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OUTLAW KING : LE ROI HORS-LA-LOI

L’histoire vraie et inédite de Robert Bruce, noble vaincu de l’Écosse médiévale devenu roi contre son gré puis héros hors-la-loi en l’espace d’une année. Contraint à se battre pour sauver sa famille, son peuple et son pays de l’envahisseur anglais, Robert Bruce s’empare de la couronne écossaise et rassemble une troupe de soldats hétéroclites. Avec eux, il devra affronter la colère de l’armée la plus puissante au monde, menée par le féroce roi Édouard 1er et son imprévisible fils, le prince de Galles.

Abel et Caïn

Après le délicat et sensoriel film catastrophe Perfect sense, David MacKenzie s’est illustré grâce à son neo-western scénarisé par Taylor Sheridan, Comancheria. Deux ans plus tard, il revient cette fois-ci non pas sur le grand écran, mais sur le petit, en passant par la case Netflix. Le réalisateur écossais, qui avait prévu de faire de The Outlaw King un film sur l’histoire de son propre pays était attendu au tournant sur la première plateforme de SVOD : parviendrait-il à briser la rumeur, qui veut que les films estampillés « Original Netflix » soient nécessairement en deçà de ceux qui sortent dans les salles ? Il semblerait bien que oui, malgré l’amputation de vingt minutes à la première version diffusée lors d’un festival canadien.

Aidé par un casting mélangeant des têtes connues (Chris Pine, Aaron Taylor-Johnson) à d’autres émergentes (Florence Pugh, qui incarne Elisabeth, la femme de Robert the Bruce, a été remarquée dans le film The young lady en 2016) ainsi que des paysages à couper le souffle, tout droits sortis des Highlands, David Mackenzie nous présente un film au scénario qui se tient, avec des champs de bataille qui épargnent peu le spectateur dans leur violence sanglante. The Outlaw King est rempli d’hémoglobine et de crasse, dont la mise en scène sobre se situe à l’opposée des violences graphiques auxquelles séries et films nous avaient longuement habitués ces dernières années.

Durant deux heures où on ne s’ennuie à aucun instant, le film enchaîne conciliabules entre chevaliers, lords et plèbe avec des affrontements dont la lisibilité à l’image force l’admiration. Aux points forts du film doivent également être ajoutés les costumes, variés, chatoyants, ainsi que la musique qui porte le film, malgré l’anachronisme des instruments employés vis-à-vis de la période narrée. Peu importe, l’illusion fonctionne à merveille, et c’est l’essentiel.

Tragédie humaine

L’un est le fils d’un lord écossais qui a décidé de déposer les armes devant le roi d’Angleterre, l’autre est l’héritier de ce même roi, avide de reconnaissance de la part d’un père qui ne le lui en a jamais prodigué. A travers la grande Histoire de l’une des victoires écossaises les plus écrasantes sur l’Angleterre et, par extension, de l’une des plus connues, encore aujourd’hui, The Outlaw King : Le roi hors-la-loi met en parallèle deux hommes avides de faire leurs preuves, dans des trajectoires complètement opposées.

Robert The Bruce (Chris Pine) est un personnage montré comme raisonnable, jusqu’à ce que les circonstances ne puissent plus le lui permettre, le forçant inopinément à endosser le rôle d’un chef, d’un roi d’une terre existante, mais qui appartient à la couronne d’Angleterre. Face à lui, au départ comme à la fin du film, pour fermer la boucle, l’adversaire intemporel, Édouard II (Billy Howle), à l’humeur belliqueuse, dont l’accession au trône apparaît comme une aberration, tant sa maturité semble absente. En accentuant leurs antagonismes, c’est toute une tragédie humaine qui se déroule dans The Outlaw King, où les caractères sont la clé des récompenses finales.

Si Robert The Bruce triomphe, malgré l’adversité, malgré le pari fou qui lui a fait mener ses troupes à un homme contre cinq, c’était parce qu’il était un homme bon et généreux avec ses contemporains. Si Édouard II s’effondre progressivement, malgré l’armée anglaise, réputée comme « la meilleure du monde », dixit un personnage du film, et des moyens quasi illimités en ingénierie de guerre, c’est à cause de sa cruauté et de ses choix impulsifs. L’homme, du début jusqu’à la fin, est irrémédiablement seul, à l’opposé de Robert the Bruce, toujours entouré par ses soutiens les plus fidèles. Le scénario de The Outlaw King est porté du début jusqu’à la fin du film par ce miroir au contraste déformant.

Sans être un film dont le souvenir restera dans les mémoires, The Outlaw King : Le roi hors-la-loi entérine probablement la malédiction des films produits par Netflix, grâce à ses multiples atouts. Bien sûr, on aurait adoré regarder les batailles entre chevaliers et les montagnes vertigineuses du nord de l’Ecosse en salle. A défaut, on ne peut qu’être satisfait de constater que le film historique moyenâgeux a encore de beaux jours devant lui.

La fiche
Outlaw king affiche

OUTLAW KING : LE ROI HORS-LA-LOI
Réalisé par David MacKenzie
Avec Chris Pine, Florence Pugh, Aaron Taylor-Johnson…
Etats-Unis – Drame historique

Sortie (Netflix: 9 novembre 2018
Durée : 121 min