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NOMADLAND

Après avoir tout perdu pendant la Grande Récession, une sexagénaire se lance dans un voyage à travers l’Ouest américain, vivant comme un nomade des temps modernes. 

Critique du film

C’est peu dire que l’on attendait le troisième long-métrage de Chloé Zhao avec impatience. La collaboration avec Frances McDormand, le Lion d’Or à Venise, une nouvelle approche de la mythologie américaine, tout concordait à rendre le film désirable. Si Nomadland dresse un très beau portrait de femme, il n’emporte pas totalement l’adhésion, la faute en partie à une insupportable musique qui contribue à faire basculer le film du côté de la mièvrerie.

Le cinéma de Chloé Zhao ne cesse de radiographier l’Amérique d’aujourd’hui, à la fois envoûté par son décor de légende et fasciné par ses gueules cassées. Ce double regard que porte la réalisatrice d’origine chinoise sur son pays d’adoption fait le charme de ses films, mélange de rudesse et d’empathie. En filmant la route, elle s’inscrit encore une fois dans la mythologie que le cinéma à largement contribuer à établir. Mais ici, pas de hobo magnifique ni de rêve d’horizon. Pas davantage de motel. 

US no home

Fern et Bo vivaient dans un pavillon d’usine à Empire, Nevada. L’usine a fermé, Bo est décédé, la ville est devenue fantôme. Fern a tout perdu, il ne lui reste que son van, baptisé Vanguard, pour toit. Elle circule de parking en camping, au gré des boulots glanés ici et là. C’est bien l’Amérique des laissés pour compte qui intéresse la réalisatrice. 

On est rapidement frappés par la courtoisie qui domine les échanges sociaux. Politesse, affabilité, solidarité semblent des valeurs communes. Fern, invitée par Linda May à rejoindre une communauté d’entraide, rencontre d’autres routards, dont les lignes de vie se sont fragilisées. Parmi eux, Swankie, citée telle quelle au générique, marque notamment le film de son empreinte.

Nomadland

Nomadland réussit assez bien à nourrir son récit d’une matière documentaire qui lui confère authenticité et épaisseur (Chloé Zhao s’est inspirée du livre de Jessica Bruder, Surviving America in the Twenty-First Century, paru en 2017). Le mérite en revient pour très grande partie à Frances McDormand qui disparaît complètement derrière son personnage. De tous les plans, l’actrice oscarisée pour 3 Billboards livre une composition touchante. On lit dans son regard la fatigue et l’élan, on devine dans son corps la carapace et la liberté. 

Dégoulinant piano

« On peut apprendre à vivre sur la route mais il y a un prix à payer » dit un personnage. Fern, croise et recroise la route de Dave. Son regard doux, sa gentillesse, ses blessures cachées ne la laissent pas insensible. Mais Fern est-elle encore apprivoisable ? Le souhaite-elle vraiment ? Quelque chose s’est cadenassé de l’intérieur où les souvenirs le disputent au goût du large. Le film pourrait atteindre des sommets d’émotion quand il évoque ce dilemme s’il n’était accompagné d’une insupportable musique. Ludovico Einaudi a composé une bande originale sirupeuse à souhait, en contre sens avec les images et le propos du film. Incompréhensible choix qui le fait définitivement glisser de la tiédeur vers la mièvrerie. Dès lors, même le discours de résilience, associé aux plans contemplatifs des grands espaces prend des allures de philosophie naïve. Fern ne méritait pas ça.

Là où The Rider vibrait d’une intensité souterraine, Nomadland dilapide son capital dans un excès de bons sentiments. Il possède pourtant, au cœur de son anti héroïne, une sécheresse beaucoup plus aimable que toutes les mélodies sentimentalistes du monde.

Bande-annonce

30 décembre 2020 – De Chloé Zhao