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RÉVEIL DANS LA TERREUR

John Grant, un jeune instituteur, fait escale dans une petite ville minière de Bundayabba avant de partir en vacances à Sydney. Le soir, il joue son argent et se soûle. Ce qui devait être l’affaire d’une nuit s’étend sur plusieurs jours…

Dans les méandres de la violence.

L’outback australien nourrit le cinema de manière rare. Cependant, quand il le fait, il s’en trouve magnifié. On pense au poétique western The Proposition de John Hilcoat mais aussi au glaçant Réveil dans la Terreur de Ted Kotcheff, celui-là même qui réalisera onze ans après (en 1982), un des monuments sociaux-stallonien du cinéma, le cultissime Rambo. Avec Réveil dans la terreur, c’est dans la folie autodestructrice de l’homme qu’il nous plonge, un puit sans fond dans lequel on sombre aussi rapidement que brutalement.

Enseignant peu passionné par son travail, John Grant (campé par Gary Bond), se prépare à des vacances qui vont enfin l’éloigner du désert humain et social qu’est la ville de Timboonda. Il se retrouve coincé dans la ville de Buddanyabba (appelée Yabba par les locaux) pour une nuit. Il ne sait pas encore que son séjour va être plus long que prévu.

Clairement, les terres australiennes sont un exemple parfait de disparités sociales. Celles-ci s’affichent de manière immédiate dans les premiers instants avec ce désert perturbé par la seule présence d’une voie ferrée. Symbole d’une interconnexion sociale d’apparence, cette voie disparait quand la classe de John se révèle par un travelling latéral. D’une part, c’est une classe commune à tous les âges et d’autre part, elle est en proie à un mutisme complet. C’est le dernier jour de classe et John affiche un mépris total pour ses élèves, preuve qu’il se sent supérieur à cette « populace » de l’outback.

C’est alors que son périple l’emmène à Yabba, un lieu qui ne ressemble à nul autre et qui donne le tournis. En effet, la ville semble à l’abandon car tous ses commerces sont fermés. Pourtant, John réussit à entrer dans un bar dans lequel s’est entassée toute la ville. La bière coule à flot, les jeux d’argent sont légion à tel point que l’on se croirait à Las Vegas. Abordé par un Shérif qui le pousse à boire, John se laisse peu à peu entrainer dans une descente d’alcool mécanique et va jusqu’à perdre tout son argent signant ainsi sa perte. Cette rencontre du représentant de la loi donne le ton : Yabba est une zone hors-la-loi où le code de conduite est créée par les habitants.

On pourrait décortiquer toutes les scènes de ce film et y trouver une myriade de symboles renvoyant au thème central du film : la violence de l’homme envers lui même et ceux qui l’entourent. Tout commence par ce train où la ségrégation, partie aussi affreuse qu’impossible à oublier, est toujours en place avec cet homme noir assis seul par opposition à un groupe d’hommes blancs vociférant bruyamment. Les aspects négatifs que dévoile le film sont nombreux et toujours prompts à rappeler les démons qui rongent l’Australie. On retrouve ainsi le piétinement de la terre avec ces chasseurs de kangourous qui se montrent, non seulement être des meurtriers, particulièrement violents en torturant ses pauvres animaux innocents. Cette cruauté est d’ailleurs d’autant plus puissante quand on découvre que les images de la chasse sont de vraies images (elles ont été filmé durant de véritables sessions de chasse). Symptomatique du non-respect de ce pays par certains habitants, ces images heurtent la sensibilité et marquent les esprits comme d’ailleurs la lente décrépitude dans laquelle sombre John.

Enchainant les demis, il se retrouve rapidement adopté par les locaux. Au gré de rencontres hasardeuses et atypiques, John se confrontent à des gens qui semblent tous plus fous les uns que les autres. Entre le shérif alcoolique, le docteur à la personnalité tortueuse de complexité ou encore l’unique personnage féminin voguant dans une crise existentielle profonde, tous sont des symboles de cette haine et violence que le film fait tournoyer pour mieux nous atteindre. En effet, l’alcoolisme auquel sont voués tous les hommes de Yabba renvoie naturellement à la vacuité de leurs existences. Dans ces terres perdues et délaissées, les habitants ne semblent pas vouloir se donner une chance d’être et préfèrent se confondre dans une vie sans aucune retenue faite de violence et de haine.

A titre d’illustration, la réalisation de Ted Kotcheff brille par sa nature symbolique. Les éclairages jouent un rôle primordial : cette lumière est celle qui éclaire John quant à sa nature profonde. Lors qu’une lampe éblouit le spectateur, un visage est ensuite offert comme un miroir de ce héros perdu. Le découpage particulièrement ingénieux fait place aux inserts de souvenirs et aux coupes franches, permettant de mieux marquer l’évolution du rapport au monde de Yabba. Le travail du son contribue grandement à faire de Yabba un lieu mystique, une sorte de source qui révèle les êtres  eux-même.   

Aussi sublime qu’éprouvant car anxiogène et pessimiste, Réveil dans la terreur renvoie l’Homme – par l’intermédiaire de John – à sa véritable nature : un être méprisable et rempli de haine. 




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