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SAINT-MAUD

Maud, infirmière à domicile, s’installe chez Amanda, une célèbre danseuse fragilisée par la maladie qui la maintient cloîtrée dans son immense maison. Amanda est d’abord intriguée par cette étrange jeune femme très croyante, qui la distrait. Maud, elle, est fascinée par sa patiente. Mais les apparences sont trompeuses. Maud, tourmentée par un terrible secret et par les messages qu’elle pense recevoir directement de Dieu, se persuade qu’elle doit accomplir une mission : sauver l’âme d’Amanda.

Critique du film

Auréolé du Grand Prix au dernier Festival de Gerardmer, Saint-Maud s’est depuis taillé une petite réputation dans le milieu du cinéma de genre, malgré ses multiples reports dû à la crise sanitaire. Dans son premier long-métrage, Rose Glass filme la descente aux enfers d’une jeune femme très pieuse, persuadée d’être guidée par la voix de Dieu. 

Nourrie par de multiples influences, aussi cinématographiques – on pense autant aux Diables de Ken Russell qu’au plus récent The Witch de Robert Eggers – qu’artistiques, puisant dans une imagerie gothique, Rose Glass fabrique un monde contemporain pictural et hors du temps, qui teinte le long-métrage d’une étrangeté délicieuse. Si le film se laisse parfois rattraper par ses références, il témoigne d’une mise-en-scène redoutablement efficace et maline, aux allures de théâtre bizarre. 

Au nom du père

Derrière son postulat horrifique, Saint-Maud est le récit d’une profonde solitude et de l’incapacité à se lier aux autres. Dans un récit exclusivement féminin, Rose Glass transforme la religion en un refuge effrayant, qui se traduit uniquement par l’invisible. La force du film réside dans l’interprétation de Morfydd Clark, dont la gestuelle exagérée fait glisser le film aux frontières du fantastique.

Si la diabolisation de l’épiphanie religieuse est un motif récurrent dans le cinéma d’horreur, Saint-Maud parvient à créer de nouvelles images, en plaçant le corps au centre, vecteur aussi bien de mort que d’érotisme. Dans un monde quasiment exclusivement féminin, où Dieu incarne la seule figure masculine du film, Rose Glass explore en filigrane une frustration sexuelle appuyée par le poids de la religion. 

Rose Glass accouche dans Saint-Maud d’un premier film très inspiré et plein de promesses, graduant sa tension jusqu’à la faire exploser dans un climax des plus mémorables.

Bande-annonce

30 décembre 2020 – De Rose Glass, avec Morfydd Clark, Jennifer Ehle