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SYBIL

La fiche

Réalisé par Justine Triet  – Avec Virginie Efira, Adèle Exarchopoulos, Gaspard Ulliel…
France – Comédie dramatique – Sortie : 24 mai 2019 – Durée : 100 mn

Synopsis : Sibyl est une romancière reconvertie en psychanalyste. Rattrapée par le désir d’écrire, elle décide de quitter la plupart de ses patients. Alors qu’elle cherche l’inspiration, Margot, une jeune actrice en détresse, la supplie de la recevoir. En plein tournage, elle est enceinte de l’acteur principal… qui est en couple avec la réalisatrice du film. Tandis qu’elle lui expose son dilemme passionnel, Sibyl, fascinée, l’enregistre secrètement. La parole de sa patiente nourrit son roman et la replonge dans le tourbillon de son passé. Quand Margot implore Sibyl de la rejoindre à Stromboli pour la fin du tournage, tout s’accélère à une allure vertigineuse…

La critique du film

Grande promesse de cette édition 2019, le Festival de Cannes s’est engagé à une parité (relative tout de même) au sein de sa sélection officielle. Parmi les grands noms en compétition se trouve celui de la réalisatrice Justine Triet, qui intègre, trois ans après Victoria, la course effrénée à la Palme D’Or avec Sybil. Accompagnée par un casting français des plus alléchants, Justine Triet retrouve Virginie Efira, et s’entoure d’Adèle Exarchopoulos et de Gaspard Ulliel, pour un trio amoureux volcanique.

Piège du temps

En pleine séance de mansplaining – situation où un homme explique à une femme quelque chose qu’elle sait déjà – dans un restaurant sushi, Sybil impose sa volonté de renouer avec l’écriture. La multiplicité des chemins d’assiettes qui défilent autour d’elle suggère un rouage complexe qui la prend au piège : la malédiction est lancée dès les premiers instants. Sybil est condamnée dans un engrenage mental, perdue entre différentes strates temporelles, où le passé hante le futur et où le futur hante le présent. Le film nous plonge dans la tête de Sybil, et navigue dans les eaux troubles du temps.

C’est sa rencontre avec l’actrice Margot qui la fera basculer : la patiente devient alors le miroir déformant de Sybil. Sa passion dévorante avec Igor évoque les réminiscences d’un passé disparu. Sybil vit à travers les maux de Margot, jusqu’à les enregistrer et briser le code de déontologie : elle les manipule et se les réapproprie à travers les mots.

Adèle Exarchopoulos dans SYBIL

Masculinité toxique

La descente aux enfers s’accélère pour Sybil, lorsqu’elle rejoint Margot sur le tournage de son film à Stromboli. Le volcan surplombe l’île, au loin, métaphore d’un désir sur le point d’imploser. Du sexe dans Sybil, il y en a : les scènes sont crues, mais passionnelles. Un désir qui relève de la pulsion, quasi-animal, et dont l’intensité ne semble jamais pouvoir être retrouvée. Le tournage du film provoque alors une étrange mise en abîme, lors d’une scène de baiser, dans laquelle Sybil se projette mentalement. Justine Triet file la métaphore de la création comme une pulsion ardente, palpable et dangereuse qu’il faut savoir manipuler avec précaution.

Si Justine Triet dresse un portrait de femme, les hommes tiennent une place essentielle. Ils sont toxiques, au sens littéral du terme. Ils inspirent un désir vénéneux et empoisonnent celles qui y succombent. Igor est une ordure, au comportement détestable qui profite de la fragilité de Margot. Sybil est tourmentée par une relation passée qu’elle ne peut plus fuir, condamnée à la revivre éternellement à travers les yeux de sa fille.

Naviguant entre humour et gravité, entre passé et présent, Justine Triet manie avec habileté la complexité de son scénario. Il en ressort un film redoutablement efficace, dans les tréfonds du désir, emmené par un formidable trio d’acteurs dont l’alchimie est étincelante.



La bande-annonce

Au cinéma le 24 mai