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SOY CUBA

A travers quatre histoires qui renforcent l’idéal communiste face à la mainmise du capitalisme, Soy Cuba dépeint la lente évolution de Cuba du régime de Batista jusqu’à la révolution castriste.
Pedro travaille dans les champs de cannes à sucre. Au moment d’une récolte qui s’annonce fructueuse, le propriétaire des terres lui annonce que sa maison et des terres ont été vendues à une société américaine…
A l’université de La Havane, Enrique fait partie d’un jeune groupe d’opposants au régime de Batista. Il s’apprête à assassiner un policier, mais au moment fatidique, le courage lui fait défaut…
Dans la Sierra Maestra, Mario et sa famille vivent pauvrement. Après avoir accueilli un jeune soldat luttant aux côtés de Castro, Mario et sa famille sont bombardés sans raison apparente par les forces aériennes de Batista…

Sur Soy Cuba souffle un vent de liberté ici perpétré par un format critique tout à fait particulier. Hommage à un chef-d’œuvre du cinéma russe.

1er Acte

L’ésotérisme américain se meut auprès des palmiers. En chanson, sur les tessitures chaudes des voix latines, Mikhail Kalatozov enflamme notre âme cinéphile. Dès l’introduction, il donne des ailes à sa caméra et la fait descendre le long des parois d’un immeuble, virevoltant auprès des convives désinhibés. Sa chute est lente, écho de la décadence du régime de Batista. Elle finira au fond de la piscine, entourée de corps déformés par les mouvements de l’eau. L’aliénation d’un peuple n’est pas loin. 

Un homme, un club. La chaleur du lieu transpire par tous les pores de la pellicule. Le rythme est endiablé, l’homme se met à danser devant le rideau, il est sur la scène, il est Cuba. De l’autre côté se cache la main du capitalisme. Elle s’empare des amours naissants, de l’espoir et l’innocence d’une jeune génération cubaine désabusée. Dans sa prétention et son arrogance, elle achète même les dons de dieux, puisqu’il n’est pas suffisant d’acheter la chair et la pureté. 

Une fêlure pourtant s’immisce au sein du club. Puisque de mon esprit tu te crois roi, de mon corps tu crois avoir possession, ma volonté et mes mouvements tu ne pourras contrôler. Au milieu du club, une fissure ondule, s’électrise à en perdre la raison. 

2e Acte

Je suis du petit peuple Cubain. C’est aux cannes à sucre que je dois mon salut, dans leur beauté et leur volonté d’émancipation. Elles qui se tiennent fièrement vers le ciel, et qui s’élèvent pour que nos rêves s’accomplissent. 

Dans ce cadre idyllique pourtant l’ombre approche. Derrière la colline, la main du capitalisme proclame et destitue. Elle enflamme mon discernement, mes principes et ma sagesse. Le clair-obscur prend vie, et je m’enlise dans son spectre, ainsi que mes biens les plus chers. 

Une fêlure pourtant s’immisce dans la fumée opaque. Puisque de mes terres tu te crois roi, de mon libre-arbitre tu crois avoir possession, ma volonté et mes mouvements tu ne pourras contrôler. En marge du champ, une fissure ondule dans des corps d’enfants. L’espoir renaît, s’électrise à en perdre la raison.

3e Acte

De passion il est maintenant question. La jeunesse bafouée à maintes reprises s’organise, élan du peuple, voix des attentes naissantes, elle doute encore de sa propre volonté. Limpides seront pourtant les décisions futures quand la trahison arpentera les rues et que les subordonnés de l’ombre tireront à vue sur l’espérance. D’un corps uni le peuple marche, investissant la place, et au-devant, son porte-étendard s’élève en martyr. 

Pour la deuxième fois, Mikhail Kalatozov donne des ailes à sa caméra, littéralement. Elle s’envole d’un immeuble à l’autre et s’élève au nom du persécuté. Elle traverse lentement la salle où le peuple se prépare à hisser le drapeau. La révolution est en marche, là où s’anime la caméra, là au milieu de la rue, elle flotte, inatteignable, tout comme l’idéologie qui convoque sa renaissance et s’électrise à en perdre la raison.

4e Acte

Je suis du petit peuple Cubain. Par moi, par vous, nous embraserons l’ombre, nous oublierons nos peurs, et nous marcherons ensemble contre la tyrannie. Notre poème emplit nos terres et notre symphonie s’écrit au son de nos pas. Nos ennemis qui jadis se gargarisaient de nos vies goûtent à présent à nos chants funestes. Notre pays renaît et s’électrise… à en perdre la raison.

S’attarder sur l’œuvre de M. Kalatozov, c’est librement faire fi de la propagande qui a court dans le récit tant elle ne constitue pas l’essence du métrage. On assiste, la rétine empoignée, à une direction artistique jouant d’un noir et blanc saturé et unique. Finalement, on se résigne devant la grandeur de l’objet. On s’efface devant cette ode à Cuba et on savoure un grand moment de cinéma. 


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