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MY FRIEND DAHMER

Glaçant

Focus sur les années de lycéen de Jeff Dahmer, jeune élève asocial qui deviendra l’un des tueurs en série les plus sanglants des Etats-Unis des années 90.

L’ère Dahmer.

Les tueurs en série s’invitent désormais sans gêne sur nos canapés. Dexter a pavé la voie, Netflix et David Fincher se sont engouffrés dans la brèche avec la série Mindhunter, Ryan Murphy y a même plongé ses mains habiles dans une deuxième saison d’American Crime Story tout bonnement exceptionnelle. Exit la série, mais visionnage toujours au cœur du salon puisque sortie prévue en e-cinéma : My Friend Dahmer et son réalisateur Marc Meyers se base sur deux éléments. L’histoire vraie, bien évidemment, qui traverse son scénario en filigrane, comme un fantôme qui plane au dessus de toutes les actions, de toutes les moqueries, de toutes les rages enfouies. Celle de Jeff Dahmer, tueur en série déséquilibré, sociopathe adepte du meurtre impulsif, du démembrement et des cadavres enterrés au fond du jardin, ayant sévi au milieu des années 90 avant d’être emprisonné puis tué d’un coup de barre d’haltère par son partenaire de cellule. Côté fiction, une grande inspiration : celle d’une bande dessinée éponyme qui a su faire parler d’elle par Derf Backderf.

Puisque tout le monde le sait, autant de ne pas tourner 130 ans autour du pot. Face à l’histoire, My Friend Dahmer choisit, avec bonheur, de s’intéresser aux sillons du sentier plutôt qu’à la destination. Jeff Dahmer, dans une interprétation étonnante d’un pur produit Disney, Ross Lynch, est un adolescent loin de tout et de tous dans son lycée, solitaire et imprévisible, condamné à être moqué partout, par tous. Mais avant de se précipiter à lui chercher des excuses, des explications, des attendrissements du gentil lui face au méchant eux, Meyers prend soin de construire l’individu en brut. Gamin en retard, il ne peut pas compter sur des parents bien trop occupés à se haïr l’un l’autre, et qui ne voient en Jeff que la matérialisation ultime de la somme de leurs erreurs. Et c’est ainsi qu’une faille de la taille minuscule de la moindre attention se transforme, fissures sociales et mentales aidant, en gouffre sans fond.

Il existe évidemment un tournant dans My Friend Dahmer qui transformera la possibilité de l’intention en certitude de l’acte. Le bonheur et le malheur de Marc Meyers sera de placer ce tournant en début de scénario : dès lors, son rythme se placera sous le signe d’une lente descente de fatalité. Le film désamorce un à un les mécanismes de défense, referme doucement les portes de sortie. Là se dessinent les limites de la subjectivité : pour les uns, le procédé sera salvateur, fardeau invisible que le spectateur sera seul à appréhender ; pour les autres, il (sur)plombera le propos et donnera au film le poids d’un genre, le biopic, duquel il se serait bien passé. Dans tous les cas, le geste tenant indiscutablement de l’intention plutôt que de l’accident, on ne saurait le condamner. Comme on ne saurait condamner ce Jeff Dahmer, ni le pardonner, chaque spectateur nageant dans les eaux chaudes mais troubles des incertitudes de son jugement moral.

La fiche
my friend dahmer affiche

MY FRIEND DAHMER
Réalisé par Marc Meyers
Avec Ross Lynch,  Alex Wolff, Anne Heche…
Etats-Unis – Drame
Sortie sur e-Cinema : 2 mars 2018
Durée : 107 min




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