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NOBODY HAS TO KNOW

Phil, un homme d’âge mur, vit dans une petite communauté presbytérienne sur l’Île de Lewis, au nord de l’Ecosse. Une nuit, il est victime d’une attaque qui lui provoque une perte de mémoire. Millie, une presbytérienne qui s’occupe de lui, prétend alors qu’ils s’aimaient en secret avant son accident…

Critique du film

Dans sa carrière de réalisateur commencée en 2004 avec Ultranova, l’acteur belge Bouli Lanners a plutôt fait briller les histoires d’amitié. Son nouveau film, Nobody has to know, prend le contre-pied de tout cela pour proposer une histoire d’amour aux accents dramatiques. C’est aussi pour lui l’occasion de tourner presque intégralement en langue anglaise, teintée de l’accent rocailleux de l’Ecosse, l’action se déroulant sur une petite île du nord de cet état britannique.

Phil, joué par Lanners lui-même, est un homme respecté et connu par tous les habitants de cette communauté soudée par la religion presbytérienne. Lui qui représente un étranger plus craint qu’apprécié, a réussi à trouver sa place à défaut de s’être fait des amis. Le mystère autour de lui s’épaissit d’autant plus qu’il subit une attaque, dont il ressort totalement indemne, mais privé de sa mémoire. Cet artifice de scénario permet d’interroger le rôle de chacun dans l’histoire mais aussi de poser les bonnes questions et de faire bouger des lignes trop rigides.

Phil ignore qui il est et, de fait, sert au spectateur d’émissaire pour entrer dans les différentes problématiques de ce petit groupe de personnes. Ce court moment, qui regroupe un peu plus de la moitié du film, met à jour son amour pour Millie, la fille de son employeur, jusqu’ici recroquevillée sur elle-même. L’écriture de Bouli Lanners est d’une grande finesse, au delà des mots et des grands discours, utilisant l’énergie et la présence de ses acteurs pour décrire bien des choses qui s’inscrivent dans l’indicible, les regards notamment.

La photographie du film est particulièrement somptueuse, comme un crépuscule qui trouvera tout son écho dans le final, magnifiant la beauté austère d’une île qui semble plongée constamment dans des couleurs sombres et sépulcrales. Ce travail précis parcours les images et scènes, témoin du temps passé par le réalisateur dans ce lieu incroyable, de l’écriture au tournage en passant par des repérages qu’on imagine passionnants.

L’élément choisi pour rendre la mémoire à Phil, transportant l’histoire au delà des mensonges et des apparences, est bouleversant. De romance magnifique, Nobody has to know se mue en drame intense, dévoilant les réponses qui manquaient pour comprendre Phil et sa présence dans ce territoire reculé aux allures de fin du monde. Bouli Lanners a réussi le tour de force de transformer un purgatoire en paradis, fugace mais flamboyant, dépassant les carcans qui enferment les cœurs pour les laisser respirer une dernière fois, voire même les aider à renaître.

Présenté en première française au festival international de La Roche-sur-Yon, Nobody has to know mérite tout l’éclairage possible avant sa sortie officielle en février de l’année prochaine. Il célèbre toute la qualité d’un metteur en scène sensible, qui a su se renouveler après quatre films réussis, pour en construire un nouveau, beau et émouvant, agrandissant encore plus la palette d’un véritable auteur.

16 février 2022 – De Bouli Lanners et Tim Mielants

avec Bouli Lanners, Michelle Farley et Clovis Cornillac


Présenté en compétition au Festival International de La Roche-sur-Yon

LRSY2021