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QUARANTE TUEURS

En 1880, en Arizona, le shérif fédéral Griff Bonnel est envoyé à Tombstone avec son frère Wes pour arrêter une bande de quarante hors-la-loi dirigée par la puissante Jessica Drummond.

La folle tournée de Fuller.

75 minutes de film. Moins de dix jours de tournage. Budget minuscule. Noir et blanc. Les conditions d’un tournage sont rarement une garantie de qualité ou de naufrage mais, ici, Samuel Fuller s’affranchit de ces contraintes pour parvenir à créer une oeuvre d’une richesse, d’une profondeur et d’une technique remarquables. Forty Guns (Quarante tueurs en français) est un western qui marque par son approche unique du genre et ses idées visuelles novatrices.

Les frères Bonnel arrivent à Tombstone, une ville dominée par un gang mené par une femme de poigne, Jessica Drummond. Rapidement confrontés à la bande, les frères croisent la mort par le biais de celle du shérif de la ville, abattu sans raison et qui va enclencher une tornade funeste qui va tout emporter sur son passage : les espoirs et les désirs les plus intenses qui soient.

La simplicité de la trame n’est qu’un leurre car elle cache une vision profondément noire de l’époque où se déroule la plupart des westerns, notamment à travers l’atypique trio formé par les frères Bonnel et notamment Griff qui impose de part sa nature brute. Celui-ci ne représente aucunement le héros conventionnel du genre. Son attitude s’impose par son refus du duel. La scène où Griff marche droit vers un homme armé alors qu’il devrait l’affronter avec un revolver est une marque de sa singularité et de sa force. Et il y a cette femme qui dirige des hors-la-loi d’une sauvagerie sans nom, Jessica, à la force au moins équivalente à celle de Griff, qui montre à chacune de ses apparitions une aura qui suffit à asseoir sa position. Enfin, il y a cet autre élément clé du film qui n’est autre que Fuller lui-même, un réalisateur qui en impose grâce à ses idées visuelles grandioses.

Souvent brillant et jamais avare en expérimentation, le film dévoile des trésors de trouvailles. On pense évidemment aux regards qui jouent un rôle prépondérant dans la narration, aux multiples coupes franches – notamment lors de la marche de Griff qui symbolisent sa determination et forment la légende de son personnage. Ici, Fuller refuse le dialogue et l’on retrouve cette affirmation dans une vue subjective qui montre le flou dans lequel se trouve le shérif de la ville (et donc la justice qui est dépassée par ces sauvages qui agissent de manière très organisée). On retrouve aussi une grande place laissée à la nuance par le noir et blanc qui permet, entre autres, de faire voler en éclat la frontière entre le bien et le mal au travers notamment de la romance entre Griff et Jessica. On notera aussi ce chant qui insuffle un élan de poésie au milieu de l’amoncellement de noirceur que distille le film, une façon de donner une solennité de circonstance à une oeuvre qui n’a de cesse de nous pousser vers ce que l’on n’anticipe que trop tard.

L’empreinte visuelle laissée par le film est à ce point marquante qu’elle continue de nous surprendre jusqu’au terme du final, en tous points remarquable. Sans trop en révéler pour ceux qui souhaiteraient découvrir Quarante tueurs, le film se clôture de manière originale et se refuse à tout ce qu’il a pu vouloir nous faire croire ou ce que l’on aurait pu attendre. Etre capable de refuser à ce point le conventionnel aurait pu être prétentieux mais ici c’est un choix payant et salvateur.

Quarante Tueurs est une oeuvre remarquable. Un western noir qui croise les genres pour mieux les dépasser. Emmené par des acteurs charismatiques et une réalisation savoureuse d’ingéniosité, c’est un de ces films qui méritent d’être mis en lumière et méritent le statut de classique incontournable.




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