoir plus ne se fasse ressentir. Intelligemment construite, l’intrigue est pourtant assez minime. Pour récupérer son bien, Eric va faire équipe avec Rey (le frère d’un des malfaiteurs, laissé pour mort par ce dernier) qui le conduira à l’autre bout du pays pour obtenir réparation. Sur leur chemin, ces derniers feront des rencontres en tous genres, l’occasion de constater combien la survie dans ce monde passe par un pragmatisme et une indifférence à toute épreuve. Il n’y a plus vraiment de justice : les quelques chars ou soldats sillonnant le pays ne semblent le faire que pour maintenir l’illusion d’une d’autorité. Ne subsistent alors que la désolation et l’anarchie. Un royaume où l’animalité et la cruauté ont pris le dessus sur l’humain.

S’appuyant sur une photographie sublime de Nastasha Braier et un mixage sonore particulièrement soigné, David Michôd dirige son film d’une main de maitre et nous immerge dans son neo-western australien à l’ambiance singulière avec une force redoutable. Sa mise en scène est implacable, tendue et suspendue. Le rythme est, lui, plutôt lent mais jamais ennuyeux. Michôd filme la froideur et la férocité de son monde, avec une gestion irréprochable de la tension. Il rappelle parfois la première heure éblouissante de No Country for Old Men. Il y a, effectivement, comme un peu de Cormac McCarthy dans The Rover

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À l’écran, Guy Pearce est hypnotisant de charisme. Mâchoire serrée et regard presque éteint, il campe ce loup solitaire avec beaucoup de justesse et de retenue. Impassible et impitoyable, il tombe sur un Robert Pattinson mal en point, qu’il remettra sur pied – dans un but initial purement égoïste. Le jeune comédien confirme (après ses détours chez Cronenberg) qu’il est capable de beaucoup mieux que les récentes productions dans lesquelles il a débuté. Tous deux déambulent dans des cadres désertiques ou poussiéreux constitués de bars abandonnés, de motels miteux et de quartiers désoeuvrés. Michôd compose ainsi quelques superbes tableaux de désolation rappelant les oeuvres tragiques du peintre Géricault. L’esthétique du film est fascinante de beauté, avec ses paysages arides et son atmosphère pesante rappelant parfois quelques fictions télévisées comme Breaking Bad ou True Detective. Son anti-héros, d’ailleurs, semble n’avoir plus rien à perdre dans sa quête, avant que les ultimes instants ne lèvent un dernier voile sur celui-ci, faisant alors écho à la situation initiale de l’oeuvre. 

Porté par un Guy Pearce emblématique, The Rover est un polar sec, racé et crépusculaire qui nous laisse le coeur serré, au bord de la route. Reparti de la Croisette sans avoir pu concourir à une Palme pour laquelle il aurait pu aisément prétendre, il s’affirme comme le meilleur film de ce premier semestre, haut la main.

La fiche
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THE ROVER
Réalisé par David Michôd
Avec Guy Pearce, Robert Pattinson
Australie, Etats-Unis – Drame, Western
4 Juin 2014
Durée : 102 min




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A.
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A.
Eh ben… Ca donne rudement envie.
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