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SLAM

L’histoire d’un emballement médiatique qui bouleverse la vie paisible de Ricky, un jeune Australien d’origine palestinienne. Lorsque sa sœur Ameena disparaît, elle est très rapidement suspectée d’avoir rejoint l’État islamique en Syrie. Qui doit-il croire lorsque le doute et la suspicion s’immiscent ? Son intuition ou les médias ?

Critique du film

Troisième réalisation de Partho Sen-Gupta, réalisateur français d’origine indienne qui étudia à la FEMIS, Slam a été réalisé en 2017 et sélectionné en compétition officielle au Festival du film des nuits noires de Tallinn 2018. Les événements actuels relatifs à la pandémie ont malheureusement repoussé à différentes reprises la sortie de ce film qu’il nous tarde de voir enfin sur les écrans français, tant il frappe par son intensité et l’urgence de son propos.

La disparition d’Ameena va être un révélateur pour son frère, Ricky, qui jusqu’à cet événement douloureux, vivait dans une illusion d’intégration. Evoquant la rumeur médiatique qui prend des proportions inquiétantes, Slam raconte aussi cette prise de conscience d’un homme. Celui-ci croyait qu’il était accepté par son pays d’accueil et sa belle-famille de façon inconditionnelle et il découvre finalement que son enquête personnelle pour retrouver sa sœur va mettre en lumière les préjugés et la division. Cette dernière pouvant exister entre compatriotes séparés par des visions diamétralement opposées.  

Djihad or not Djihad ?

Parallèlement à l’enquête de Ricky – Adam Bakri –  et à celle d’une policière intègre et marquée par un drame personnel –  Rachael Blake – on entend régulièrement à la radio et à la télévision des messages relatifs à la capture par des djihadistes d’un pilote australien en Syrie. Ces infos régulières de ce militaire, otage qui risque d’être exécuté, va exacerber la xénophobie et cristalliser les interprétations les plus extrêmes concernant Ameena que joue Danielle Horvat : serait-elle partie faire le Djihad ? Aux interprètes déjà cités, tous excellents, on ajoutera le nom de Darina Al-Joundi, émouvante dans le rôle de la mère de la disparue. 

Si le film s’avère dans l’ensemble réaliste et assez classique dans son traitement, il offre aussi quelques parenthèses à la frontière de l’onirisme, cauchemardesques avec ces scènes de guerre sur fond rouge, ou en rapport avec le lien invisible : quel est ce petit garçon que voit Ricky et pourquoi après chaque rêve de Joanne, la policière, c’est Ricky qu’on voit se réveiller dans l’image qui suit ? Et pose des questions essentielles dont celle du refus de l’engagement qui serait un leurre, un piège dangereux.

Film beau et sombre, Slam aborde des problématiques douloureuses, intemporelles et universelles avec un refus constant du pathos et de l’outrance. Cette sobriété, alliée à une interprétation et à une réalisation au diapason, sert le propos de cette œuvre à la fois ancrée dans une réalité effrayante et nimbée d’un certain mystère.

Bande-annonce

Printemps  2021 – De Partho Sen-Gupta, avec Adam Bakri , Rachael Blake , Rebecca Breeds


Bientôt au cinéma