featured_samhain-critique-gerardmer

SAMHAIN

C’est la semaine précédant Halloween et Angela, la mère de Char, a inexplicablement disparu. Tout ce qui reste, c’est sa voiture abandonnée. Lorsqu’elle revient chez elle sans explication le soir suivant, Char et sa grand-mère comprennent que quelque chose ne va pas. Elle a beau avoir la même apparence et la même voix, le comportement d’Angela est de plus en plus effrayant, comme si elle avait été remplacée par une force malveillante. Lorsqu’arrive Halloween, une nuit imprégnée de mythes et de légendes anciennes, Char réalise qu’elle est la seule à pouvoir la sauver, même si elle risque de la perdre à jamais.

Critique du film

Premier film de Kate Dolan, Samhain est reparti du Festival de Gérardmer avec le Prix du Jury, ex-aequo avec La Abuela. Ces deux œuvres partagent un thème en commun, celui de la famille comme point de départ d’une histoire d’horreur, issue du quotidien et de celles et ceux qu’on est censé connaître parfaitement mais qui s’avèrent inquiétants et ouvrent des portes sur l’étrange, l’inconnu. Susan, la seule camarade de classe avec laquelle l’héroïne Charlotte va nouer un lien d‘amitié, le dira elle-même : « la famille est la chose la plus terrifiante au monde ». Mais autant le film de Paco Plaza s’annonce très vite énigmatique, bizarre, autant celui de Kate Dolan ne dévoilera son étrangeté que petit à petit.

Samhain, dans la culture gaélique, correspond à une fête païenne qui préfigurait ce qui est devenu ensuite Halloween. Il s’agit traditionnellement à une période de l’année qui annonce le début de la période sombre et cette transition est propice aux événements magiques. Charlotte vit avec sa mère et sa grand-mère. Après une scène d’ouverture inquiétante, dont on ne comprendra la signification que plus tard, on découvre Charlotte chez elle, en retard pour aller à ses cours, car elle a loupé son car. Sa grand-mère blessée à la jambe ne peut l’y conduire et lui conseille de voir avec sa mère qui est encore au lit. On comprend vite alors que la mère de Charlotte a beaucoup de mal à assumer son rôle parental. Peut-être souffre-t-elle de troubles bipolaires ? On saura ensuite qu’on lui a prescrit du lithium. Après avoir emmené sa fille à ses cours, la mère de Charlotte disparaît alors. On retrouve sa voiture abandonnée.

Réapparaissant quelque temps plus tard, la mère de Charlotte semble ne plus être la même. Que s’est-il réellement passé ? Charlotte, passablement ballotée par son existence, entre une vie de famille dysfonctionnelle et une vie scolaire qui la voit victime d’un harcèlement particulièrement sournois et violent de la part d’autres élèves de sa classe, va devoir tout faire pour sauver sa mère tout en déjouant les pièges qui lui sont tendus.

Ici, le récit s’ancre assez solidement dans le quotidien, sa grisaille. Les événements magiques, les sorts, les histoires de changelins propres au folklore ésotérique européen seront bien présents mais s’agit-il avant tout d’un problème psychiatrique ou de faits réels ? L’intérêt de Samhain vient aussi de cette ambiguïté qui parcourt une grande partie du film. Certaines scènes pourront paraître plus convenues et la fin décevoir un peu, mais l’ensemble constitue un film de très bonne facture, bien réalisé et porté par la très belle et sensible interprétation de la comédienne principale, Hazel Doupe.

Bande-annonce

10 août 2022De Kate Dolan, avec Hazel DoupePaul Reid


DU 2 AU 7 FÉVRIER, LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE PROPOSE UNE REPRISE DES FILMS DE LA COMPÉTITION DU FESTIVAL DE GERARDMER