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THE CHESS OF THE WIND

Iran, sous la dynastie Kadjar. Alors que la maîtresse d’une noble maison décède, un conflit éclate entre ses successeurs pour son héritage.

Cannes Classics : un grand film iranien ressuscité

Il n’y a pas que les avant-première labellisées Cannes dont profite cette année le Festival Lumière. La section Cannes Classics est également au programme, l’occasion de découvrir dans des copies restaurées, raretés et classiques. The Chess of the Wind (Shatranj-e Baad), film iranien de Mohammad Reza Aslani, fait à la fois figure de rareté et de miraculé.

L’histoire est conté par sa fille, Gita Aslani Shahrestani, venue présenter cette séance extraordinaire.  Le film date de 1976 et n’a été projeté que trois fois. Deux fois au festival de Téhéran 1976, dont une projection sabotée (le film heurtait le régime en place) et une autre devant une salle quasi vide. Le film a été retiré de la programmation par le jury et les bobines confisquées. Longtemps considéré perdu, le film a été retrouvé par hasard par la fille du réalisateur chez un brocanteur. Mohammad Reza Aslani a pu retrouver son bien et grâce aux talents conjugués de la Film Foundation de Martin Scorsese et de la Cineteca de Bologne, superviser sa restauration. C’est à Bologne qu’a eu lieu la troisième projection, première mondiale de sa vie nouvelle avant Lyon cette semaine.

Critique du film

Dans l’opulence d’une grande maison bourgeoise, dont les décors sont inspirés des miniatures persanes (superbe direction artistique), une héritière paraplégique doit faire face aux convoitises de trois hommes, son beau-père et ses deux neveux. Elle ne peut compter que sur le seul soutien de sa servante. Aslani orchestre un petit jeu de massacre au sein d’une bourgeoisie exsangue (l’action se passe au début du XXe siècle mais le film est sorti trois ans avant la révolution de 1979). Les scènes d’intérieur, éclairées à la bougie, confèrent aux visages un teint de cire, à la fois magnifique et lugubre. S’appuyant sur les éléments architecturaux de la maison, la mise en scène installe des jeux de circulation comme autant de prises d’influence. Dans le grand escalier du hall d’entrée les positions préférentielles vont et viennent au gré des dominations. Plus dure sera la chute. 

A l’immobilité de l’héritière, clouée dans un fauteuil en rotin qui rappelle étrangement celui d’Emmanuelle (le film de Just Jaeckin est sorti en 1974), répondent les virevoltes de la servante. Parmi les très belles scènes du film, une évocation de relation lesbienne entre les deux femmes confirme le sous texte érotique jugulé par une atmosphère claustrophobique. Le récit est rythmé et aéré à quatre reprises par le chœur des lavandières, un plan fixe d’une composition picturale étourdissante, dans lequel un groupe de femmes commente l’action. La tragédie prend alors des airs opératiques. 

La violence éclate lors de deux séquences d’une force inouïe. La musique traduit la tension en introduisant des hurlements de loups ou de hyènes scandés par une lourde rythmique. Elle vient surdramatiser les dérèglements qui  sourdaient et atteindre le spectateur jusque dans son échine.   

Film de pure mise en scène, The Chess of The Wind mérite amplement la seconde vie à laquelle sa splendide restauration le prépare*.

 

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