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THE ASSISTANT

Jane, une jeune diplômée qui rêve de devenir productrice, vient d’être engagée comme assistante d’un puissant dirigeant, nabab du divertissement. Sa journée type ressemble à celle de toutes les autres assistantes : faire du café, remettre du papier dans le photocopieur, commander à déjeuner, organiser des voyages, prendre les messages. Mais au fil de cette journée, Jane se rend progressivement compte des abus insidieux qui découlent de tous les aspects de sa position et qu’elle n’avait pas anticipés…

Critique du film

Pour son premier long-métrage, Kitty Green s’immisce dans le quotidien d’une toute jeune assistante d’un puissant producteur avec The Assistant. Emprisonnée dans un quotidien aliénant, Jane, Julia Garner qu’on retrouvait dans Ozark, est une héroïne de l’ombre qui endosse l’expérience universelle de son métier.

À travers son format assez court, The Assistant raconte une seule journée dans la vie de son assistante. Avec une mise en scène millimétré, Kitty Green filme avec sobriété l’immense solitude de son personnage qui n’existe qu’au travers de la métonymie, dans laquelle les objets agissent comme un prolongement défiguré d’elle-même. Le téléphone sonne, les mails s’enchaînent et les feuilles de papiers se coincent dans la photocopieuse. Le film répète à l’infini des actions vides de sens et déforme le temps jusqu’à perdre tout repère temporel, inversant la nuit et le jour. 

Le silence est d’or

Jane porte sur ses épaules tout le poids de son entreprise, croulant sous les responsabilités et la fatigue qui creuse son visage. Silencieuse et solitaire, Jane évolue dans un monde profondément masculin, entourée par des visages masculins qui ne la considèrent pas. Jamais nommée, Jane n’est qu’un pion que l’on appelle en jetant des boulettes de papiers au visage.

The Assistant capte avec pudeur la lente déshumanisation du quotidien d’assistante qui éclate à travers tous les non-dits. Les regards et les larmes discrètes de son héroïne laissent peu à peu entrevoir les rouages d’une industrie confortablement installée dans un patriarcat toxique, où l’on achète le silence par la terreur. Derrière les portes verrouillées rôde le spectre de Weinstein, forcément, mais surtout de toutes les agressions et abus volontairement passées sous silence.

Loin de l’indécence d’un film comme Scandale, Kitty Green filme avec une pudeur nécessaire l’aliénation du métier d’assistante ainsi que les tabous d’une industrie engoncée dans un système patriarcal, dans un premier long-métrage glaçant et particulièrement documenté. 


Bande-annonce

Présenté en compétition au Festival du cinéma américain de Deauville 2020