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ROUGE

Nour vient d’être embauchée comme infirmière dans l’usine chimique où travaille son père, délégué syndical et pivot de l’entreprise depuis toujours. Alors que l’usine est en plein contrôle sanitaire, une journaliste mène l’enquête sur la gestion des déchets. Les deux jeunes femmes vont peu à peu découvrir que cette usine, pilier de l’économie locale, cache bien des secrets. Entre mensonges sur les rejets polluants, dossiers médicaux trafiqués ou accidents dissimulés, Nour va devoir choisir : se taire ou trahir son père pour faire éclater la vérité.

Critique du film

Inspiré de différents faits réels dont celle de l’usine de Gardanne qui rejette ses déchets toxiques dans la Méditerranée, Rouge tire son tire des boues rouges polluantes déversées dans la mer et dans la nature. Ce scandale sanitaire qui met en lumière la complicité des autorités, semblant donner la priorité au secteur économique – une usine génère des emplois et des profits – sur la santé publique, est au cœur du nouveau film de Farid Bentoumi, sélectionné au festival de Cannes 2020.

En creux de ce drame politique et écologique, la belle et complexe relation père-fille entre Slimane et Nour lui offre une dimension humaine poignante. Le père, délégué du personnel, pense avant tout à sauver les emplois de ses collègues afin de leur éviter le chômage. Sa fille, elle, place la santé avant tout et découvre progressivement que son père, très apprécié dans l’équipe, accepte finalement de couvrir les failles de sécurité et les rejets illicites de son usine. Le parcours de cet homme sympathique conduit à des agissements répréhensibles illustre à merveille toute la contradiction de la société capitaliste : sauver des salaires quitte à hypothéquer la santé des ouvriers.

Après l’éloquent Dark Waters de Todd Haynes, sorti plus tôt dans l’année, Rouge vient apporter une nouvelle pierre à l’édifice d’une prise de conscience devenue vitale. Pertinent lorsqu’il souligne les limites de l’engagement politique ou militant, il se penche aussi sur le destin des lanceurs d’alerte – devenus les seuls véritables combattants de la vérité – et témoigne d’une situation d’impasse où les générations précédentes, trop occupées par la croissance et la préservation des emplois, ont sacrifié la biosphère et la santé humaine sur l’autel de la production et du profit.

ROUGE film

Comment faire bouger les choses quand le rouleau compresseur industriel menotte les gouvernements et endort les employés, trop (pré)occupés à assurer un revenu décent à leur famille ? Rouge rend hommage à l’engagement et à la prise de parole d’une nouvelle génération qui va devoir payer les pots cassés mais ne peut plus se taire alors que l’urgence climatique devient une chape de plomb pour les générations actuelles et futures.

Admirables, les personnages de Céline Sallette et Zita Hanrot (excellentes) s’allient finalement pour dénoncer les abus, les dérives et les injustices, quitte à se mettre à dos leur compagnon ou leur famille. Leur vocation et leur sens de la responsabilité sont exemplaires, appelant à une prise de conscience nécessaire afin de placer les dirigeants industriels et gouvernementaux au pied du mur.

Alors que la crise du COVID-19 a pointé la dangereuse stratégie des œillères et que les mouvements « Friday for Future » témoignent d’une volonté de ne plus rester complices des exactions des différents lobbys (pétroliers, pharmaceutiques…), Rouge vise juste et fort quand il s’agit de confronter les enjeux à court terme (la fin du mois) et ceux à moyen terme (la fin du monde), sans simplisme ni manichéisme. Le film politique indispensable de Cannes 2020.

Bande-annonce

(à venir)

25 novembre 2020 – De Farid Bentoumi, avec Zita HanrotSami BouajilaCéline Sallette