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RAZZIA

Fort

Les destins croisés et brimés dans le Maroc d’aujourd’hui et d’hier, sur trente ans de distance, d’un hussard noir de campagne, d’une adolescente de la bourgeoisie un peu perdue, d’une jeune femme « libérée », d’un patron de restaurant juif et d’un jeune menuisier qui rêve de devenir le nouveau Freddy Mercury.

Maroc connection.

Après Much Loved, qui donnait à voir l’envers du décor du Maroc d’aujourd’hui via le destin brisé d’une prostituée, Nabil Ayouch dresse à travers ce film-choral une fresque à la fois sociologique et intimiste de son pays qui n’est pas sans rappeler Babel ou Collision dans sa structure narrative.

Contrairement au précédent film, la parole est ici moins crue, plus sobre et retenue. Un fil ténu relie les personnages qui semblent prisonniers d’eux-mêmes face à un choix cornélien énoncé dès les premières images du film : « Partir et vivre libre, rester et se battre… mais se battre contre quoi ? » Tous attendent que leur vie décolle mais se retrouvent piégés par un mur invisible, entre non-dits et violence : le mépris du père, le machisme teinté de bigoterie des passants, la toute-puissance des pères ou encore l’antisémitisme inconscient. Leur mal-être semble aussi profond que les images (à couper le souffle) du massif de l’Atlas qui ouvrent le film. Comme dans Much Loved, cette extrême solitude est parfois d’autant plus tangible pour le spectateur qu’elle n’est souvent que suggérée, par le jeu des regards appuyés des personnages par exemple.

Qu’est-ce que le Maroc ? semble demander Nabil Ayouch. Quelle est son identité ? Est-elle factice comme le cultissime Casablanca avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman qui n’a en fait jamais été tourné au Maroc ? Nabil Ayouch semble dresser un diagnostic des maux de son pays en pointant du doigt l’arabisation et ré-islamisation à partir des années 1980. Une reprise en main autoritaire qui porte en elle les germes de la révolte à venir, trente ans plus tard. Puissamment refoulée, la colère rentrée de la jeunesse marocaine semble attendre son heure tout au long des deux heures de film pour mieux éclater lors d’une scène finale d’anthologie (on n’en dira pas plus). Une oeuvre forte, à la fois réaliste et poétique, qui place sans aucun doute le Maroc sur la carte du cinéma mondial.

La fiche
Razzia affiche

RAZZIA
Réalisé par Nabil Ayouch
Avec Maryam Touzani, Arieh Worthalter, Abdelilah Rachid…
Maroc, France – Drame
Sortie : 14 mars 2018
Durée : 94 min




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