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STAR WARS : LE RÉVEIL DE LA FORCE

Dans une galaxie lointaine, très lointaine, un nouvel épisode de la saga « Star Wars », 30 ans après les événements du « Retour du Jedi ».

Critique du film

Analyser le phénomène Star Wars est devenu une gageure aux allures insurmontables. Plus qu’un film, la franchise est un monstre marketing gargantuesque, omniprésent, irritant au moins autant qu’elle excite un panel de fans dévoués. Est-il seulement possible d’exercer un regard critique apaisé sur le nouveau film de JJ Abrams, Le Réveil de la Force ?

Au-delà de cette invasion publicitaire, il faut considérer le clivage générationnel de taille qui sépare les différents publics ciblés. La trilogie réalisée par George Lucas entre 1999 et 2003 avait pu embarquer une nouvelle tranche d’âge en situant son intrigue dans le passé de l’univers fictif de cette galaxie très lointaine, pêchant plus par son obsession de la surenchère d’effets spéciaux et de la réécriture permanente des détails qui avaient fait tout le charme de la « trilogie fondatrice ». Ce nouvel épisode, le septième, s’attaque frontalement au mythe, au casting et aux personnages laissés en suspens au milieu des années 1980, s’exposant au risque d’un exercice balourd de ce qu’on appelle le « fan service », une tape dans le dos de l’aficionado ayant grandi aux cotés de Luke Skywalker et sa bande d’amis.

Cette inquiétude est amplifiée par le choix de J. J. Abrams comme tête pensante de cette nouvelle trilogie, après avoir été le fer de lance du renouveau de la franchise Star Trek. Sa recette est un mélange de retour aux sources, reprises et synthèses d’un ou plusieurs des films qui ont fait le succès critique et public, dynamisés par quelques nouveaux ingrédients et un sens de la mise en scène plus personnel. Ce mode opératoire est parfaitement respecté dans Le Réveil de la Force : tout le film est un condensé des temps forts de la trilogie fondatrice, transposés à une génération d’écart. La structure même du film renforce la fragilité artistique du projet : l’extrême codification de cet univers science-fictif laisse peu de marge au co-créateur de Lost, qui doit égrener les figures imposées de ce premier film cadenassé et piégeur. Le défi était également de taille pour ne pas mettre trop à distance les nouveaux spectateurs non nourris dès l’enfance aux aventures d’Han Solo et de la famille Skywalker.

Airs de famille

L’une des forces du film est justement le resserrement de son intrigue autour de la structure familiale, thématique qui s’était révélée à partir de l’Empire contre-attaque (1980), accentuant la dimension de tragédie grecque de la saga. Le Réveil de la Force réactive cette problématique et la prolonge avec beaucoup d’intelligence. La transmission générationnelle en est une prolongation naturelle, lien méta entre le vieillissement des personnages à l’écran et celui opéré au sein même des spectateurs, la passion pour Star wars et son univers étant bien souvent là aussi une histoire de famille. Au-delà de la simple révérence pour un public acquis à ce spectacle spatial, une autre réussite patente de J. J. Abrams est la création de nouveaux personnages passionnants, renouvelants et validant le passage de témoin générationnel déjà évoqué.

En effet, la jeune Daisy Ridley, une braconnière de dépouilles de vaisseaux échoués sur sa planète désertique, est une véritable révélation qui apporte beaucoup d’énergie et de fraîcheur au film qu’elle porte presque sur ses épaules pourtant novices sur grand écran. L’évolution de son personnage, nommé Rey, est l’illustration du déroulement narratif et du découpage d’Abrams. Il est aussi un véhicule parfait pour une première séquence qui fonctionne comme un pic émotionnel et fonctionne comme une révélation pour Rey qui se dévoile pour la première fois, en plein action. Le réveil du titre est donc tout d’abord le sien, l’épanouissement d’une jeune femme qui apporte une connotation féministe subtile, dressant un portrait de femme imposant qui manquait à un univers très masculin. Chaque montée d’adrénaline, à peu de choses près, passe par Rey, truchement du spectateur jusque dans les questionnements sur le devenir des anciens personnages de la saga.

John Boyega et Adam Driver, eux aussi nouveaux venus dans l’aventure, sont également des choix payants dans leurs rôles respectifs, même si plusieurs tons en dessous de Daisy Ridley, véritable supplément d’âme et moteur émotionnel. L’autre bonne surprise est le robot BB8, nouvel avatar mécanique proche du vénérable R2-D2, dans la lignée des très bons personnages « muets » ponctuant les films Star wars de leurs bips et émotions enfantines charmantes et fédératrices.

Solo, la princesse Leia, devenue général de la Résistance, sont autant de figures spectrales constitutifs d’un mythe au cœur même de la fiction, qui là encore se referme sur l’histoire familiale des personnages, réactivant les vieilles connexions et les liens affectifs de part et d’autre de l’écran. Sans révéler les éléments déterminants de l’intrigue et sa conclusion, on peut affirmer que celles-ci sont un tour de chauffe réussi par Abrams, débouchant sur la possibilité de plus de liberté pour les deux prochains films qui devraient être plus débridés. Libérés des contraintes du dépoussiérage nécessaire à la reprise de l’histoire après trente ans de hiatus, c’est tout un faisceau de possibilités qui s’ouvre au spectateur avec un dernier plan, promesse cathartique et jouissive qui ponctue avec brio cette première aventure.

Dès lors, à l’instar de sa réussite sur Star Trek, J. J. Abrams a brillamment relevé le défi lancé par Disney lors de son rachat de la licence Star wars, réaliser un bon spectacle de divertissement, accessible au plus grand nombre, et très réussi dans ses temps forts, utilisant à bon escient le support musical pour faire décoller les émotions. Le film est également très beau plastiquement, loin de la laideur sur fond vert orchestrée par George Lucas, dotée d’une photo par moment sublime, dotant Le Réveil de la Force de notes crépusculaires du plus bel effet.