Retour à Reims – copie

RETOUR À REIMS

A travers le texte de Didier Eribon interprété par Adèle Haenel, Retour à Reims (Fragments) raconte en archives une histoire intime et politique du monde ouvrier français du début des années 50 à aujourd’hui.

Critique du film

Très, peut-être trop détaché de l’ouvrage dont il est tiré, Retour à Reims vacille entre touchant tableau d’un monde ouvrier qui change et brûlot politique confus.

Face à un récit à la première personne sans doute écrasant, Jean-Gabriel Périot prend la tangente. Il éclipse le « je » de Didier Éribon et se focalise sur la mère de ce dernier, certes très présente dans le regard réflexif du sociologue. Soit. Périot demande à Adèle Haenel de se faire narratrice et d’endosser la première personne. Là encore le procédé peut être intéressant. Si le résultat est formellement réussi, le réalisateur se justifie maladroitement : « Adèle, elle avait quelque chose de différent, elle n’est pas comme toutes ces actrices » hasarde-t-il par ailleurs, affirmation malheureuse allant presque jusqu’à l’essentialiser.

Après avoir re-personnifié la voix, il passe aux images. Sur les bribes du texte d’Éribon, Périot propose des archives vidéo et des extraits de films. On est entraîné, on s’y perd un peu ; c’est parfois très pertinent, parfois simplement écrasant. Citer Le Joli Mai de Chris Marker et Pierre Lhomme (1963) lorsque l’on n’en a pas l’envergure n’a rien d’évident. Poursuivre avec Georg Wilhelm Pabst, l’est encore moins.

Du transfuge de classe, il n’est que très peu ou pas du tout question.

Périot ne retient d’un ouvrage essentiel de la sociologie moderne que le basculement de la classe ouvrière de la gauche communiste à l’extrême-droite, et ne fait pas dans la nuance pour l’exposer. Dans la construction de son documentaire, tout s’enchaîne mécaniquement. Quitte à isoler une phrase de Georges Marchais sur les travailleurs immigrés pour justifier son propos. Avant de laisser durer – bien plus longtemps – un discours de Jean-Marie Le Pen.

La « licence » Retour à Reims [un livre paru il y a plus de dix ans] semble lui donner des ailes. Dans une dernière partie, le réalisateur se pique de « poursuivre » le livre, et se lance dans l’analyse du mouvement des Gilets Jaunes, sans une once d’objectivité. Le documentariste devenu sociologue (sans aucun autre terrain que des images chinées sur internet) explique péniblement que les Gilets Jaunes seraient la suite logique de ce bouleversement vécu par la classe ouvrière. Et présage le Grand Soir. On serait curieux de savoir ce qu’en pense Didier Éribon tant cette conclusion dénote avec le propos issu du livre, lestant le film d’un poids qu’il est bien difficile d’oublier ou d’excuser.


sortie prévue pour le 30 mars 2022