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REVOIR PARIS

À Paris, Mia est prise dans un attentat dans une brasserie. Trois mois plus tard, alors qu’elle n’a toujours pas réussi à reprendre le cours de sa vie et qu’elle ne se rappelle de l’évènement que par bribes, Mia décide d’enquêter dans sa mémoire pour retrouver le chemin d’un bonheur possible.

Critique du film

Des amoureux qui s’embrassent, deux jeunes touristes japonaises font un selfie avec des escargots, un serveur amène un gâteau d’anniversaire à la table d’un homme entouré de ses collègues de travail… Mia observe ces scènes anodines depuis la table de restaurant où elle prend un verre en attendant que l’orage passe. Son stylo fuit, ses mains sont rapidement maculées d’encre bleue. Au retour des toilettes, l’horreur survient. La salle de restaurant se fige et devient en quelques instants un enfer d’éclats, de coups de feu étourdissants et de corps qui s’effondrent. Mia s’allonge brusquement au sol parmi les corps inanimés. Son existence vient d’être bouleversée en ce tragique vendredi soir de novembre qui lui laissera des séquelles, probablement plus profondes et douloureuses encore que cette cicatrice qu’elle gardera toute sa vie malgré la chirurgie réparatrice.

Pour son nouveau film, après le très réussi Proxima, Alice Winocour livre le récit d’une reconstruction. Revoir Paris, retrouver ce lieu lourdement chargé en trauma, mais aussi celleux qui ont vécu la même tragédie. Reconstituer le puzzle de cette sombre soirée pour se retrouver peu à peu et esquisser les nouveaux contours d’une vie qui ne sera, ne pourra plus jamais être la même. Hantée par les flashs et les fantômes de celleux qu’elle a vu tomber, elle recompose son souvenir de cette soirée encore embrumée par le choc.

Réparer les vivants

Evitant l’écueil du pathos et les différents pièges que représentait la mise en images d’un tel récit – encore présent dans l’imaginaire collectif – Alice Winocour signe un drame subtil et consolateur qui n’a pas besoin de forcer le trait pour émouvoir et rendre hommage à tout.e.s ces inconnu.e.s, parfois anonymes, qui s’efforcent encore de se reconstruire et ceux qui les accompagnent ou les pleurent. En nous plaçant du point de vue obscurci de cette femme ayant réussi à échapper au pire – une attaque dans un restaurant parisien qui a fait des dizaines de victimes, événement fictif inspiré de l’attentat des terrasses et du Bataclan , auquel le propre frère du réalisateur a réussi à survivre – elle permet cette distance nécessaire tant pour le spectateur que son auteure.

Et pour incarner Mia, cette survivante en quête de réponse et de catharsis, la cinéaste a eu la riche idée de choisir Virginie Efira. La comédienne, dont on n’en finit plus de vanter les talents, donne corps avec beaucoup de justesse et de retenue à son personnage. Ensemble, elles font de Revoir Paris une exploration poignante du traumatisme et l’importance de la mémoire.

7 septembre 2022De Alice Winocour, avec Virginie EfiraBenoît MagimelGrégoire Colin


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